Charente : Des animaux de laboratoire ou maltraités finissent leur vie chouchoutés dans un sanctuaire bucolique

SECONDE VIE Une association accueille 120 animaux sur 6.000 m2 à Ventouse, en Charente

Elsa Provenzano
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Un abri pour les animaux de laboratoire, en Charente — 20 Minutes
  • Le « sanctuaire des poids plumes » accueille des animaux sortis des laboratoires, maltraités ou abandonnés sur 6.000 m2 en Charente.
  • Il est spécialisé dans la prise en charge des nouveaux animaux de compagnie (NAC), soit à peu près tous les animaux sauf les chiens et les chats, et en particulier de petite taille.
  • Après une baisse de subvention subite sur un de leurs emplois aidés les cofondateurs ont lancé un appel aux dons pour continuer leur activité.

A l’orée d’un bois, dans des enclos spacieux et bien entretenus quelque 120 animaux (chèvres, cochons, moutons, poules, cochons d’inde, lapins, souris etc. ) coulent des jours heureux sous la garde bienveillante de Typhaine Genty et son mari, cofondateurs du « sanctuaire des poids plumes ». Amoureux des animaux et sensibles à la cause animale, ils ont créé leur association en 2015 et l’ont transformée cette année en un sanctuaire, c’est-à-dire un lieu d’accueil définitif sur 6.000 m2.

Ils ont choisi de se spécialiser dans la prise en charge des nouveaux animaux de compagnie (NAC), de petite taille car il existe peu de structures d’accueil pour eux. Avant leur arrivée au sanctuaire, ces animaux ont tous en commun un passé difficile.

Utilisés pour des expériences en laboratoire

« On a récupéré des cochons sur lesquels il y avait eu des tests cutanés de crème et des souris qui ont été utilisées essentiellement pour des études comportementales », explique Typhaine Genty. Lorsque les protocoles expérimentaux arrivent à leur terme, l’association Graal, spécialisée dans la réhabilitation des animaux de laboratoire leur cherche des places. « Les animaux de laboratoire, quand il s’agit de chats et de chiens, il y a beaucoup de refuges qui les prennent mais c’est plus difficile pour les NAC », commente Typhaine Genty, qui explique que le sanctuaire ne peut pas toujours répondre à la demande, pour garantir de bonnes conditions de vie à ses petits protégés. Jusqu’à maintenant, 140 souris et six cochons issus de laboratoires ont pris leur quartier dans le havre de paix charentais. Ce jour-là, le petit cochon göttingen, race créée pour les laboratoires, profite d’une sieste au soleil dans un enclos qu’il partage avec un congénère.

Un protocole très strict est appliqué aux animaux sortants de laboratoire. « Il faut que les animaux ne présentent pas de risques pour l’environnement ni pour les humains, certificat vétérinaire à l’appui », témoigne la cofondatrice du sanctuaire. La direction départementale de la protection des populations (DDPP) doit aussi valider son transfert. Si l’équipe du sanctuaire n’est pas favorable aux tests sur les animaux, elle n’a jamais observé de soucis de santé particuliers sur ceux qu’elle a accueillis. S’ils sont parfois craintifs, ce sont des animaux plutôt sociaux car beaucoup manipulé pour l’homme. « Il est plus difficile de socialiser notre mouton à trois pattes qui a été abandonné dans un pré », observe Typhaine Genty.

Maltraités ou abandonnés

Blottie dans sa cage, Judy le chinchilla a été sortie d’un élevage clandestin, aveugle et la patte cassée. Les hamsters ont été récupérés auprès d’une animalerie car ils n’étaient pas « vendables », les gerbilles auprès d’une autre qui fermait. Phoebe, une pigeonne, a été récupérée par l’association après avoir été enfermée dans une toute petite cage car sa propriétaire « n’avait pas conscience qu’elle avait besoin de plus d’espace », raconte, compréhensive, la cofondatrice du sanctuaire. Elle roucoule à présent volontiers dans les bras de Manon, bénévole au Sanctuaire. Les cochons d’Inde ont été abandonnés, un lot en bas d’un immeuble et l’autre devant une animalerie, « comme si elle allait les reprendre », soupire Typhaine Genty.

Onze lapins ont été déposés dans un carton près de la rivière qui borde la propriété du couple. Sûrement issus d’un élevage industriel, ils cumulent pas mal de maladies : pasteurellose, teigne, gale d’oreille etc. et nécessitent beaucoup de soins. « L’un d’eux est resté en quarantaine chez nous, pendant deux mois », pointe Typhaine Genty. Il y a aussi les poules réformées d’élevage car elles ne sont plus rentables et quelques canes sorties d’un élevage de canards à foie gras. « Elles sont sexées dans l’œuf et entassées dans des grands bacs et adviennent ce qui peut d’elles, raconte-t-elle. Torti avait un problème de cou et je lui ai fait des séances de kiné plusieurs fois par jour, pour lui redresser la tête. Elle est devenue hypersociable. » Une petite chèvre est restée deux ans à l’abandon dans un pré et a dû être amputée d’une patte. Le sanctuaire lui a fait faire une prothèse que les soigneurs travaillent à lui faire accepter.

Un appel aux dons pour continuer

Typhaine Genty se souvient des 15.000 agrafes apposer sur la volière principale avec son mari. Si quelques travaux ont été commandés à des artisans, beaucoup ont été réalisés au fur et à mesure par leurs soins. Accompagnants familiaux et parents de deux enfants en bas âge, ils ont besoin de salarier deux soigneurs pour mener à bien l’activité du sanctuaire. Mais, après une subite baisse de subvention, un de leur contrat aidé est menacé. Ils ont donc lancé un appel aux dons qui se poursuit jusqu’à ce vendredi pour continuer à faire face aux demandes de placement, qui sont quotidiennes pour les lapins par exemple.

« On sauve quelques animaux ici mais il faudrait agir plus en amont pour faire évoluer les choses, par exemple en imposant un peu plus de contrôles sur les ventes ou en proposant des animaux stérilisés en animalerie », avance la cofondatrice.