Picardie : Responsables d’une « mortalité importante » de chauves-souris, des éoliennes sous surveillance

BIODIVERSITE Trois ou quatre parcs éoliens dans la Somme et l’Aisne affichent un taux préoccupant de mortalité de chauves-souris

Gilles Durand
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Un cadavre de chauve-souris au pied d'une éolienne.
Un cadavre de chauve-souris au pied d'une éolienne. — Laurent Arthur
  • Depuis peu, la mortalité des chauves-souris a dépassé celle des oiseaux au pied des mats des éoliennes.
  • La direction de l’environnement a avoué que des parcs éoliens, dans la Somme et dans l’Aisne, présentaient une mortalité excessive de chiroptères.
  • L’association Picardie Nature dénonce des données officielles qui tardent à remonter.

Quand les chauves-souris se font porter « pale ». « Concernant la mortalité de chiroptères, il existe des difficultés sur trois ou quatre parcs éoliens, installés dans la Somme et dans l’Aisne, », reconnaît la direction de l’environnement (Dreal) des Hauts-de-France. Une situation a priori sous contrôle qui symbolise, néanmoins, un risque beaucoup plus alarmant, selon l'association Picardie Nature.

La région Hauts-de-France est au premier rang national en nombre de mâts d’éoliennes installés, même si les services de l’Etat refusent environ un tiers des demandes, entre autres, pour des raisons de protection de la biodiversité. Ainsi, avant toute implantation d’un parc, une étude d’impact doit notamment vérifier l’absence de danger pour l’activité des chauves-souris.

Système de bridage absent

« Une fois les éoliennes installées, l’exploitant du parc doit assurer un suivi régulier, en identifiant des cadavres potentiels, souligne la Dreal. En cas de mortalité importante, l’exploitant doit proposer des mesures adaptées ou, à défaut, il se voit imposer, par arrêté préfectoral, ces mêmes mesures, consistant, en général, à un arrêt partiel des machines. »

Un système de bridage, grâce à des radars, permet ainsi de stopper le fonctionnement des éoliennes en fonction de l’activité décelée des chauves-souris, mais aussi des oiseaux. Or les parcs visés ne sont pas équipés de ce bridage. « Aucun problème particulier n’avait été décelé lors du dépôt du dossier », souligne l’administration qui estime « ne pas avoir assez de recul sur les difficultés rencontrées pour pouvoir répondre sur la bonne adéquation entre les mesures prises et la mortalité des chauves-souris ». En clair, pour l’instant, c’est le statu quo.

« Nous avons du mal à obtenir certaines données »

Pourtant, depuis peu, la mortalité de ces mammifères a dépassé celle des oiseaux au pied des mâts. Avec des constats inquiétants en France. « En dix ans, une race baptisée noctule commune a perdu environ 80 % de sa population, selon une étude du Muséum d’Histoire naturelle. Il y a un véritable enjeu sur la survie de cette espèce », assure Lucie Dutour, spécialiste chauves-souris chez Picardie Nature

Comment en est-on arrivé là ? « Les développeurs d’éoliennes ont l’obligation de donner le suivi de mortalité, mais les remontées sont poussives, souligne Lucie Dutour. Nous avons du mal à obtenir ces données. Certes, le bridage provoque un manque à gagner, mais il faut une vraie prise de conscience de la part des industriels. »

Pour l’association, difficile d’agir concrètement, car il n’existe aucun levier juridique. Alors ? « Aucun problème ne se pose en hiver, explique-t-elle. Les chauves-souris sont actives du printemps à l’automne, mais seulement la nuit, avec des périodes clés de migration pour certaines espèces. Et quand il y a beaucoup de vent, elles ne volent pas. »

Une nouvelle menace pour les chauves-souris

Du côté de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), on se montre très préoccupé par une nouvelle menace : les éoliennes à très faible garde du sol. Ces machines possèdent des pales gigantesques qui tournent entre 20 et 30 m du sol, avoisinant parfois seulement 10 m, avec des vitesses de rotation en bout de pale qui dépassent les 280 km/h.

« Il faut s’attendre à ce que même les chauves-souris qui volent au ras du sol soient touchées, s’inquiète la SFEPM, dans une note technique datant de décembre 2020. Certaines espèces, largement épargnées jusqu’ici par les collisions, feront, elles aussi,
partie du cortège des victimes de l’éolien. C’est d’autant plus navrant que depuis trois décennies, les efforts déployés lors des divers plans nationaux d’actions chiroptères avaient enfin permis de voir remonter les effectifs de ces espèces. »

Mouvement des pales mortel

Selon la Dreal, « la mortalité des chauves-souris n’est pas liée au choc sur les pales ou les mâts, mais aux commotions consécutives aux déplacements d’air violents créés par le mouvement des pales ». Certaines espèces sont plus sensibles que d’autres.