Le mouvement « gourde friendly » va-t-il inonder les bars et restaurants ?

SOIF Les commerces partenaires s'engagent à accepter de remplir gratuitement en eau la gourde des visiteurs. Le mouvement espère ainsi contribuer à réduire les déchets causés par les bouteilles plastiques

Frédéric Brenon
Adrien, gérant du bar nantais La Sourcerie, remplit la gourde d'Alexandre Solacolu de Hoali.
Adrien, gérant du bar nantais La Sourcerie, remplit la gourde d'Alexandre Solacolu de Hoali. — F.Brenon/20Minutes
  • Le mouvement « gourde friendly » réunit des commerces, principalement des bars, de toute la France.
  • Une carte dynamique référence tous les établissements ainsi que les points de remplissage publics.
  • Le mouvement a été lancé par la start-up Hoali pour réduire l’usage des bouteilles en plastique.

Il ne fait pas forcément beaucoup de bruit mais il prend de l’ampleur. A Paris, à Marseille, à Toulouse ou à Rennes, le mouvement « gourde friendly » rassemble de plus en plus de bars, restaurants et commerçants. Plus de 140 ont déjà adhéré au projet lancé il y a quelques mois et quelque 700 autres se sont engagés à le faire d’ici mai. Le principe : permettre aux personnes qui le souhaitent, qu’elles soient clientes ou simplement de passage, de remplir leur gourde d’eau fraîche, sans contrepartie. A l’origine de cette idée, il y a Hoali, une start-up bretonne agissant en faveur d’une consommation éco-responsable des ménages.

« En 2019, pendant un épisode de canicule, je voulais remplir ma gourde en ville et je ne savais pas où aller. J’en étais presque à aller acheter une bouteille d’eau », se souvient Alexandre Solacolu. Le cofondateur de Hoali sait que 9 milliards de litres d’eau en bouteilles sont consommés chaque année en France. « C’est le premier gisement de déchets plastiques dans les poubelles de foyers français. Une bouteille sur deux seulement est réellement collectée pour être recyclée. C’est une source de pollution et de CO2 énorme. »

« Je n’aurais jamais osé demander dans un commerce »

La start-up cherche alors des solutions pour lever les freins à l’usage de la gourde. Consciente que les fontaines publiques sont « trop peu nombreuses », Hoali fédère les bars et s’occupe de la communication. Une cartographie dynamique est mise en place pour retrouver l’établissement partenaire le plus proche, de même que les points de remplissage publics. « Les bars s’engagent à accueillir avec bienveillance les gens qui arrivent, précise Alexandre Solacolu. En échange, on les fait connaître. Ce sont des initiatives que certains bars prenaient déjà mais les consommateurs l’ignoraient. »

Le public visé est large mais les touristes et travailleurs en mobilité sont évidemment la cible privilégiée. « C’est une super idée, valide Karine, une touriste parisienne faisant la queue pour visiter les Machines de l’île, à Nantes. Généralement je cherche des toilettes pour remplir ma gourde. Mais je n’aurais jamais osé entrer dans un commerce pour demander. Je ne sais pas si j’aurais été bien reçue. » A une centaine de mètres de là, Adrien, gérant du bar la Sourcerie, a rejoint le mouvement « gourde friendly » récemment. « Je suis sensible au message environnemental et soucieux de rendre un service aux gens du quartier ou aux visiteurs. Remplir une gourde, ça prend deux secondes, ce n’est pas un gros effort. Donc adhérer à la démarche est un plaisir », justifie le patron.

Et bientôt de la bière ou du cidre ?

Hoali espère ainsi convaincre une cinquantaine d’établissements dans chacune des 20 premières villes de France. Pour accélérer le mouvement, la start-up s’engage auprès d’offices de tourisme et d’acteurs publics, lesquels la rémunèrent en retour. « La gourde, ce n’est pas qu’un symbole. C’est une action qui bénéfice au territoire, avec un impact réel », insiste Alexandre Solacolu.

Dans un second temps, Hoali souhaite accompagner les bars vers une autre forme de remplissage de gourde, marchand celui-là. « On peut y mettre de la bière, du cidre, de la citronnade, du thé glacé… Quand on voit le nombre de pique-niques et apéros qui s’organisent aux beaux jours, on mesure le potentiel, tant pour le développement d’activité des commerces locaux que pour la réduction des déchets », considère le codirigeant de Hoali. Adrien, le gérant du bar nantais La Sourcerie, est intéressé pour se lancer. « Je pense qu’il y a une demande. La vente de bière en vrac qu’on avait organisée pendant la crise sanitaire avait très bien marché. Il faut juste régler la question de la tarification car toutes les gourdes n’ont pas la même contenance. » Une expérimentation nationale doit débuter d’ici à l’été.