Recyclage : Les batteries au lithium, ces « bombes incendiaires » que l’on a dans la poche

RECYCLAGE Responsables de nombreux incendies, dont certains particulièrement impressionnants, les batteries au lithium sont devenues la bête noire des entreprises de recyclage, démunies face à la prolifération de ce type de source d’énergie

Mikaël Libert
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L'incendie de l'usine Galloo à Clairoix.
L'incendie de l'usine Galloo à Clairoix. — A.Dheilly / SDIS 60
  • En 2021, trois sites de l’entreprise de recyclage Galloo ont été victimes d’incendies dans les Hauts-de-France.
  • Dans tous les cas, l’origine du feu était due à l’explosion d’une batterie ou d’une pile au lithium.
  • Les sinistres de la sorte ont bondi de 150 % entre 2014 et 2019 chez les professionnels du recyclage.

Les batteries au lithium, sources d’énergie et de problèmes. Difficile d’oublier la série d’incendies qui, l’année dernière, avait touché plusieurs sites de l’entreprise de recyclage Galloo, dans les Hauts-de-France. Le plus impressionnant, à Clairoix, dans l’Oise, avait mobilisé des dizaines de pompiers pendant de longues heures en septembre 2021. Selon le directeur du développement de Galloo, ces sinistres avaient tous la même origine : l’explosion d’une batterie au lithium. L’augmentation des sinistres liée à la prolifération de ces sources d’énergie laisse les entreprises de recyclage démunies.

Pour la seule année 2021, le groupe belge Galloo a vu trois de ses sites des Hauts-de-France en partie détruits par des incendies provoqués par les piles ou des batteries au lithium. Sur le site de Clairoix, dans l’Oise, l’entreprise a déboursé 1,5 million d’euros pour remettre en état les 1.000 m2 ravagés par les flammes. « Cela fera bientôt sept mois que l’usine est fermée, la perte d’exploitation est énorme », déplore Olivier François, directeur du développement chez Galloo.

« 150 incendies plus ou moins graves comptabilisés chaque année »

La situation dans les Hauts-de-France reflète une problématique nationale, voire européenne, comme le souligne François Excoffier, président de la Fédération des entreprises de recyclage (Federec) : « Entre 2014 et 2019, les incendies sur nos sites de recyclage ont en effet augmenté de 150 %, avec environ 150 incendies plus ou moins graves comptabilisés chaque année ».

En bout de chaîne, les entreprises du secteur dénoncent une problématique qui n’est pas prise en compte en amont. « On a inventé une bombe incendiaire que l’on diffuse partout sans se soucier de la fin de vie des objets qui en contiennent », insiste Olivier François. Parce que des batteries de ce type, il y en a partout : perceuses sans fil, téléphones portables, brosses à dents électriques, clés de voiture… On ne peut même pas jeter la pierre au consommateur qui négligerait le tri sélectif : « De plus en plus, pour des raisons de coût de production ou de conception, les batteries ne sont plus accessibles et ne peuvent donc être recyclées séparément », ajoute Olivier François.

Du coup, les batteries au lithium se retrouvent dans les bennes des déchetteries ou dans des entreprises comme Galloo, au milieu des poubelles avec le risque que cela implique. « Ces batteries s’enflamment sous l’effet d’un choc, imaginez dans une benne », insiste le président de la Federec. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est interdit d’en transporter dans les soutes d’un avion.

« Oui, il y aura des départs de feu, mais ils ne seront pas graves »

Les autorités ont été sensibilisées à cette question par la Federec. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a diligenté une étude dont les résultats se font attendre. « Ça fait 20 ans qu’on sait mais rien n’est fait. Les fabricants et les distributeurs d’objets contenant ce type de batteries sont très discrets sur la question », déplore François Excoffier.

Du coup, pas le choix, ce sont les professionnels du recyclage qui s’adaptent. « On modifie nos installations pour faire de plus petits stocks de déchets, séparés par des murs en béton, afin d’éviter la propagation du feu en cas d’incendie », explique-t-on chez Galloo. Des contraintes supplémentaires prises en compte dans la conception du nouveau site de la société à Harnes, dans le Pas-de-Calais. « Oui, il y aura des départs de feu, mais ils ne seront pas graves parce que les stocks seront très faibles sur le site », reconnaît, fataliste, Olivier François.