Pollution : L’ONU jette les bases d’un traité mondial contre la pollution plastique, une décision « historique »

RECYCLAGE Un texte contraignant doit être adopté d’ici 2024 pour lutter au niveau mondial contre le rejet de plastiques dans l’environnement

X.R. avec AFP
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Environnement : Vote «historique» à l'ONU contre la pollution plastique — 20 Minutes

Un jour à marquer d’une pierre blanche… ou d’un caillou en plastique recyclé, comme le marteau d’Espen Barth Eide. Le ministre norvégien de l’Environnement, président de l’Assemblée pour l’environnement de l’ ONU, a entériné d’un coup de son accessoire la motion créant un « Comité intergouvernemental de négociation » chargé d’élaborer un texte contre la pollution plastique « juridiquement contraignant » d’ici 2024. « Aujourd’hui, nous écrivons l’Histoire. Vous pouvez être fiers », a-t-il lancé sous les applaudissements des délégués debout.

Les centaines de millions de tonnes de déchets produits chaque année, qui se dégradent en micro-plastiques, sont retrouvés dans tous les océans du globe, dans la banquise, dans l’estomac d’animaux et même dans de l’air prélevé au sommet de montagnes. En 2019, 353 millions de tonnes de déchets ont ainsi été générées. Seuls 10 % ont été recyclés, contre 22 % abandonnés dans des décharges sauvages, voire brûlées à ciel ouvert. Pour répondre à l’étendue du problème, le mandat de négociations est très large, prenant en compte « le cycle de vie entier du plastique », comme le réclamaient les militants écologistes. Il pourra ainsi concerner la production comme l’utilisation, la gestion des déchets, la réutilisation ou le recyclage.

« Nous allons éliminer la pollution plastique de notre environnement »

Le mandat prévoit d’élaborer des mécanismes de contrôle ainsi que des financements pour les pays pauvres et de coopérer avec le secteur privé, dans une industrie qui pèse des milliards. Il pourra aussi fixer des objectifs et définir des mesures « contraignantes » ou « volontaires », et prévoir des plans nationaux de lutte, tout en prenant en compte les « circonstances » spécifiques des différents pays.

Selon l’OCDE, la pollution marine et terrestre au plastique serait par ailleurs responsable de 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement climatique. Mais elle contribue surtout à l’effondrement de la biodiversité, pourtant essentielle pour lutter contre la crise climatique, selon le tout dernier rapport du Giec.

« Le message, c’est que nous allons éliminer la pollution plastique de notre environnement », a insisté Inger Andersen, directrice exécutive de l’agence de l’ONU sur l’environnement (PNUE). Mais elle a reconnu que les négociations, qui doivent débuter au deuxième semestre 2022 jusqu’à fin 2024 allaient se heurter à des « sujets épineux », comme la définition des « objectifs » : « comment mesurer » le respect de ceux-ci ou encore la « rapidité de mise en œuvre » des nouvelles règles.

Les militants satisfaits mais vigilants

Les défenseurs de l’environnement se sont félicités, tout en affichant leur vigilance sur le déroulement des négociations. « Nous sommes à un tournant de l’Histoire, où les ambitieuses décisions prises aujourd’hui peuvent empêcher la pollution plastique de contribuer à l’effondrement de l’écosystème de notre planète », a commenté Marco Lambertini, directeur général du WWF, tout en insistant sur le fait que « le travail est loin d’être achevé ». Graham Forbes, responsable du dossier plastique à Greenpeace USA, a salué un « grand pas en avant » qui « reconnaît que le cycle de vie entier du plastique (…) cause de la pollution ». Mais l’ONG promet elle aussi de ne pas relâcher la pression « tant qu’un traité n’est pas conclu et signé ».

L’engagement affiché de grandes multinationales, dont certaines grandes utilisatrices d’emballages comme Coca-Cola ou Unilever, pour un traité fixant des règles communes renforce l’optimisme, même si elles ne se sont pas prononcées sur des mesures précises. L’association des producteurs européens Plastics Europe, a ainsi salué « une étape majeure vers la création d’un futur sans déchets ». Elle s’est félicitée que la résolution reconnaisse « les apports essentiels des applications plastiques » qui doivent être rendues « circulaires et neutres pour le climat ».