Salon de l'agriculture : Dans les Yvelines, Neofarm invente la ferme agroécologique de demain… bardée de robots

AGRICULTURE De la préparation du sol à la récolte... Dans sa ferme expérimentale, la start-up Neofarm met au point de petits robots qui vont assister, voire remplacer les maraîchers dans les tâches plus ingrates

Fabrice Pouliquen
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A Saint-Nom-la-Bétrèche, dans les Yvelines, Neofarm imagine la ferme maraîchère de demain, conjuguant agroécologie et robotique.
A Saint-Nom-la-Bétrèche, dans les Yvelines, Neofarm imagine la ferme maraîchère de demain, conjuguant agroécologie et robotique. — /@NeoFarm
  • A Saint-Nom-la-Bétrèche (Yvelines), la start-up NeoFarm cultive une trentaine de variétés de légumes sur deux hectares. De quoi produire plusieurs dizaines de tonnes de légumes bio distribuées en circuit court, dans les magasins aux alentours.
  • Jusque-là, rien d’extraordinaire. Mais à Neofarm, sous les serres, ce sont les robots qui, en grande partie, travaillent… Ils remplacent les maraîchers pour les tâches les plus répétitives et les assistent pour les plus pénibles.
  • La start-up d’Alexia Rey et Olivier Le Blainvaux a mis au point une douzaine de robots adaptés à l’agroécologie et imagine avoir le double encore à inventer. Surtout, elle s’apprête à ouvrir deux autres fermes, sur ce même modèle, en Ile-de-France

A condition de ne pas lever le nez en l’air, rien ne distingue la ferme de NeoFarm, à Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines) d’une petite exploitation maraîchère classique. Des carottes, des tomates, des choux, des salades, des courgettes… Quatre-vingt-dix variétés d’une trentaine de légumes sont cultivées au sol, en rangées serrées qui s’alignent sur deux hectares. Le tout labellisé agriculture biologique et qui permet une production de plusieurs dizaines de tonnes distribuées dans des magasins aux alentours.

« Un tiers des parcelles sont en extérieur, les deux autres sous serres », précise Alexia Rey, cofondatrice de Neofarm, en faisant le tour de l’exploitation. C’est dans la partie couverte que la jeune entreprise de l’agritech (ces start-up qui travaillent à des innovations technologiques au service de l’agriculture) se distingue. Accroché aux toits, un réseau de rails quadrille l’ensemble des parcelles et permet à un portique automatisé d’accéder à n’importe quelle rangée de légumes de la ferme. Et à ce dernier, on peut lui fixer, selon les besoins du moment, une douzaine d’outils robotisés que Neofarm a mis au point depuis sa création, début 2018 et qu’elle teste, grandeur nature, dans cette ferme expérimentale inaugurée en juin dernier.

En agroécologie, les grosses machines d’emblée bannies ?

C’est le cas de cette « repiqueuse » que montre Alexia Rey et qui aide le maraîcher dans la plantation des mini-mottes pour lancer la culture. « Un travail fastidieux quand il est fait manuellement, décrit l’entrepreneuse. Il faut être à genoux et tirer la caisse contenant les mottes à planter à mesure qu’on avance dans la rangée. » Avec cette repiqueuse, l’agriculteur reste debout. « Il suffit de positionner les mottes en rangée dans la gouttière et le robot se charge de les descendre jusqu’au sol et les planter à mesure qu’il avance, reprend-elle. Non seulement l’outil réduit la pénibilité de cette tâche, mais permet aussi de l’exécuter non plus en deux heures mais en vingt minutes… »

Des robots en agriculture, ce n’est pas si nouveau. « Cela fait plus de 20 ans qu’on travaille sur l’automatisation de machines agricoles, tant pour réduire la pénibilité de certaines tâches et éviter les pertes de précision, indique Ronan Lenain, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae), spécialisé dans la robotique. Et il y a à ce jour 10.000 robots agricoles utilisés en France. » Mais la quasi-totalité sont dédiés à l’élevage, précise-t-il, tout en comptant une centaine spécialisée dans le désherbage, utilisée dans le maraîchage et une dizaine d’autres pour la viticulture.

Décliner l’agritech à l’agroécologie

Mais en agroécologie, c’est encore l’huile de coude qui prime. Ce modèle de production qui cherche à s’appuyer le plus possible sur les services qu’offre la nature alentour, en limitant au maximum l’utilisation d’intrants et en s’interdisant les produits chimiques. En préservant aussi le plus possible le sol et l’eau. « C’est le modèle le plus durable pour les générations à venir, estime Alexia Rey. Mais aussi le plus difficile. On est sur des petites surfaces, avec des cultures très denses, très diversifiées, sans utiliser d'intrants chimiques. Il y a ce souci d’agresser le moins possible le sol pour préserver au mieux la vie souterraine, ce qui élimine d’emblée les grosses machines. »

Alexia Rey, cofondatrice de la startup NeoFarm.
Alexia Rey, cofondatrice de la startup NeoFarm. - F.Pouliquen/20minutes

C’est tout le pari alors que font Neofarm et une poignée d’autres start-up en France : décliner l’agritech à l’agroécologie, en mettant au point des robots adaptés à ses contraintes. « Bien souvent, on n’invente rien, mais on miniaturise des machines déjà employées sur de grandes parcelles ou on robotise des outils manuels utilisés dans les petites fermes maraîchères », reprend Alexia Rey. La repiqueuse n’est qu’un exemple. Néofarm a aussi mis sur pied une série de robots spécialisés dans la préparation du sol (sarcler, ratisser, aplanir, compacter…). « Des tâches là encore pénibles et qui demandent beaucoup de force », justifie Alexia Rey. Un autre encore se consacre au désherbage et d’autres encore sont dans les cartons.

Au risque de détruire un peu plus encore d’emplois agricoles ?

Alexia Rey imagine facilement avoir encore le double à inventer, « notamment dans l’aide à la récolte que nous commençons à développer ». Mais tout ne se limite pas aux robots. Une autre brique dans la ferme de Neofarm est le numérique, à travers des capteurs et des solutions logicielles qui facilitent la gestion de l’exploitation. « Rationaliser l’utilisation de l’eau, aider la meilleure période pour semer, planifier les tâches dans le temps, programmer les robots », liste Alexia Rey. Au point que le portique est capable d’aller chercher lui-même le robot qu’il convient suivant la tâche qui lui a été assignée.

Merveilleux ou inquiétant ? Jonathan Chabert, maraîcher depuis dix ans et porte-parole de la Confédération paysanne dans les Côtes d’Armor, penche pour la deuxième lecture. S’il n’est pas contre améliorer l’ergonomie en maraîchage, y compris par des machines, il s’oppose en revanche « à la robotisation poussée à l’extrême que proposent des start-up comme Neofarm ou la Toulousaine Naïo Technologies ». « C’est l’étape de plus dans la mécanisation à marche forcée de l’agriculture française qui a pour revers d’accentuer r le déclin de la population agricole et donner le sentiment à une partie de ceux qui restent d’être dépossédés de leur travail », pointe-t-il. Alexia Rey se défend de vouloir supprimer des agriculteurs : « Ces robots sont là pour les assister ou les remplacer sur les tâches les plus ingrates et répétitives, leur permettant alors de se concentrer sur d’autres tâches qui nécessitent plus leur attention. »

Une ferme clé en main que Neofarm veut dupliquer

Surtout, la fondatrice de Neofarm évoque la nécessité de déployer au plus vite l’agroécologie en France. « Mais si on reste sur des fermes très manuelles, il faudra beaucoup de main-d’œuvre aujourd’hui quand il est aujourd’hui difficile de recruter des maraîchers aujourd’hui, notamment en raison de la pénibilité du travail », poursuit-elle. Un constat que dresse aussi Ronan Lenain à l’Inrae. L’institut tiendra d’ailleurs une conférence ce lundi, au salon de l’agriculture, sur e numérique comme levier pour accélérer l’évolution de l’agriculture. C’est bien toute l’idée d’Alexia Rey et Olivier Le Blainvaux, son associé : mettre au point, depuis Saint-Nom-la-Bretèche, un modèle clé en main de fermes agroécologiques robotisées à essaimer ensuite. « Deux nouvelles fermes seront ouvertes dans l’année en Ile-de-France, l’une dans le nord, l’autre dans le sud, glisse Alexia Rey. Et Neofarm espère en installer une centaine dans les dix prochaines années. Toujours sur ce modèle de petites fermes maraîchères en agroécologie, en périphérie des villes, en circuit court et en association avec des partenaires.

La start-up en cible deux en particulier : « les grandes exploitations agricoles (céréaliers, grandes cultures, élevage) intéressées pour consacrer quelques hectares de leurs terres à du maraîchage dans le but de diversifier leurs activités, mais sans forcément avoir à s’en occuper, commence Alexia Rey. Et les collectivités qui souhaitent réinstaller des maraîchers sur leurs territoires notamment pour relocaliser les approvisionnements de leurs cantines. » Chacune de ces fermes nécessiterait l’emploi de deux maraîchers en CDI, poursuit-elle, pour montrer que le développement de Neofarm passera bien par la création d’emplois agricoles.

Pas de quoi convaincre Jonathan Chabert. « Le vrai enjeu n’est pas la robotisation de l’agriculture mais bien plus l’accès aux terres, estime-t-il. On voit passer, dans mon département comme ailleurs, de nombreux candidats à l’installation, loin de trouver le métier de maraîcher pénible, mais qui finissent par renoncer faute d’avoir trouvé où s’installer. » L'association Terres de Liens a déjà alerté sur cette difficulté, mardi dernier, dans son rapport sur l'état des terres agricoles en France.