Alpes-Maritimes : Pollustock prévient la mer des déchets pour devenir « un leader de la transition socioécologique »

POLLUTION Depuis 2009, l’entreprise azuréenne Pollustock développe des équipements antipollution en ciblant les réseaux de pluies pour éviter que les déchets n’arrivent en mer

Elise Martin
Cette benne contient les déchets d'un des 300 filets Pollustock installés en France, qui empêchent les détritus d'être emportés par la pluie dans les mers et les océans
Cette benne contient les déchets d'un des 300 filets Pollustock installés en France, qui empêchent les détritus d'être emportés par la pluie dans les mers et les océans — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Pionnière dans le domaine, la société Pollustock a été créée pour « lutter contre la pollution des mers et des océans » grâce à des filets installés aux avaloirs ou exutoires d’eau de pluie.
  • En six ans, plus de 250 tonnes de déchets ont été interceptées. Aujourd’hui, la société azuréenne veut voir encore plus loin et vient de lever 800.000 euros.
  • L’idée est de pouvoir multiplier les équipements mais aussi « sensibiliser la population pour que d’ici dix ans, on n’ait plus besoin de ces dispositifs », explique le créateur de la société.

Des bouteilles en plastique, des canettes, des emballages mais surtout « des mégots » et « énormément de lingettes nettoyantes ». Ce sont les déchets « classiques » qui se retrouvent coincés dans les filets de la société  Pollustock, installés dans les avaloires ou exutoires d’eaux pluviales, au bord des autoroutes, dans les villes mais aussi sur les plages ou dans les ports. Grâce à eux, « ils n’atteindront pas la mer ou l’océan », relève Stéphane Asikian. Depuis plus de dix ans, c’est la mission que s’est donnée le fondateur de cette entreprise à Mandelieu-la-Napoule, dans les Alpes-Maritimes.

Un des équipements Pollustock près de l'autoroute A8, dans les Alpes-Maritimes
Un des équipements Pollustock près de l'autoroute A8, dans les Alpes-Maritimes - Pollustock

« J’avais envie d’agir à mon échelle pour protéger l’environnement, raconte-t-il. J’ai compris que nettoyer les mers et les océans allait être compliqué, voire impossible alors je me suis concentré sur ce qui arrivait avant. Si plus de 80 % des déchets retrouvés en mer proviennent de la terre alors 80 % de la solution est terrestre. »

Un système qui ne nécessite aucune source d’énergie

L’idée de Pollustock, c’est de créer un « piège » pour ces détritus qui sont poussés par la pluie vers la mer. « On a commencé par les gros déchets, les plus visibles, avec des filets style ceux des chalutiers. Puis, depuis trois ans, on a développé d’autres équipements avec des mailles plus petites car ce sont les moins visibles les plus redoutables. On a alors mis en place des paniers qui peuvent coincer les micros déchets, de moins de 5 mm, comme les billes de polystyrène ou des cheveux. »

Stéphane Asikian, créateur de Pollustock
Stéphane Asikian, créateur de Pollustock - Pollustock

Un filet peut récupérer jusqu’à 2,5 tonnes et est fonctionnel entre six et huit ans, assure le créateur. « Grâce à l’équipement, on peut le retirer et le vider avec une grue. Sinon, c’est un système qui ne nécessite aucune source énergétique, compétence technique, qui est opérationnel 24 h/24 et sans présence humaine. Les paniers sont aussi très pratiques à équiper sur les avaloirs d’eau de pluie en milieu urbain. Finalement, ce sont les solutions les plus simples, les plus efficaces », sourit-il. Il estime que depuis 2015, plus de 250 tonnes de déchets ont été récupérées mais « qu’il reste encore beaucoup à faire quand on voit que 300 tonnes se retrouvent dans la Seine chaque année ».

Un objectif de réduire de 80 % nos déchets d’ici dix ans

En dix ans d’existence, plus de 300 équipements ont été mis en place, partout en France. « La volonté est d’agir encore plus rapidement et d’être encore plus présents, explique le fondateur. C’est l’idée de la levée de fonds qu’on a faite [où 800.000 euros ont été investis]. » Le chef d’entreprise a pour ambition de devenir « l’un des leaders de la transition socioécologique », mais surtout que « dans dix ans, on n’ait plus besoin de ces dispositifs grâce à une réduction du flux de déchets anthropiques de 80 % ».

Pour lui, « intercepter ne suffit pas ». C’est aussi dans cet esprit qu’il récupère quelques filets, normalement les collectivités s’en chargent, pour analyser leurs contenus. « Ça sert ensuite de données et ça peut aider à d’éventuelles impulsions pour des interdictions, comme pour les pailles, ou de preuves pour proposer des solutions alternatives. Malheureusement, c’est aussi une façon de voir le comportement inadmissible de certains êtres humains ».

Stéphane Asikian développe également une campagne de sensibilisation autour de la pollution avec des écoles, des associations locales de protection de l’environnement mais aussi avec une équipe dédiée à cette action « corrective » à travers des campagnes dans les collectivités qui le souhaitent.