Réchauffement climatique : Les jeunes seront-ils les piliers de la transition énergétique ?

ÉCOLOGIE Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Aujourd’hui, intéressons-nous au phénomène d’éco-anxiéte qui touche la jeunesse

20 Minutes avec The Conversation
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La crise du Covid-19 vient jouer un rôle d'accélérateur dans le questionnement des jeunes sur leur façon de vivre
La crise du Covid-19 vient jouer un rôle d'accélérateur dans le questionnement des jeunes sur leur façon de vivre — Shutterstock (via The Conversation)
  • De récentes études montrent que l’éco-anxiéte affecte la vie quotidienne d’une majorité de jeunes à travers le monde, selon notre partenaire The Conversation.
  • 65 % des 18-35 ans considèrent d’ailleurs le changement climatique comme une urgence mondiale.
  • L’analyse de ce phénomène a été menée par Elodie Gentina, docteur et professeur-chercheur en marketing à l’école de Management IÉSEG de Lille.

Malgré l’impact de la pandémie de Covid-19, les questions concernant le réchauffement climatique et la durabilité environnementale restent les principales préoccupations des jeunes. Nombre de jeunes s’engagent pour le climat, comme le démontre  leur mobilisation avant la  COP26. Comme le prouve l’émergence de la figure de  Greta Thunberg, ils font bouger les lignes. Pour autant, sont-ils plus radicaux que leurs aînés ? Quel regard portent-ils sur les générations précédentes ? Leur reprochent-ils d’avoir pillé les ressources naturelles, leur laissant une Terre malade ?

Les évaluations dont on dispose soulignent en tout cas que 65 % des 18-35 ans considèrent le changement climatique comme une urgence mondiale. Ce chiffre monte à 69 % chez les moins de 18 ans. Une enquête, menée en 2019 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie,  met en exergue que l’environnement est en tête des préoccupations chez les 18-30 ans (32 %), devant d’autres sujets, tels que l’immigration (19 %) et le chômage (17 %).

« Quand on sera grands, on voudrait être vivants » lisait-on sur une pancarte de la marche pour le climat du 21 septembre 2019, à Paris © Jeanne Menjoulet / Flickr CC BY 2.0

​Le temps de l’urgence

Déjà dans les années 1965, les scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme au sujet de l’épuisement des ressources de la terre. Le premier rapport scientifique alertant sur les enjeux du réchauffement climatique  remonte à 1965. Alors pourquoi la mobilisation des jeunes sur les enjeux du  réchauffement climatique n’intervient-elle qu’aujourd’hui ?

Il faut noter que la crise engendrée par la pandémie a résonné comme un choc d’incertitude et d’isolement à un moment de la vie censée correspondre à la prise d’autonomie vers l’âge adulte. Les jeunes ont ressenti un sentiment de frustration d’avoir perdu leurs « meilleures années » et la crise a contribué à la montée d’une « voix générationnelle », portée par des jeunes – adolescents, étudiants et diplômés – s’exprimant au travers de mouvements sociaux.

Jusqu’à consolider la position militante de cette génération, à l’image de Jamie Margolin qui a cofondé Zero Hour, un mouvement basé à Seattle pour coordonner les grèves scolaires pour le climat aux États-Unis. Ou encore à l’image de la militante suédoise Greta Thunberg devenue l’égérie de tout un mouvement de la jeunesse engagée contre le réchauffement de la planète, connue sous le nom de  Fridays for Future.

Une marche pour le climat à Londres en 2019 © Shutterstock (via The Conversation)

La crise du Covid-19 vient jouer un rôle d’accélérateur dans le questionnement des jeunes sur leur façon de vivre. Ils évoquent le besoin de se recentrer sur l’essentiel : leurs amis, leurs familles, leur santé mentale, la quête de sens et leurs nouvelles convictions politiques en particulier sur le climat.

​Une perte de confiance

Face à la quatrième révolution numérique, notre époque vit une mutation radicale de son rapport au temps. Être jeune dans notre société contemporaine, c’est privilégier l’immédiateté, ce qui se traduit par un besoin d’obtenir très rapidement des réponses à ses préoccupations.

Cette logique entre en contradiction avec celle du système institutionnel qui, étant procédural, implique une temporalité plus longue. Cette différence peut donc affecter la capacité des jeunes à garder confiance et à s’engager dans les institutions. Selon l’étude menée auprès de 10.000 jeunes âgés de 16 à 25 ans issus de 10 pays différents, 69 % d’entre eux estiment que les gouvernements mentent à propos des impacts de leurs actions. 63 % vont même jusqu’à ressentir de la trahison envers eux et les générations futures.

Les jeunes sont plus nombreux que leurs aînés à privilégier la marche, la bicyclette, les transports en commun © Shutterstock (via The Conversation)

Étant donné cette défiance, 81 % des jeunes tendent à suivre des scientifiques pour comprendre les évolutions de la société actuelle. C’est en particulier le cas pour les plus diplômés (91 % avec au moins un bac + 3), mais c’est également vérifié pour une plus large frange de la population des jeunes (69 % pour ceux qui ont un niveau de diplôme inférieur au bac).

Malgré tout, ils s’avouent perdus face aux sujets de la transition énergétique et disent manquer d’information (67 %) ou encore avoir du mal à se faire une opinion sur la gravité des conséquences du réchauffement climatique (67 %). Ces chiffres témoignent l’éco-anxiété ressentie par les jeunes, face à l’indifférence de leurs aînés et des décideurs économiques.

Le concept d’éco-anxiété désigne l’angoisse de voir l’état du monde empirer face aux catastrophes climatiques à répétition. Une récente étude menée auprès de 10.000 jeunes âgés de 16 à 25 ans issus de 10 pays différents a montré que 45 % des jeunes affirment que  l’éco-anxiété affecte leur vie quotidienne. Et 59 % révèlent être extrêmement inquiets. Ces chiffres peuvent d’ailleurs expliquer pourquoi, face au dérèglement climatique et à un avenir incertain, quatre jeunes sur 10 hésitent à avoir des enfants.

Au Nord comme au Sud, l’éco-anxiété s’empare de la jeunesse © Statista

​Une génération Greta ou pas ?

Les jeunes se mobilisent en faveur de l’environnement. Par exemple, ils ont une pratique des transports plus écologiques que leurs aînés : d’après une étude CRÉDOC, ils sont plus nombreux à privilégier la marche, la bicyclette, les transports en commun ainsi que le covoiturage plutôt que la voiture (47 % pour les 15-17 ans contre 33 % pour le reste de la population). Ils sont aussi de  grands consommateurs de seconde main – achat d’occasion, location, emprunt, revente, troc.

Ils vont jusqu’à sensibiliser leurs parents à la protection de l’environnement et les influencer dans leurs gestes au quotidien. Informés par le biais de l’école, du collège, du lycée sur ces enjeux, les jeunes les partagent ensuite avec leurs parents, les encourageant à adopter des comportements plus écologiques. Les résultats d’une étude qualitative que j’ai menée auprès de 30 dyades parents-enfants en France a mis en exergue ce processus de socialisation écologique inversée.

VIDÉO : Bande-annonce du film « La Croisade » sorti fin 2021, fiction autour de cette socialisation inversée

Si l’engagement des jeunes pour le climat semble une évidence, les travaux menés par le CRÉDOC révèlent une réalité plus nuancée. En effet, le consumérisme reste une réalité. Les jeunes sont moins nombreux à trier leurs déchets (64 % pour les 15-17 ans contre 80 % pour le reste de la population), à éteindre les appareils qui restent en veille (39 % contre 54 % pour le reste de la population) ou encore à choisir des produits avec  peu d’emballage (26 % contre 41 % pour le reste de la population).

Les jeunes se trouvent au cœur d’un paradoxe : s’ils se tournent vers la seconde main, c’est aussi un moyen pour eux de se payer encore plus de produits des grandes marques fast-fashion qu’ils affectionnent tout particulièrement, telles que  Boohoo, s’imposant comme le «   Zara du Web » ou encore le géant chinois  Shein.

Par conséquent, des incohérences dans le comportement des jeunes face à la protection de l’environnement demeurent. Néanmoins, leur intention reste positive et encourageante pour les années à venir. Reste à voir quel impact cette implication pourra avoir sur le long terme.

Cette analyse a été rédigée par Elodie Gentina, docteur et professeur-chercheur en marketing à l’école de Management IÉSEG de Lille.
L’article original a été publié sur le site de The Conversation.

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