Pourquoi le label bio « menace » les petits producteurs de sel de Guérande

AGRICULTURE BIO Un « projet de résolution » visant à soutenir les paludiers des marais salants (notamment de Guérande) doit être soumis au vote de l’Assemblée, ce mercredi

Julie Urbach
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Les marais salants de Guérande (Loire-Atlantique)
Les marais salants de Guérande (Loire-Atlantique) — L. Venance/ AFP
  • Un nouveau règlement européen offre la possibilité à tous les types de sel (marin mais aussi minier) d'obtenir le label bio.
  • Un «non sens total» pour les petits producteurs et députés de la façade atlantique, qui craignent une «concurrence déloyale» et une «confusion chez le consommateur».

Ils espèrent que leur texte, qui vise à soutenir les petits producteurs de sel français, sera au goût du reste de l’Assemblée. Ce mercredi, quatre parlementaires de la façade Atlantique (Loire-Atlantique, Vendée et Charente-Maritime) vont soumettre au vote une proposition de résolution « invitant le gouvernement à défendre l’exigence forte attachée à la certification européenne du sel biologique et à ses méthodes de production ». Le nouveau règlement européen, qui permet depuis janvier à tous types de sel de prétendre au label bio, inquiète fortement les paludiers, et notamment à Guérande où est produit le fameux or blanc. Explications.

Pourquoi un label bio pour le sel ?

Alors que les paludiers ne sont considérés comme des agriculteurs que depuis quelques années, le sel non plus ne rentrait pas vraiment jusque-là dans les cases. « C’est un minéral, donc ni animal ni végétal, ce qui ne correspondait pas aux critères du bio », explique Sandrine Josso, députée (Modem) de Loire-Atlantique à l’origine de la proposition de résolution. Jusqu’à ce que la commission européenne ne décide de se pencher sur la question, en nommant un groupe d’experts. « On était favorables à l’époque, car nous pensions que seul le sel marin, récolté à la main, pourrait obtenir ce label, se rappelle Christophe Annaheim, président de l'association française des producteurs de sels de l'atlantique récolté manuellement. Finalement, pour ne froisser personne j’imagine, on nous annonce que tous les types de sel seront éligibles : les industriels mais aussi les sels de mine ! »

C’est quoi ces types de sel ?

Contrairement au sel des marais salants, récolté manuellement après l’évaporation naturelle de l’eau de mer, la grosse majorité de la production française provient de l’extraction minière, basée sur des techniques de forage, et destiné à l’industrie ou au déneigement des routes. Dans les rayons des supermarchés, on trouve aussi du sel marin « industriel », qui a généralement subi un traitement de lessivage là aussi réalisé par des machines. « Autant de techniques qui contredisent clairement les objectifs de développement durable de la France », s’insurge Sandrine Josso, qui parle d’un « non-sens total », voire d’une « escroquerie alimentaire ». 

Que craignent les paludiers de Guérande, Noirmoutier et Ré ?

Avec la « quasi-totalité » des sels qui pourraient donc prétendre au label AB, Christophe Annaheim craint une « concurrence déloyale » entre les petits producteurs et les grands industriels, causée par une « confusion chez le consommateur ». Les paludiers redoutent carrément d’être effacés des rayons si les clients ne se fient qu’à l’étiquette et vont au moins cher. « On a déjà failli disparaître dans les années 80, mais nous avons réussi à nous relever en faisant valoir notre spécificité, notre savoir-faire, en proposant un produit de qualité. Aujourd’hui, nous sommes menacés. » Quelque 600 paludiers exercent aujourd’hui à Guérande, Noirmoutier et sur l’île de Ré. « Nous devons leur apporter de la sérénité pour l’avenir, ainsi que pour le rayonnement économique et touristique de nos territoires », estime Sandrine Josso.

Le vote de ce texte peut-il faire changer les choses ?

« C’est un signe très fort sur le plan politique, poursuit la députée, qui encourage « les autres pays européens » à lancer la même démarche, en attendant la rédaction d’un prochain acte délégué, qui pourrait changer la donne. Selon les parlementaires, il en va carrément de la protection du « contenu exigeant de la certification européenne des productions biologiques dont le sel a valeur de symbole, tant il cristallise l’ensemble des dimensions patrimoniales, environnementales, culturelles, socio-économiques ou historiques. »