Pollution aux particules fines : « Tout est combiné au creux de l’hiver » pour dépasser les seuils critiques

IRRESPIRABLE La pollution aux particules fines, favorisée par le froid et des masses d’air très stables, a dépassé les seuils « d’information » dans plusieurs villes françaises ces derniers jours

Xavier Regnier
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Paris, comme d'autres villes françaises, connait des épisodes de pollution aux particules fines régulièrement.
Paris, comme d'autres villes françaises, connait des épisodes de pollution aux particules fines régulièrement. — Xavier Francolon/SIPA
  • Paris, Lyon, Toulouse, en Gironde, dans le Loiret… Le « seuil d'information » de pollution aux particules fines a été dépassé un peu partout en France ces derniers jours.
  • La pollution aux particules fines est particulièrement observable en hiver, boostée par la consommation de chauffage et des masses d’air stables.
  • Si les pays européens agissent pour réduire cette pollution, notamment en mettant en place des zones à faibles émissions (ZFE) et en favorisant la voiture électrique, plus de 300.000 Européens meurent à cause des particules fines chaque année, rappelle Cathy Clerbaux, chercheuse interrogée par 20 Minutes.

Il fait froid, on voit mal la Tour Eiffel, et en plus vous avez du mal à respirer ? Ne cherchez pas la cause bien loin : les alertes à la pollution aux particules fines s’enchaînent ces derniers jours en France. A Toulouse, à Paris, à Lyon,  en Gironde et même dans le Loiret, des mesures sont prises pour tenter de rendre l’air plus respirable. Mais comment expliquer la récurrence de ces épisodes de  pollution et le fait qu’ils touchent de nombreuses villes au même moment ? Quels sont les risques pour la santé ? Et surtout, peut-on les éviter ? 20 Minutes vous aide à y voir plus clair dans ce brouillard.

Pourquoi les alertes à la pollution aux particules fines se multiplient depuis quelques jours ?

Depuis le début du mois, les annonces de villes signalant un dépassement du « seuil d'information » de pollution aux particules fines ont germé plus vite que des clusters de coronavirus. Cathy Clerbaux, directrice de recherche au CNRS au Laboratoire atmosphère et observations spatiales (Latmos), indique à 20 Minutes que la pollution aux particules fines est une caractéristique de l’hiver. « Elle est liée à trois phénomènes : le  transport, le chauffage et l’activité industrielle. » Les particules fines étant émises lors d’une combustion, « tout est combiné au creux de l’hiver », note la physicienne.

Mais le froid n’explique pas seul ces épisodes de pollution, sinon les seuils seraient dépassés pendant trois mois. La météo joue en fait un rôle majeur. « Si les masses d’air sont stables, qu’il n’y a pas de vent, pas de pluie, la pollution s’accumule », explique Cathy Clerbaux. La spécialiste belge note d’ailleurs que ces épisodes de pollution sont « faciles à prévoir », tant ils sont directement liés à cette stabilité météorologique.

Y a-t-il un risque pour la santé à court ou moyen terme ?

Forcément, respirer un air pollué n’est jamais vraiment très bon. Pire, les particules fines sont, contrairement à ce que leur nom indique, trop grosses pour être vite éliminées, s’enfonçant profondément dans les poumons. Les PM10, à l’origine du déclenchement du « seuil d’information » dans le Grand Paris [fixé à 50 microgrammes par mètre cube, contre 65 mesurés mardi et 80 pour le seuil d'alerte], ont ainsi une taille de l’ordre de la cellule. C’est d’ailleurs pour cela qu’on « voit » cette pollution, qui forme un léger brouillard, contrairement à la pollution à l’ozone par exemple.

Aussi, « les personnes âgées et les plus fragiles sont plus affectés », note Cathy Clerbaux, qui cite par exemple les asthmatiques. « Cela affecte le système respiratoire et cardiovasculaire », la pollution étant « un élément en plus à gérer » pour l’organisme. Pour ces personnes, un épisode de pollution peut représenter une surcharge mortelle. « Quand il y a un épisode de pollution, on observe une hausse des admissions à l’hôpital et un excès de morts », signale la chercheuse. Selon l’Agence européenne de l’environnement, la pollution aux particules fines aurait ainsi provoqué 307.000 décès prématurés en 2019.

Toutefois, il faut rester prudent sur les conséquences à long terme. « Ça s’additionne au reste mais je ne dirais pas que des cancers soient causés par cette pollution », s’avance Cathy Clerbaux, évoquant un facteur parmi d’autres. En revanche, « elle a un réel impact en Chine » où les taux sont beaucoup plus élevés durant ce genre d’épisodes de pollution.

Peut-on éviter ces épisodes de pollution à l’avenir ?

Oui, et les pays européens y travaillent depuis plusieurs années, notamment avec l’incitation au basculement des véhicules diesel, très polluants, vers l’électrique. « Mais il faut faire attention à produire de l’électricité sans produire de particules fines », tacle la chercheuse belge. On ne vise personne ici, mais l’Allemagne et ses centrales à charbon n’est pas un exemple à suivre.

Plusieurs métropoles ont aussi annoncé la mise en place à venir de zones à faibles émissions (ZFE), où la circulation sera réservée aux véhicules les moins polluants. La série d’alertes dans les villes françaises revêt toutefois un côté trompeur : comparé aux années 1990, « il y a en réalité moins de jours de pollution qu’avant, mais on en parle plus », note Cathy Clerbaux, grâce à la progression des outils et à la prise de conscience des dangers de la pollution.