Pyrénées : Un « cocktail toxique » trouvé par des chercheurs dans les beaux lacs d’altitude

POLLUTION Contre toute attente, des chercheurs toulousains viennent de démontrer que les lacs d’altitude des Pyrénées ne sont pas épargnés, loin de là, par la pollution chimique

Hélène Menal
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Un lac d'altitude dans les Pyrénées. Illustration.
Un lac d'altitude dans les Pyrénées. Illustration. — Mikel Bilbao - VWPics - Sipa
  • Des chercheurs toulousains en écologie montagnarde ont étudié la composition chimique des eaux censément pures de huit lacs d’altitude des Pyrénées.
  • Ils y ont trouvé un étonnant « cocktail toxique » à base de pesticides.
  • Et en particulier, parfois, des concentrations inquiétantes de deux molécules que l’on retrouve dans les insecticides et qui pourrait menacer ces écosystèmes aux allures de paradis.

Après les microplastiques retrouvés sur les sommets vierges des Pyrénées, voici le « cocktail toxique » dans les eaux qu’on croyait pures et limpides des lacs d’altitude. Dirk Schmeller et Adeline Loyau, deux chercheurs du Laboratoire écologie fonctionnelle et environnement de Toulouse*, sont presque « désolés » de le dire mais il est parfois plus prudent de prendre sa gourde en randonnée que de compter sur les ressources naturelles.

L’étude qu’ils viennent de publier tord le cou à pas mal de clichés paradisiaques. Leur équipe a arpenté les sommets pour déposer dans huit lacs des Pyrénées – en Ariège, en Haute-Garonne ou encore dans le Béarn – des « petites feuilles en silicone » en guise de support pour capter les molécules chimiques. Relevées deux fois, au printemps et à l’été, elles ont livré leur inquiétant verdict. « Nous avons cherché 460 molécules et nous en avons trouvé 141, une diversité chimique massive », raconte Dirk Schmeller. Il y a des herbicides notamment, probablement transportés par les vents depuis des cultures de plus basse altitude. Si la plupart des concentrations sont faibles, les deux scientifiques alertent sur la présence de deux molécules « très toxiques » : le diazinon et la perméthrine, que l’on retrouve dans les insecticides et insectifuges utilisés pour débarrasser le bétail des puces et des tiques ou dans les antimoustiques.

Deux molécules mortelles pour les micro-organismes

Concernant ce duo de molécules chimiques, mortelles par exemple pour les araignées d’eau, les taux retrouvés dans certains lacs, comme l’étang d’Ayès dans le Couserans ariégeois, dépassent de loin « la toxicité chronique » admise. D’ailleurs, l’équipe a noté que plus la présence des deux molécules chimiques grimpe, plus celle des crustacés microscopiques baisse. « Or, ces micro-organismes sont un maillon essentiel de l’écosystème de ces lacs. Leur disparition, en plus des effets du réchauffement climatique, peut entraîner des effets en cascade vraiment très importants comme la prolifération d’algues toxiques », alerte Adeline Loyau.

Les deux chercheurs pensent que les deux molécules insecticides sont disséminées par le bétail dans les estives, au fil des bains des bovins par grosses chaleurs et des lampées prises par les brebis, les pattes dans l’eau. Ils ont écrit à une association pastorale pour lui faire part des résultats de l’étude. Et suggèrent d’ores et déjà « d’espacer davantage le traitement des bêtes et la date de montée en estive ». « Ce serait déjà une bonne chose », considère Dirk Schmeller.

* Un laboratoire sous tutelle INP/université Paul-Sabatier/CNRS