Hérault : Une nouvelle méthode pour détecter les pathogènes qui déciment les huîtres

OSTREICULTURE La méthode pourrait permettre d'éviter les épidémies qui déciment les élevages ostréicoles

Nicolas Bonzom
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Des huîtres du bassin de Thau
Des huîtres du bassin de Thau — Patrick FRILET/SIPA
  • Les ingénieurs du Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT), épaulés par l’entreprise montpelliéraine IAGE, ont développé une nouvelle méthode de détection des micro-organismes à l’origine des épidémies qui déciment les huîtres creuses.
  • Car cette espèce, qui filtre de très grandes quantités d’eau, capte tout ce qui traîne dans son environnement, en particulier les virus et les bactéries.
  • Ce nouveau dispositif pourrait être une bénédiction pour les producteurs d’huîtres, qui perdent chaque année de grandes quantités, en raison des maladies.

Les ingénieurs du Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT), dans l'Hérault, ont mis au point un outil innovant, qui pourrait bien révolutionner le travail des ostréiculteurs. Epaulés par l’entreprise montpelliéraine IAGE, spécialiste de l’analyse biologique environnementale, ils ont développé une nouvelle méthode de détection des micro-organismes à l’origine des épidémies qui déciment les huîtres creuses.

Cette espèce, particulièrement sensible à son milieu de vie, filtre en effet, chaque jour, de très grandes quantités d’eau, et capte ainsi absolument tout ce qui traîne dans son environnement. Notamment les virus et les bactéries, qui s’y prélassent.

« C’est véritablement catastrophique pour les éleveurs »

Ce dispositif, dont le projet a été baptisé Pathogènes, est actuellement expérimenté sur le bassin de Thau. Il permet de détecter, dans l’eau et dans les coquillages, trois super vilains qui font du mal aux cheptels : l’Herpès virus ostréide et les Vibrios des espèces Splendidus et Aestuarianus, qui causent des pertes importantes d’huîtres, sans pour autant représenter un quelconque danger pour les consommateurs qui en raffolent.

« Il y a une mortalité naturelle chez les huîtres creuses, les éleveurs le savent », explique Romain Pete, syndicaliste au SMBT. Mais ces trois pathogènes-là sont responsables d’une surmortalité terrible pour les producteurs d’huîtres creuses. « Selon les années, jusqu’à 80 %, voire plus, du cheptel peut être décimé », à cause d’eux, pointe ce chercheur en biologie marine. « Et ça, c’est véritablement catastrophique pour les éleveurs. » C’est d’ailleurs parce qu’ils sont les plus destructeurs que le projet mené au bassin de Thau par le SMBT et l’entreprise IAGE les a particulièrement ciblés.

Un phénomène apparu « brutalement en 2007 »

Patrice Lafont, président du Comité régional conchylicole de Méditerranée (CRCM), attend « beaucoup de la science » pour résoudre ce problème de « grande ampleur ». « C’est un phénomène qui est apparu brutalement en 2007, en Méditerranée, puis sur la côte atlantique, indique le conchyliculteur. Et on ne sait pas l’expliquer. »

Jusqu’ici, il était difficile de détecter les virus et les bactéries à l’origine des maladies. Ou alors trop tard, une fois que les huîtres étaient touchées, et qu’elles commençaient à « bailler », c’est-à-dire à s’entrouvrir légèrement. « Cela veut dire que les pathogènes sont présents, et qu’ils vont commencer leur travail » funèbre, confie Romain Pete. L’outil mis au point sur le bassin de Thau permet de débusquer ces virus et ces bactéries bien en amont, dans l’eau, grâce à une technique assez récente, la PCR digitale, qui permet une détection beaucoup plus sensible des pathogènes.

Les résultats récoltés par ce projet innovant seront couplés à des données environnementales, afin de dessiner un modèle épidémiologique destiné à préserver la bonne santé des huîtres creuses. Et rendre les élevages plus résilients.