Réchauffement climatique : Le recours au captage et au stockage de CO2 sera essentiel

ENVIRONNEMENT Sans cette solution, il sera impossible d’atteindre l’objectif de limitation du réchauffement fixé par l’accord de Paris

20 Minutes avec agences
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Orca, une usine de captation et stockage du CO2 lancée en Islande par l'entreprise suisse Climeworks.
Orca, une usine de captation et stockage du CO2 lancée en Islande par l'entreprise suisse Climeworks. — SIPA

Le monde devra recourir au captage et stockage du CO2 de l’air et des océans quel que soit le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Les mesures d’élimination du dioxyde de carbone (EDC) sont désormais un outil nécessaire, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

« C’est le premier rapport du Giec à affirmer clairement que l’élimination du CO2 est nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques », souligne Steve Smith, de l’initiative Oxford Net Zero à l’université d’Oxford. Pour limiter le réchauffement climatique entre 1,5 et 2 °C comme le prévoit l’accord de Paris, plusieurs milliards de tonnes de CO2 devront être extraites chaque année de l’atmosphère d’ici 2050.

La bioénergie, solution d’avenir ?

Cette solution pourra servir aux secteurs où la baisse des émissions est difficile (transport aérien et maritime, ciment) ou à refroidir l’atmosphère si les limites sont dépassées. Dans une étude publiée mi-mars, le cabinet norvégien de recherche énergétique Rystad Energy estimait que le marché du captage et du stockage du CO2 quadruplerait entre 2022 et 2025.

Différentes techniques existent pour réaliser ces « émissions négatives ». Une part importante est accordée à la bioénergie, qui consiste à faire pousser des arbres qui absorbent du CO2 pendant leur croissance, puis de les brûler afin de produire de l’énergie (biomasse) et d’enterrer le CO2 issu de cette combustion. La bioénergie permettrait d’éliminer près de 3 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2050.

Des résultats encore insuffisants

Mais ce qui fonctionne sur le papier ne se matérialise pas encore. Un projet britannique de bioénergie développé à l’échelle commerciale a été retiré de l’indice boursier S & P Énergie Propre après avoir échoué aux critères de durabilité. La superficie nécessaire (jusqu’à deux fois la taille de l’Inde) pourrait peser sur les cultures pour l’alimentation ou la biodiversité.

Technologie la plus récente, le captage direct du CO2 dans l’air et son stockage via des procédés chimiques attise aussi les intérêts. La société suisse Climeworks, un des leaders du secteur, a annoncé ce mardi avoir levé 650 millions de dollars. Mais le potentiel reste à prouver : les installations de Climeworks en Islande éliminent en un an ce que l’humanité émet en trois ou quatre secondes.

Les océans au cœur des recherches

D’autres techniques d’EDC sont à des stades variés d’expérimentation : amélioration de la capacité des sols à piéger le carbone, conversion de la biomasse en une substance ressemblant à du charbon de bois appelée biochar, restauration des tourbières et des zones humides côtières…

Les océans, eux, absorbent déjà plus de 30 % des émissions de carbone de l’humanité. Les scientifiques expérimentent des moyens d’accroître cette capacité, par exemple en renforçant artificiellement l’alcalinité marine ou en « fertilisant » les océans, c’est-à-dire en augmentant la densité du phytoplancton qui produit et séquestre le carbone organique par photosynthèse.