Nucléaire : Trois choses à savoir sur les six EPR2 annoncés pour 2050 par Emmanuel Macron

ENERGIE Le président de la République a annoncé la commande pour la France de six exemplaires de réacteurs nucléaires dernière génération

Marie De Fournas
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La centrale de Penly en Seine-Maritime, pourrait être la première à construire une paire d'EPR 2
La centrale de Penly en Seine-Maritime, pourrait être la première à construire une paire d'EPR 2 — BEAUFILS/SIPA
  • Lors de son passage à Belfort jeudi, Emmanuel Macron a présenté sa stratégie d’action sur le plan énergétique pour les années à venir. Parmi les grands axes de développement : le nucléaire.
  • Le président a demandé la construction de six réacteurs nouvelle génération EPR2 à l’horizon 2050.
  • On vous explique tout sur ces réacteurs EPR2, des versions optimisées des EPR, dont l’un est toujours en construction à Flamanville dans la Manche.

Le nom est revenu sur le devant de la scène en octobre dernier avec la publication du rapport du gestionnaire du réseau électrique RTE mettant en avant l’avantage économique du nucléaire. Ce nom, c’est EPR, acronyme de « réacteur pressurisé européen ». Ou, selon le gouvernement, la solution miracle pour faire de la France un acteur fort du secteur énergétique mondial et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ce jeudi à Belfort, le président Emmanuel Macron n’a pas changé son fusil d’épaule lorsqu’il a présenté un vaste plan de relance nucléaire. Parmi les annonces majeures,  celle de construire six EPR 2, avec une mise en service du premier vers 2035. C’est bien beau mais, vous, un « EPR2 » vous ne savez en fait pas trop ce que c’est, non ? On va vous expliquer tout ça en douceur.

C’est quoi un EPR2 ?

En fait un EPR2 n’est autre qu’une nouvelle génération d’EPR. Revoyons donc les bases. Un EPR est un réacteur nucléaire : ce système complexe dans lequel on provoque une réaction nucléaire qui va ensuite permettre créer de l’énergie, puis à terme de l’électricité. Il y a plusieurs types de réacteur nucléaire et les EPR en sont déjà la troisième génération. Ils ont été élaborés pour fournir plus d’électricité et rejeter moins de déchets radioactifs que leurs aînés, tout en partant de la même quantité de matière combustible. Le « P » de EPR veut dire « pressurisé », parce qu’il fonctionne grâce à un système d’eau pressurisé. L’eau est utilisée tout au long de la production d’énergie pour conduire la chaleur produite ou encore moduler la vitesse de certains éléments pour que la réaction nucléaire se déroule de façon optimale. C’est un peu le chef d’orchestre du réacteur.

Pour résumer, EPR2 est la version plus optimisée de EPR. Son avancée majeure, c’est qu’il est censé être « plus simple à construire », car standardisé. Les EPR2 sont produits par série de deux et peuvent être préfabriqués en usine. La construction de plusieurs exemplaires, « va permettre de faire des économies d’échelle », assure EDF qui s’est déclaré prêt à lancer leur construction. C’est aussi « le premier réacteur à être totalement conçu de façon numérisée », avec simulation 4D et visualisation 3D pour mieux détecter les anomalies, souligne EDF.

Pourquoi la France en veut tant ?

La construction d’EPR fait partie des scénarios proposés par le RTE pour sortir des énergies fossiles et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Ces réacteurs peuvent générer une puissance électrique d’environ 1.670 MW, alors que les réacteurs les plus anciens du parc français sont plutôt autour de 900 MW. Emmanuel Macron s’est donc appuyé sur cette recommandation pour répondre aux besoins énergétiques toujours plus grands de la France.

Et si le gouvernement n’a pas perdu de temps depuis la publication du rapport du gestionnaire du réseau électrique, c’est parce que sur le dossier des EPR, la France a justement pris un peu de retard. Un EPR est en effet actuellement en construction à Flamantville dans la Manche depuis 2007. Sa mise en service initialement prévue pour 2012 a été repoussée à plusieurs reprises et ne devrait finalement intervenir qu’en 2023. Pas question pour Emmanuel de se laisser distancer sur les nouvelles technologies liées au nucléaire. Lors de son passage à Belfort, le président a d’ailleurs également annoncé le lancement futur d’ un prototype de mini-réacteur : un SMR, déjà évoqué lors de la présentation de son plan « France 2030 ».

Quel avenir pour ces EPR2 ?

Emmanuel Macron veut les faire construire. EDF a annoncé qu’il s’en « réjouissait ». C’est bien, mais encore faut-il que le projet soit accepté, car ce n’est pas au président de décider seul. D’autant que la cour des comptes estime le coût de construction de trois paires d’EPR2 à 46 milliards d’euros. Les magistrats ont aussi souligné, dans une note récente, « une incertitude en termes de capacité à construire un nouveau parc de réacteurs dans des délais et à des coûts raisonnables. »

La validation de la construction d’EPR2 passera par différentes étapes. Il y aura d’abord un débat public sur le projet. Ensuite, EDF devra déposer auprès du gouvernement une demande d’autorisation de création d’une installation nucléaire. Cette demande devra ensuite avoir le feu vert de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). « La procédure, dont le délai d’instruction est de trois ans (prorogeable de deux ans) inclut une enquête publique et se conclut par un décret d’autorisation de création », précise-t-on à l’ASN.

Si le projet était validé, les lieux leurs emplacements ont déjà été choisis. Puisque les EPR2 sont construits par paire, il y en aurait d’abord deux à Penly, en Seine-Maritime, près de Dieppe, puis deux à Gravelines, dans le Nord, et enfin deux à Bugey, dans l’Ain, ou bien au Tricastin, dans la Drôme.