Plus de train, séjours plus longs, voiture en option… Comment « voyager bas carbone » ?

TRANSPORTS Le cercle de réflexion The Shift Project propose notamment de limiter progressivement des vols long-courriers

20 Minutes avec agences
Un train SNCF
Un train SNCF — Vincent Loison/SIPA

Trois fois plus de trajets en train, des séjours plus longs si l’on part loin, et la voiture seulement en option : le cercle de réflexion The Shift Project a présenté ce jeudi ses plans pour « voyager bas carbone ». Quand ils voyagent, les Français parcourent 42 % des distances en avion, 43 % en voiture, et 10 % en train. Et les longs voyages (à plus de 900 kilomètres du domicile) ont fortement augmenté entre 2008 et 2019, surtout grâce à l’avion.

Pourtant, « afin de contribuer, comme tous les secteurs, à l’objectif de neutralité carbone (en 2050), la mobilité à longue distance doit baisser ses émissions de gaz à effet de serre sur un rythme annuel de 5 % par an », soulignent les auteurs du rapport. La mobilité longue distance doit donc s’électrifier, et le trafic aérien « progressivement décroître ».


Tripler la part du train pour remplacer l’avion

Le Shift Project propose une « limitation progressive des vols long-courriers », en limitant les créneaux ou en alourdissant la fiscalité, tout en tenant compte « des enjeux spécifiques aux départements et régions d’Outre-mer ». Des offres alternatives aux voyages intercontinentaux en avion doivent alors « rendre attractifs les voyages beaucoup plus lents, les séjours qui durent plus longtemps, et les destinations plus proches, intra-européennes », selon ce rapport de près de 200 pages destiné aux citoyens mais aussi aux acteurs du tourisme et de la mobilité, et dirigé par Béatrice Jarrige, consultante et ex-chef économiste de la SNCF.

Des offres touristiques plus lentes et décarbonées devraient « s’accompagner d’une flexibilisation de la prise de congés (pour pouvoir prendre des vacances moins souvent mais plus longues) ». Pour remplacer l’avion, le plan prévoit notamment de tripler la part du train dans ces longs déplacements. Mais il faudra investir dans le rail au niveau français et européen pour que l’offre soit variée (trains régionaux, à grande vitesse, de nuit, au long cours), internationale et accessible à tous, avec une réduction de la TVA. Pour voyager, la voiture « électrique, petite, légère, peu puissante et économe », sera seulement « complémentaire au voyage en train » et souvent louée, si l’on ne peut pas rouler à vélo.

La mise en place de ce volet « longue distance » du plan global de transformation de l’économie française (PTEF), porté par l’ONG, induit une division par plus de deux des emplois dans le secteur aérien (-38.000 équivalents temps plein), mais une multiplication par deux du besoin dans le secteur ferroviaire (+37.000 ETP). « Ne parier que sur les propositions technologiques (hydrogénéification de l’aérien, biocarburants, efficacité énergétique des flottes d’avion, électrification des voitures) augmente les risques de ne plus pouvoir voyager dans les décennies à venir », soulignent les auteurs du rapport.