Toulouse : Une jeune designeuse recycle et tricote les cheveux pour en faire des vêtements

MODE DURABLE Camille Routélous a réussi à créer un fil à partir de cheveux et de laine, qui lui permet ainsi de recycler cette matière naturelle vouée à partir à l’incinérateur

Béatrice Colin
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Camille Routélous associe des cheveux recyclés et de la laine pour en faire des vêtements.
Camille Routélous associe des cheveux recyclés et de la laine pour en faire des vêtements. — Julie Cousse / Versus
  • Camille Routélous, formée aux Beaux-Arts de Toulouse, a mis au point un fil à partir de cheveux et de laine.
  • Elle a réalisé ses premiers vêtements à partir de ce fil innovant.
  • Avec son projet Versus, elle a intégré un incubateur de l’agglomération toulousaine afin de continuer à travailler sur cette matière naturelle et recyclable.

Et si au lieu de jeter les cheveux à la poubelle une fois coupés, on s’en servait pour créer quelque chose ? En partant de cette idée simple, Camille Routélous, une jeune designeuse de la région toulousaine, a réussi à créer un fil composé de laine et de cheveux, tricoté ensuite pour en faire  des vêtements.

Depuis plusieurs années, cette ancienne étudiante de l’Institut supérieur des arts et du design travaillait sur cette matière, que ce soit son aspect identitaire ou son utilisation. Progressivement, ses connaissances sur le sujet se sont étoffées, notamment sur ses caractéristiques techniques, que ce soit son aspect biodégradable, isolant ou encore respirant. Certes, il est déjà récupéré pour en faire des perruques ou comme engrais naturel. Mais cette utilisation est marginale au regard des 3.000 à 4.000 tonnes qui sont ramassés chaque année sur le sol des salons de coiffure.

Camille, elle, voulait trouver une solution alternative à l’industrie de la mode, surconsommatrice et « ultra-polluante ». « A la fin de mes études, j’ai eu envie de développer un textile, de faire évoluer le regard sur cette matière naturelle, considérée comme un déchet, souvent incinérée. Cela m’a aussi permis de renouer avec mes racines », explique la jeune femme qui a un oncle tapissier-décorateur.

Valoriser le savoir-faire local

Elle s’est lancée en 2020 dans la conception d’un fil innovant, en consultant un ingénieur mais aussi en se rapprochant de l’Association régionale d’écoconstruction du Sud-Ouest. Au départ, elle a tenté de faire un fil 100 % en cheveux. Mais pour qu’il soit plus résistant, elle l’a associé à de la laine, une autre matière kératinique. Et par n’importe laquelle car cette dernière provient de la filature de Dreuilhe en Ariège. Les ateliers de tissage et tricotage auxquels elle a fait appel pour concevoir ses premiers vêtements sont dans le Tarn, le département dont elle est originaire.

Le bonnet
Le bonnet - Julie Cousse photographe / Versus

Et c’est avec près de 70 salons de coiffure de ces départements et de la Haute-Garonne qu’elle a noué des liens pour récupérer régulièrement des cheveux, qu’elle trie et nettoie ensuite. Tout se passe dans un rayon de 80 km autour de Toulouse. « L’un des enjeux était aussi pour moi de valoriser le savoir-faire local, d’accompagner et d’être accompagné par l’écosystème qui existe autour du textile », indique la jeune femme qui a créé la structure Versus pour porter son projet.

Après une opération de financement participatif à l’automne dernier, elle a livré en fin d’année ses premiers bonnets et ponchos. Intégrée à l’incubateur d’innovation sociale Alter’Incu Pyrénées, elle continue de plancher sur les pistes de développement autour du recyclage du cheveu, tout en conservant l’idée de rester dans la créativité. « Ce sera peut-être dans le vêtement, peut-être dans l’habitat. L’objectif est de continuer à sensibiliser et à faire évoluer le regard sur le cheveu, qu’on arrête aussi de jeter », plaide Camille Routélous.