Présidence française de l’UE : Amiens capitale européenne de l’énergie et de l’environnement… pendant trois jours

EUROPE Jusqu’à samedi, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, convie ses homologues européens de l’Environnement et de l’Energie pour huit sessions de travail sur les dossiers à venir pendant la présidence française de l’UE. Et ils sont très nombreux….

Fabrice Pouliquen
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Barbara Pompili, en compagnie du Premier ministre Jean Castex, visite l'ancienne manufacture Cosserat à Amiens, le 8 janvier 2022. La ministre de la Transition écologique est de retour dans la capitale picarde ce jeudi où elle convie sur les trois prochains jours les ministres européens de l'environnement et de l'énergie.
Barbara Pompili, en compagnie du Premier ministre Jean Castex, visite l'ancienne manufacture Cosserat à Amiens, le 8 janvier 2022. La ministre de la Transition écologique est de retour dans la capitale picarde ce jeudi où elle convie sur les trois prochains jours les ministres européens de l'environnement et de l'énergie. — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  • A compter de ce jeudi matin, les ministres européens de l’Environnement et de l’Énergie vont travailler pendant trois jours à Amiens sur les dossiers qui arrivent pendant la présidence française de l’UE.
  • Huit sessions de travail sont prévues pendant ces trois jours. Il faut au moins ça, ne serait-ce que pour sonder les positions des 27 sur le « Fit for 55 », le plus grand paquet de mesures énergie/climat de l’histoire de l’UE, actuellement en négociation.
  • Mais au ministère de la Transition écologique, on assure ne pas vouloir oublier les autres priorités à venir. En particulier sur la déforestation importée, objet d’un projet de loi qui, lui aussi, pourrait aboutir dans les six mois, voire plus tôt si la France le pousse.

Une visite guidée de la cathédrale d’Amiens, une autre au musée de la Picardie, sans oublier le crochet par l’usine de l’entreprise Ynsect​, en construction dans la périphérie amiénoise et qui élèvera des insectes pour produire des protéines pour l’alimentation. Si on ajoute la photo de famille, c’est à peu près les seules respirations à l’agenda des trois jours de  réunions informelles des ministres de l’environnement et de l’énergie qui commencent ce jeudi matin, à  Amiens.

C’est Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique et ancienne députée de la Somme, qui invite. Huit sessions de travail sont prévues avec pour objectif de sonder les positions des 27 Etats membres de l’UE sur un large panel de dossiers environnementaux. Ceci, alors que vient de commencer, le 1er janvier, la  présidence française de l’Union européenne (PFUE).

Aboutir à des premiers compromis sur les mesures du « Fit for 55 »

Pour six mois, après la Slovénie et avant la République tchèque, la France prend la présidence tournante du Conseil européen. La fonction confère au pays qui l’assure le pouvoir non négligeable d’influer sur l’agenda politique européen. En clair : il peut accélérer la conclusion politique d’une négociation sur un dossier, en accélérant le rythme des réunions par exemple. Justement, les occasions de jouer ce rôle ne manqueront pas d’ici juillet, sur les enjeux environnementaux, alors que l’UE négocie en ce moment le plus grand paquet de mesures énergie/climat de son histoire. C’est  le « fit for 55 », mis sur la table par la commission européenne le 14 juillet dernier. Il comprend quatorze mesures qui doivent permettre d’atteindre le nouvel objectif climatique européen :   réduire de 55 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport aux années 1990). « Ce "Fit for 55" consiste à faire plus en dix ans que ce qu’on a fait en trente ans en termes de décarbonation de l’économie », invite à avoir en tête un conseiller de Barbara Pompili.

Mise en place d’une taxe carbone aux frontières, révision à la hausse des objectifs d’efficacité énergétique et d’utilisation des énergies renouvelables (ENR) en Europe, instauration d  ’une taxe sur le kérosène (le carburant aérien),​ création   de nouveaux marchés carbone​ pour les transports et le chauffage des bâtiments dès 2026… Ce « Fit for 55 » est large, et ses impacts sociétaux et politiques potentiellement lourds, ce qui en complique les négociations. « Sous la présidence slovène, il y a déjà eu un premier tour de table, au Conseil de l’Europe, sur ces quatorze textes législatifs, rappelle un conseiller de Barbara Pompili. Il revient à la présidence française de poursuivre ce travail, et d’aboutir au maximum à des premiers compromis. »

Tâter le terrain à Amiens

Ces trois jours de rencontres à Amiens doivent participer à ce cheminement. Ils viseront à identifier les rapports de force et les éventuels points bloquants de négociation pour les faire évoluer vers des compromis, explique-t-on au ministère de la Transition écologique. Le format n’est pas nouveau. « Les pays qui prennent la présidence de l’UE organisent traditionnellement, en début de mandat, des réunions informelles entre les ministres européens, y compris ceux de l’environnement », explique Neil Makaroff, responsable « Europe » au Réseau action climat (RAC), fédération française d’ONG climatiques.

La particularité tout de même, à Amiens, est que Barbara Pompili y convie à la fois les ministres de l’Environnement et de l’Energie. Ils arriveront et partiront en décalé de Picardie, mais leurs emplois du temps se chevaucheront tout de même sur la journée de vendredi, avec deux sessions de travail communes. « Si l’Energie et l’Environnement sont traités dans un même ministère en France, ce n’est pas toujours le cas ailleurs en Europe, bien que les deux thématiques soient de plus en plus liées », justifie-t-on dans l’équipe de Barbara Pompili, qui espère que ces sessions communes enrichiront les débats et faciliteront les compromis.

« Ouvrir les débats sur les nouveaux marchés carbone »

Neil Makaroff, lui aussi, attend beaucoup de ces trois jours amiénois. Il note en tout cas plusieurs sujets intéressants au programme. « La transition juste qui fera l’objet d’un déjeuner de travail conjoint, mais aussi les prix de l’énergie pour les consommateurs européens et l’efficacité énergétique, qui feront chacun l’objet d’une session de travail », liste-t-il. L’occasion alors de s’écarter un peu de la taxe carbone aux frontières, proposition législative très commentée du « Fit for 55 », pour en traiter d’autres que le responsable « Europe » du RAC juge tout aussi cruciales, si ce n’est plus, pour le quotidien des Européens. « Il faut espérer que le déjeuner de travail sur la "transition juste" soit l’occasion de se pencher la question de ces nouveaux marchés carbone sur les carburants et le chauffage, illustre-t-il. Et surtout sur les conséquences sociales d’une telle mesure, puisqu’il s’agirait d’appliquer un prix du CO2 sur ces deux secteurs, au niveau européen, et donc, potentiellement, d’en augmenter le coût pour les particuliers. »

Jusqu’à présent, ces nouveaux marchés, auxquels le RAC s’oppose, ont peu été abordés entre les 27, estime Neil Makaroff, qui s’avoue même un peu perdu sur la position française. « De très réticente, elle se montre beaucoup plus mesurée désormais sur ce sujet, notamment parce qu’une partie des recettes de ces marchés carbone serviraient à rembourser la dette Covid-19 », lance-t-il. « La France a été claire par le passé en exprimant ses vives inquiétudes sur l’acceptabilité sociale [de ces nouveaux marchés carbone] », répond un conseiller de Barbara Pompili.

Ne pas oublier la biodiversité ?

Pour le reste, le ministère de la Transition écologique confirme ce souci de profiter de ces trois jours à Amiens pour passer en revue le plus large spectre possible de dossiers. Pas seulement, d’ailleurs, ceux liés au « Fit for 55 », qui n’est que l’une des quatre priorités de ces rencontres informelles citées dans l’entourage de la ministre. Les trois autres ? « La biodiversité, les produits phytopharmaceutiques et chimiques, et l’économie circulaire », liste-t-on à l’hôtel de Roquelaure. S’il y a moins de textes législatifs en discussion sur ces trois thématiques, il y en a tout de même un non négligeable à l’agenda européen pendant la présidence française. C’est celui de la lutte contre la   déforestation importée, dont l’UE est l’une des premières responsables. La session de travail de jeudi après-midi sera consacrée à ce sujet,  alors que le 17 novembre dernier,​ Bruxelles avait présenté un projet de loi visant à interdire la mise sur le marché européen de produits et matières premières liées à la déforestation.

Il faut encore que le Parlement européen et le Conseil de l’Europe se penchent sur ce projet de loi, dont le WWF France regrette dans un rapport paru le 18 janvier qu’il cible, à ce jour, uniquement les forêts en mettant donc de côté les autres écosystèmes naturels (mangroves, prairies, savanes) qui peuvent pourtant être tout autant touchés, indirectement, par nos importations. Le WWF appelle ainsi l’UE à rehausser l’ambition du texte, ce que pourrait choisir de faire la France dans le cadre de la PFUE. Et pourquoi pas commencer à Amiens…