Réchauffement climatique : « Pas plus de 15 % » des maires ont lu le rapport du Giec, soutient une société de conseil

ENVIRONNEMENT L’entreprise de communication et de conseil Koncilio, spécialisée dans l’écologie locale, a synthétisé le rapport du Giec en une vingtaine de pages pour le démocratiser à destination des maires de France

Mickaël Bosredon
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Conférence de presse sur le rapport du Giec
Conférence de presse sur le rapport du Giec — PATRICK GELY/SIPA
  • Cette synthèse a été rédigée avec le soutien du climatologue Hervé Le Treut et du spécialiste de la biodiversité Gilles Bœuf.
  • « Si le réchauffement climatique est l’enjeu du siècle, c’est une priorité que d’avoir des bases solides sur l’état de la connaissance scientifique » assure Aurélien Sebton, co-fondateur de Koncilio.
  • L’entreprise a aussi travaillé sur une proposition de loi, qui vise à remettre aux élus le résumé du rapport du Giec au début de leur mandat, « considérant que ce doit être la boussole des politiques publiques. »

Le rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) on en parle beaucoup, mais qui l’a réellement lu ? Avec 4.000 pages pour la version complète, et 70 pages pas toujours vulgarisées pour la version résumée, il faut reconnaître qu’il faut parfois s’accrocher pour aborder ce document scientifique.

« Si 90 % des maires ont entendu parler du Giec, pas plus de 10 à 15 % d'entre eux ont lu le rapport » assure Aurélien Sebton, co-fondateur de Koncilio, une entreprise spécialisée dans la communication et la formation sur les questions d’écologie locale, basée au sein de l’écosystème Darwin à Bordeaux. Il se base sur une enquête réalisée auprès des élus par ses équipes, lors du Congrès des maires, en novembre dernier.

« Que chacun prenne sa part face à ce défi »

Le propos d’Aurélien Sebton, lui-même ancien élu régional et local en Nouvelle-Aquitaine, n’est pas de s’en prendre aux maires, « abreuvés de rapports, et qui ne peuvent pas tout lire. » Mais, « si le réchauffement climatique est l’enjeu du siècle, c’est une priorité que d’avoir des bases solides sur l’état de la connaissance scientifique » soutient-il.

C’est dans cette démarche qu’avec le soutien du climatologue Hervé Le Treut, et du spécialiste de la biodiversité Gilles Bœuf, Koncilio a réalisé une synthèse du premier volet du rapport du Giec. « Si on veut que certains messages passent, il faut encore synthétiser par rapport au résumé de ce rapport, et c’est la démarche que nous avons entreprise » poursuit Aurélien Sebton. « Nous proposons ainsi aux décideurs publics un document d’une vingtaine de pages, dans lequel dix pages résument le premier volet du sixième rapport, et dix autres pages sont consacrées à la biodiversité. On y explique par exemple comment fonctionnent les gaz à effet de serre, pour que chacun prenne sa part face à ce défi. »

Koncilio a par ailleurs entamé un tour de France des maires, en commençant par la Nouvelle-Aquitaine. « Nous sommes allés à Saintes, Angoulême, Agen, puis nous ferons Dax, Limoges, Poitiers, Libourne… Nous proposons aux élus qu’un climatologue vienne en séance plénière des agglomérations, pour expliquer ce qu’il y a dans ce rapport du Giec. Il faut que tout le monde ait connaissance des chiffres : un, deux ou trois degrés de réchauffement climatique, quelles conséquences cela aura-t-il sur mon territoire ? »

« Encore des débats pour savoir si l’écologie est quelque chose d’idéologique ou de factuel »

Aurélien Sebton est convaincu que « les collectivités sont très engagées sur les questions d’écologie », mais il relève qu’il y a « encore des débats pour savoir si l’écologie est quelque chose d’idéologique ou de factuel. » Il est donc urgent de « réaffirmer que la question climatique est avant tout une question scientifique, qui ne suscite pas de débat politique. Et la base de la connaissance scientifique nous est donnée par le Giec. »

Un Giec qui affirme qu’en Nouvelle-Aquitaine, « une partie du littoral va être submergée et que l’on va connaître de grands épisodes de sécheresse et de canicule » rappelle l’ancien élu régional. « Nous sommes donc arrivés au moment où l’on sait que ça va arriver, et où il faut s’adapter, on ne peut pas négocier, même si c’est difficile pour les décideurs locaux d’acter qu’il faut moins artificialiser les sols alors qu’il y a une tension sur le logement. »

Koncilio a également travaillé sur une proposition de loi, déposée le 6 décembre par le sénateur du Nord, Olivier Henno, qui vise à remettre aux élus le résumé du rapport du Giec au début de leur mandat, à l’instar de la charte de l’élu local. « Car nous considérons que le rapport du Giec doit être la boussole des politiques publiques, dans tous les domaines. » Elle sera présentée mi-mars au Sénat.