Pyrénées : Le discret et mystérieux desman pointe son nez en trompette dans la catégorie des espèces « en danger »

BIODIVERSITE Le curieux desman des Pyrénées, aussi appelé rat trompette, vient de passer de « vulnérable » à espèce « en danger ». Même les spécialistes ont de plus en plus de mal à l’apercevoir

Hélène Menal
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Le desman des Pyrénées, aussi appelé rat-trompette, est désormais officiellement une espèce en danger.
Le desman des Pyrénées, aussi appelé rat-trompette, est désormais officiellement une espèce en danger. — Dr. Lorenzo Quaglietta - UICN
  • Sale temps pour le desman des Pyrénées. Le petit mammifère vient de passer de la catégorie des espèces « vulnérables » à celle des espèces « en danger ».
  • La modification ou l’artificialisation des berges des cours d’eau menacent l’habitat de ce mignon et rare rat trompette. Sans compter les prédateurs, loutres ou chats.
  • Mais ce bond dans l’échelle du risque d’extinction n’est peut-être qu’une mauvaise nouvelle.

Personne ne sait vraiment combien de desmans, ces petits mammifères « amphibies » – curieux croisements entre la taupe, la musaraigne et le rat – abritent les  Pyrénées. Il faut être un sacré veinard pour croiser ce mignon « rat trompette » sur les berges d’un torrent. Et les chances s’amenuisent encore au fil des années. Dans son dernier  rapport, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui publie chaque année son alarmant catalogue des espèces menacées, estime que la population de desmans des Pyrénées, aussi présente au nord-ouest de la péninsule ibérique, « a chuté de moitié durant la dernière décennie ». Malgré un programme de conservation déclenché en 2014, le petit animal auparavant classé dans la catégorie « vulnérable » fait un bond jusqu’à celle des espèces considérées officiellement comme « en danger » d’extinction. 

Cette nouvelle n’étonne pas vraiment les quatre chargés de mission du Conservatoire des espaces naturels d’Occitanie qui suivent le discret rat trompette à la trace depuis plusieurs années. « Il y a des secteurs bien connus où nous avions l’habitude de les trouver et où il n’y a plus de trace de leur présence », assure Melody Lim. Cet été, sur les berges du Salat en Ariège, où d’habitude les desmans sélectionnent pour « gîte » des anfractuosités naturelles – faute de pouvoir creuser eux-mêmes avec leurs minuscules pattes avant griffues – l’équipe n’a pas trouvé d’indice. Pas de poils, pas même les si reconnaissables « chapelets de crottes » du mammifère friand de larves d’insectes et de crustacés.

Les barrages mais aussi les loutres… et les chats

L’UICN attribue le recul du desman « à l’impact des aménagements des cours d’eau », citant « les barrages hydroélectriques » et les prélèvements liés à l’irrigation agricole ou à « la production de neige artificielle pour les stations de ski ». « Disons que c’est une combinaison de facteurs qui fait qu’on perd petit à petit l’habitat favorable au desman », complète Melody Lim. Les constats de l’équipe de CEN et des multiples partenaires engagés dans la préservation de l’animal dans tout le massif, les autopsies notamment, montrent aussi qu’il ne manque pas de prédateurs : loutres, visons, voire chiens ou chats domestiques, pour qui un rat est un rat, trompette ou pas.

Le nouveau classement du desman est inquiétant mais il peut aussi avoir des avantages. « Il va permettre de dégager des crédits alors qu’un nouveau plan national d’actions est engagé jusqu’en 2030 », espère Melody Lim, persuadée, qu’il y a encore « tant de choses à découvrir sur cette espèce méconnue ». Ces dernières années, grâce à des puces radio, légèrement collées et donc vite égarées, le CEN a pu suivre trois desmans. Le traçage a révélé que ces « ornithorynques » des Pyrénées, réputés solitaires, « partagent parfois leurs domaines vitaux ». Sans aller jusqu’à la coloc, il arrive même qu’ils se transmettent le bail de leur gîte.