Colombie : Les hippopotames d’Escobar officiellement considérés comme invasifs, l’abattage envisagé

ANIMAUX Le programme de stérilisation engagé depuis quelques années est trop coûteux et pas assez efficace

20 Minutes avec agences
Un hippopotame dans le parc Hacienda Napoles, ancien zoo de Pablo Escobar à Doradal, le 22 juin 2016
Un hippopotame dans le parc Hacienda Napoles, ancien zoo de Pablo Escobar à Doradal, le 22 juin 2016 — RAUL ARBOLEDA AFP

Après des mois d’hésitation, la Colombie a finalement déclaré les célèbres  hippopotames de Pablo Escobar comme « espèce invasive ». Le ministère de l’Environnement a confirmé l’information ce vendredi après la réunion d’un Comité spécialisé.

Une étude, réalisée par l’Institut Alexander von Humboldt et l’Institut des sciences naturelles de l’Université nationale, a révélé les « risques environnementaux » liés à l’invasion d’  hippopotames, notamment pour les espèces endogènes de Colombie. Des « actions concrètes » concernant l’espèce doivent maintenant être envisagées, a indiqué le ministère de l’Environnement.


Des hippopotames laissés à l’abandon

En mourant, Pablo Escobar a laissé à la Colombie un héritage encombrant et inattendu : des hippopotames qui vaquent en liberté dans le fleuve Magdalena. Cette colonie de plus d’une centaine de bêtes est aujourd’hui réputée être la plus grande hors d’Afrique. Elle est la descendance directe d’un couple importé par le baron de la drogue pour le zoo de son hacienda de Napoles.

A la mort du narcotrafiquant en 1993, les flamants roses, girafes, zèbres et autres kangourous de l’animalerie ont été vendus à des zoos. Laissés sur place sans prédateur, les hippopotames se sont multipliés, devenant une attraction locale mais surtout un problème environnemental et une menace pour les habitants de la région.

« L’abattage reste sur la table »

Selon les estimations, l’envahissante colonie pourrait quadrupler d’ici dix ans. Manuel Rodriguez, ancien ministre de l’Environnement de 1994 à 1997, a pris part à la conception du plan des autorités. Il a expliqué avoir demandé au gouvernement d’utiliser « toutes les mesures » pour empêcher cette invasion, « y compris la chasse ».

Cornare, une agence régionale de protection de l’environnement, mène depuis dix ans un programme de stérilisation des hippopotames. A ce jour, les scientifiques ont réussi à en stériliser une cinquantaine. Mais « tout ce qui concerne les hippopotames est complexe, coûteux et dangereux », résume David Echeverri, responsable de Cornare. « L’abattage reste sur la table. C’est une option nécessaire. […] Elle pourrait être la dernière issue pour ne pas laisser le problème s’aggraver. »

Le lamantin menacé

Les hippopotames d’Escobar sont la seule espèce invasive de cette taille dans le monde et mettent en danger les habitants de la région. Deux attaques n’ayant heureusement entraîné que des blessures ont été enregistrées à ce jour. L’imposant pachyderme peut en effet se révéler agressif et violent. Les attaques mortelles sont courantes en Afrique, où l’hippopotame cause des centaines de morts par an, loin devant les félins, les crocodiles ou les éléphants.

Le lamantin est également menacé par la présence des hippopotames, tout comme plusieurs espèces de poissons endogènes. Début 2022, un homme politique et militant des droits des animaux a proposé de créer un « sanctuaire » pour eux, mais l’idée a été jugée coûteuse et nuisible pour l’environnement.