Bretagne : Des algues vertes en plein hiver et un record battu… Comment faire mieux en 2022 ?

POLLUTION A Hillion, la plage de l’Hôtellerie est fermée depuis plus de six mois en raison des échouages qui persistent

Camille Allain
— 
La plage de la Grandville, à Hillion ici photographiée en juin 2021.
La plage de la Grandville, à Hillion ici photographiée en juin 2021. — C. Allain / 20 Minutes
  • Les algues vertes continuent de polluer certaines plages des Côtes d’Armor même en hiver, ce qui inquiète les habitants.
  • A Hillion, la plage de l’Hôtellerie est fermée depuis six mois en raison de la présence d’algues. Un record pour la Bretagne.
  • Un nouveau plan est en préparation dans la région mais tous les acteurs ne sont pas d’accord sur les solutions. La réduction du cheptel voulue par certains est refusée par la profession agricole.

Son bungalow domine la plage de la Grandville, à Hillion. Avant de partir fêter Noël, l’infatigable André Ollivro a claqué une photo de l’immense étendue de sable où de grandes taches brunâtres persistaient. Des algues vertes au mois de décembre, c’est presque du jamais vu en Bretagne.

A deux pas de là, la plage de l’Hôtellerie s’est même attribué un nouveau record : celui de la plage fermée la plus longtemps. Six mois et quelques jours, record à battre. Dépité, le militant écologiste se dit « inquiet » de voir le phénomène perdurer en hiver. « Il y a une vraie faillite du ramassage donc ça va et ça vient au gré des marées ». Un vrai casse-tête pour les collectivités, qui doivent se débrouiller avec quelques tracteurs et des remorques pour nettoyer. Un ramassage nécessaire pour limiter la prolifération mais qui paraît bien difficile à mener.

Les violents orages de début d’été en cause

Alors que la nouvelle année a démarré depuis onze jours, la Bretagne n’a toujours pas réussi à se débarrasser des algues vertes qui polluent certaines de ses plages aux beaux jours. Un phénomène inédit qui vient rappeler que l’année 2021 aura vraiment été moisie, notamment dans la baie de Saint-Brieuc. « Les échouages avaient commencé très tôt l’an dernier parce que la température et la lumière étaient propices au développement des algues », explique Sylvain Ballu, responsable de la surveillance du phénomène au Centre d’étude et de valorisation des algues (CEVA).

Mais le problème majeur est intervenu en juin et juillet quand de violents orages sont venus lessiver les terres agricoles, déversant les nitrates issus des engrais et produits phytosanitaires dans des cours d’eau en crue. « Les concentrations n’ont pas bougé mais les flux ont été très importants », ajoute Sylvain Ballu, évoquant des chiffres « deux à trois fois plus importants de juillet à octobre ».

Résultat ? Un été catastrophique pour plusieurs communes costarmoricaines qui ont transformé 2021 en année noire… et verte. Un nouvel épisode plutôt mal venu pour l’État, qui a été sévèrement taclé par la Cour des comptes pour l’inefficacité de ses plans de lutte. Contrainte de réagir, l’administration a nommé début novembre Etienne Guillet au poste d’expert de haut niveau « Eau, algues vertes et transition agroécologique ».

Des concentrations en nitrates qui ne diminuent plus

« Ces arrivages tardifs sont très exceptionnels. Ils dépendent beaucoup des conditions climatiques. Nous avons peu de vent, peu de houle et des températures élevées. Ce sont des facteurs qu’on ne maîtrise pas », tempère le nouveau « Monsieur algues vertes ». Aux abords de la baie de Saint-Brieuc, les concentrations en nitrates ont diminué de moitié par rapport aux années 1990. Mais depuis sept à huit ans, elles stagnent.

Sommé de mettre au point un nouveau plan de lutte, l’ingénieur sait qu’il fait face à un épineux problème. Dans la région, l’agriculture est considérée comme une richesse et fait travailler des dizaines de milliers de personnes mais sa pratique intensive est pointée du doigt. De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer la réduction du cheptel dans la région. « Ce n’est pas à moi de me prononcer là-dessus. Il y a un débat et je l’entends, mais mon enjeu, c’est d’abord d’avoir un plan réaliste, qui soit partagé par le plus grand nombre d’acteurs possibles », explique Etienne Guillet, évoquant « une réduction déjà à l’œuvre sur le territoire régional ».

A la table des négociations, il aura fort à faire pour convaincre les puissantes coopératives agricoles, les syndicats et les chambres d’agriculture départementales.

La réduction du cheptel est portée par un certain nombre d’acteurs mais pas par la profession agricole. Et sans les agriculteurs, on ne fera pas avancer ce dossier. Ce sont eux qui ont une partie de la solution notamment sur la question des nitrates », explique le sous-préfet délégué.

« Ce qu’il faut, c’est rendre les mesures obligatoires, pas simplement sur la base du volontariat », réclame André Ollivro.

Avant même l’ouverture de discussions, une autre urgence se dessine. Avec une quantité anormalement élevée de stocks d’algues en mer, la Bretagne pourrait être confrontée à des échouages très importants au début du printemps. Pour éviter ce phénomène, la région ne pourra compter que sur sa météo capricieuse.

« Il nous faut des hivers plus dispersifs avec du vent et de la houle pour éloigner les millions de petits morceaux d’algues avant qu’ils ne prolifèrent. Pour l’instant, ce n’est pas le cas », regrette Sylvain Ballu. Si l’hiver breton s’annonce encore long, les tempêtes vont être scrutées de près par les maires des communes littorales. « Je les ai rencontrés en octobre. Je leur ai dit clairement que si la situation n’évoluait pas favorablement, on était mal barrés ». Verdict attendu en mars. En même temps que les arrêtés définissant les zones sous contraintes environnementales.