Algues vertes : « On n’a pas su toucher le grand public »… L’enquête sur les nitrates en Bretagne ne convainc pas

POLLUTION La révision du plan de lutte contre les nitrates a surtout attiré les connaisseurs de ce dossier très complexe

Camille Allain
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Illustration d’algues vertes échouées sur la côte bretonne. Ici en septembre 2020 à Lorient, dans le Morbihan.
Illustration d’algues vertes échouées sur la côte bretonne. Ici en septembre 2020 à Lorient, dans le Morbihan. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Bretagne, la consultation publique précédant l’élaboration d’un plan de lutte contre les nitrates n’a pas touché le grand public.
  • Seules les associations environnementales et les structures agricoles ont donné leur avis sur ce dossier épineux.
  • La concentration en nitrates dans les cours d’eau est l’un des facteurs majeurs de la production d’algues vertes.

Elle devait être le recueil de l’avis de la population bretonne sur le délicat sujet des nitrates, en grande partie responsables de la prolifération des algues vertes. Elle s’est soldée par un habituel combat de connaisseurs du dossier, opposant les associations de protection de l’environnement à la profession agricole.  Lancée à l’automne en amont de la révision du programme de lutte contre les nitrates, l’enquête publique  a fait l’objet de plus de 500 contributions. Si elle a salué les contributions « de grande qualité », la responsable de l’enquête a déploré l’absence de monsieur et madame Tout-le-Monde dans les débats. « On n’est pas tellement sortis du cercle d’initiés, déplore Sylvie Denis-Dintilhac. On n’a pas su toucher le grand public. »

Celle qui officiait comme garante de la Commission nationale du débat public a semblé découvrir « deux visions antagonistes » sur la place du cheptel en Bretagne. Pointée du doigt par les associations environnementales, la forte concentration des animaux d’élevage est défendue par une grande partie de la profession agricole. Qu’en pensent les 3 millions d’habitants qui peuplent la région ? On ne le saura pas. Précisons que si le sujet des algues vertes est connu de tous, il demeure éminemment complexe et difficile à appréhender.

« On garde des concentrations élevées »

Sommé d’agir par la Cour des comptes et le tribunal administratif, l’Etat a tenté de défendre le bilan de son sixième plan d’actions régional directive nitrates, estimant que « la situation s’est améliorée ». « On n’est pas dans la même situation qu’en 2014. Mais il est vrai que l’on garde des concentrations élevées dans plusieurs secteurs », regrette Philippe Mazenc. Pour ce septième plan actuellement en discussion, le secrétaire général aux affaires régionales de la préfecture estime que « l’enjeu est de changer les pratiques agricoles » : « Nous devons essayer de concilier performance économique et respect de l’environnement ».

Depuis 1994, la Bretagne est classée en totalité comme « zone vulnérable » pour la qualité de ses eaux souterraines et superficielles. En Ille-et-Vilaine, seulement 3 % des eaux de surface sont classées comme « en bon état écologique » par l’agence de l’eau Loire-Bretagne.

La préoccupation est particulièrement forte cette année, notamment dans la baie de Saint-Brieuc, où les échouages d’algues vertes ont été massifs. Problème ? Ils se poursuivent même en hiver, période traditionnellement plus « calme » sur le plan des échouages. Les spécialistes sont formels : il faudra compter sur d’importantes tempêtes pour « disperser » les algues en mer et éviter que l’année 2022 ne soit noire sur le front des marées vertes.