Vélo électrique : A Gennevilliers, Upway surfe sur un marché de la seconde main qui arrive à point

MOBILITE Depuis novembre, la start-up s’est lancée dans le reconditionnement et la vente de vélos à assistance électrique, qu’elle rachète à des particuliers et entreprises. Un marché de la seconde main qui ne peut que s’accroître à l’avenir ? C’est tout le pari d’Upway

Fabrice Pouliquen
— 
Toussaint Wattinne, cofondateur de Upway dans l'entrepôt de la start-up, à Gennevilliers, où elle réceptionne et reconditionne les vélos électriques de seconde main.
Toussaint Wattinne, cofondateur de Upway dans l'entrepôt de la start-up, à Gennevilliers, où elle réceptionne et reconditionne les vélos électriques de seconde main. — F.Pouliquen/20minutes
  • Voilà une dizaine d’années que des vélos à assistance électrique (VAE) se vendent en France. La croissance des ventes est même à deux chiffres ces dernières années, et devrait l’être encore dans les années à venir.
  • Forcément, le marché de l’occasion devrait suivre. Certains acteurs, en tout cas, misent d’ores et déjà sur sa montée en puissance. A l’image de la start-up Upway, qui reconditionne des VAE qu’elle rachète à des particuliers et des entreprises.
  • Avec un gros plus, selon son cofondateur, Toussaint Wattine : celui d’apporter des garanties que n’offrent pas toujours les ventes entre particuliers. A l’Union Sport & Cycle, on s’attend à ce que d’autres acteurs se spécialisent sur ce marché.

En 2020, 514.672 vélos à assistance électrique (VAE) se sont vendus en France. C’était 388.100 en 2019, 340.000 en 2018, 255.000 en 2017… Et l’an dernier ? C’est encore trop tôt pour le dire. « Les chiffres seront communiqués début avril, répond Virgile Caillet, délégué général d’Union Sport & Cycle, organisation professionnelle de la filière sport. Mais il est certain que les ventes ont continué de progresser. »

Derrière cette croissance à deux chiffres, on peut voir une opportunité en or pour l’industrie française d’accélérer la fabrication de VAE et de ses composants sur son territoire*. On peut aussi considérer que le parc de vélos électriques en circulation ne cesse de croître et qu’un marché de la seconde main ne peut alors qu’émerger.

Des vélos de ville aux VTT

C’est cette deuxième lecture qu’ont faite Toussaint Wattinne et Stéphane Ficaja fin novembre. Anciens d’Uber, ils ont lancé « Upway », une « place de marché » spécialisée dans le reconditionnement et la revente de vélos assistances électriques de seconde main. La start-up a pris ses quartiers à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) sur un ancien site de Tesla, le constructeur de voiture électrique haut de gamme. C’est là, dans un atelier de 1.000 m², qu’arrivent les vélos électriques que la start-up achète à des particuliers aux quatre coins de la France, ou à des professionnels un peu partout en Europe de l’Ouest. « Nous avons 500 vélos aujourd’hui en vente sur notre plateforme en ligne et nous en rajoutons, en ce moment, entre 100 et 150 par semaine », glisse Toussaint Wattinne. Des vélos de ville (le plus gros contingent) aux VTT, en passant par les speedbike, les vélos tous chemins et les vélos pliants. « Dans le lot, nous récupérons régulièrement des VAE de marques prisées des cyclistes, indique Toussaint Wattine. Comme Canyon, Lapierre, Giant, WanMoof… » 

Avant d’être postés en ligne, tous ont suivi le cheminement dans l’entrepôt de Gennevilliers, avec un passage obligatoire à l’atelier où s’activent les cinq mécaniciens d’Upway et leur chef d’équipe. Le temps d’une petite cure de jouvence. « L’analyse se fait sur vingt points d’inspection, du cadre à la batterie en passant par le moteur et les éléments de sécurité », reprend le cofondateur. La start-up promet alors le remplacement des pièces mécaniques et des pièces d’usure qui le nécessitent. Et en fait de même pour la partie électronique (moteur, assistance électrique, batterie).

Avant d?être postés en ligne, les vélos électriques achetés par Upway passent par l'atelier
Avant d?être postés en ligne, les vélos électriques achetés par Upway passent par l'atelier - F.Pouliquen/20minutes

Des ventes faibles de particulier à particulier ?

Au final, il y a peu de vélos électriques dont la vie ne peut être prolongée, assure-t-on à Upway. Même lorsque la batterie – souvent l’élément le plus cher d’un VAE – paraît HS. « Dans bien des cas, c’est un problème de connexion. Sinon, en changeant quelques pièces, on arrive à ce que la batterie retrouve plus de 80 % de son autonomie initiale », indique Toussaint Wattinne. En deçà, Upway la reconditionne (remplacement des cellules usagées par des cellules neuves) ou la remplace complètement ** lorsque l’opération n’est pas possible.

Quoi qu’il en soit, chaque vélo remis en selle par Upway est garanti un an sur ses éléments structurels (cadre, batterie, moteur et électronique)… L’entreprise s’assure aussi que les vélos qu’elle achète ne proviennent pas de vols. C’est le gros plus que voit Toussaint Wattine à Upway : « il y a déjà aujourd’hui des vélos électriques de seconde main en vente sur Internet. Mais les transactions entre particuliers restent faibles, en raison d’un manque de confiance et de garantie sur l’état du vélo. »

Moins chers… et disponibles tout de suite

A ce premier « plus » s’en ajoutent d’autres, davantage liés au fait d’acheter d’occasion. C’est déjà le coût, qui est « le principal frein aujourd’hui à l’achat d’un vélo électrique neuf, dont le prix moyen en France est de 2.000 euros [contre 400 euros pour un vélo mécanique] », concède Virgile Caillet. Sur Upway, « les vélos sont de 20 à 60 % moins cher que leur modèle neuf, avec une moyenne qui s’établit autour de – 35 % », glisse Toussaint Wattine. Plusieurs de ces vélos « Upway », bien que de seconde main, sont par ailleurs éligibles aux aides des collectivités territoriales et/ou de l’État pour l’achat d’un vélo électrique.

Ceux affichés en ligne ne demandent plus aussi qu’à être livrés, un avantage de taille ces derniers temps. Car la forte demande en VAE, associée à une pénurie de matières premières et des usines asiatiques débordées, ont créé des tensions sur le marché du neuf depuis la sortie du confinement, au point de devoir parfois patienter plusieurs mois avant d'être livré.

Aux Assises nationales du VAE, en octobre dernier à Grenoble, les professionnels du secteur s’attendaient à des pénuries qui perdurent jusqu’en 2023. Virgile Caillet tempère aujourd’hui : « Même s’il y a encore quelques tensions sur des composants, plus liées à leur transport qu’à leur production, la situation s’est globalement nettement améliorée, estime-t-il. Il y a en tout cas du stock disponible dans les magasins. »

Une nouvelle filière REP qui ne peut que booster ce marché de la seconde main ?

Virgile Caillet ne doute pas pour autant de la montée en puissance du marché du VAE de seconde main. Pas seulement parce que leur stock va aller croissant. « Plusieurs lois poussent à structurer ce marché, observe-t-il. Notamment la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec). Elle acte la création d’une filière à Responsabilité élargie du producteur (REP) sur le recyclage des articles de sport et de cycles, dont l’un des axes est la récupération et la remise en états des vélos usagés. »

Cette filière a officiellement vu le jour au 1er janvier. Mais le temps qu’elle se structure, la collecte des vélos usagés et leur distribution entre les acteurs souhaitant les reconditionner ne devraient commencer qu’à la fin de l’année, projette Virgile Caillet. « Il faudra alors s’attendre à ce qu’un nombre croissant d’acteurs élargissent leurs activités aux VAE de seconde main, voire s’y spécialisent », poursuit-il.

D’une certaine façon, Upway prend de l’avance. Depuis la semaine dernière, la start-up, qui compte vingt employés, va jusqu’en Belgique acheter et vendre des vélos de seconde main à des particuliers. « Nous nous lancerons en Allemagne et aux Pays-Bas avant l’été, ce qui devrait impliquer l’ouverture d’un deuxième site de stockage et de réparation », ajoute Toussaint Wattine. C’est en tout cas à l’échelle de l’Europe qu’Upway raisonne aujourd’hui. « Il y a d’ores et déjà 20 millions de VAE en circulation, il y en aura 100 millions en 2035, prévoit le cofondateur d’Upway. On peut facilement imaginer que 20 % de ce parc soit revendu chaque année… » Ça en fait des vélos à reconditionner.

* Le gouvernement a confié à Guillaume Gouffier-Cha, député LREM du Val-de-Marne, une mission parlementaire afin « de développer une réelle industrie du vélo en France » cet automne. Le rapport a été remis le 8 février à Jean Castex.

** Les batteries inutilisables sont alors confiées à des opérateurs spécialisés dans le recyclage, comme Veolia.