Météo : Il fait chaud en plein mois de décembre et janvier... mais pourquoi tout le monde s’en fout ?

COUP DE CHAUD Les fêtes de fin d’année ont été marquées par des températures très douces. Un signe inquiètant du réchauffement climatique

Xavier Regnier
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Pas besoin de gants, de bonnets ou de gros manteaux pour se promener au bord de l'Ain.
Pas besoin de gants, de bonnets ou de gros manteaux pour se promener au bord de l'Ain. — KONRAD K./SIPA
  • 13 °C en pleine nuit à Lille, 29 °C dans les Pyrénées-Orientales... Des records de chaleur ont été explosés ces derniers jours un peu partout en France.
  • L'évènement a pourtant moins fait l'actualité que des chutes de neige, et n'a pas suscité un retour de la question climatique dans le débat à l'approche de l'élection présidentielle.
  • Si cette vague de douceur ne présente pas de risque sanitaire immédiat, elle est un signe clair du réchauffement climatique, et pourrait avoir des impacts à moyen terme sur les insectes pollinisateurs et l'agriculture.

La collusion des deux évènements ferait presque rire si elle n’était pas si tragiquement révélatrice. Alors que le film Don’t Look Up, qui critique l’inaction généralisée face au changement climatique sous couvert de comédie loufoque, fait un carton sur Netflix, on est à deux doigts de se faire un barbecue fin décembre. Et personne n’est choqué. Episode exceptionnel et localisé ? Manifestation évidente du réchauffement climatique ? Ce coup de chaud peut-il avoir des conséquences à long terme ? Autant de questions qui méritent d’être posées. 20 Minutes le fait pour vous.

« L’actualité est occupée par la crise sanitaire »

L'actualité a de quoi faire bouillir les marronniers. Cette année, pas de reportage sur la famille Michut, bloquée sur la route en Isère où elle devait passer Noël au ski, ni sur Louis et Jeanne, deux enfants qui font un bonhomme de  neige dans le square Colbert. Cette année, c’est le  coronavirus qui prend tout l’espace. « L’actualité est occupée par la crise sanitaire », souligne justement Nathalie Huret, directrice de l’Observatoire de physique du globe à Clermont-Ferrand, interrogée par 20 Minutes.

Oui, mais tout de même. Ces températures anormalement douces devraient inquiéter non ? En fait, cette vague de chaleur « ne représente pas un risque immédiat pour le citoyen », ce qui explique selon elle l’absence de réaction forte.

Pas de glissement de terrain, de précipitations pouvant faire déborder un fleuve ou à l’inverse de nappe phréatique à sec, bref, pas quoi faire bouger un exécutif en pleine « trêve des confiseurs ». L’évènement a toutefois été bien noté par les climatologues : 13 °C en pleine nuit à Lille jeudi, jusqu’à 29 °C dans les Pyrénées-Orientales, sans compter « des pluies au-delà de 1.800 m d’altitude dans certaines stations des Alpes », rapporte Nathalie Huret. Une limite pluie-neige exceptionnellement haute en décembre, pas atteinte « avant mars-avril en temps normal ». « C’est moins impressionnant qu’une vague de chaleur avec deux degrés de plus en été, ce qui est très grave sur le plan sanitaire », confirme Robert Vautard, climatologue figurant parmi les auteurs du dernier rapport du GIEC, également interrogé par 20 Minutes.

Danger sur l’agriculture

Alors, cette vague de douceur n’est-elle qu’un épiphénomène sans conséquence ? Pas forcément. Pour bien le comprendre, il faut expliquer comment elle s’est créée. « C’est d’abord un épisode d’origine météorologique », détaille celui qui est aussi directeur de recherche au CNRS à l’Institut Pierre-Simon Laplace. Une masse d’air venu de la zone tropicale de l’Atlantique qui « ne s’est pas mélangée », gardant sa chaleur. Ce faisant, il a contribué à repousser le « vortex polaire », abonde Nathalie Huret, bloqué au-dessus du pôle. « C’est l’ensemble du système météorologique qui est bloqué », insiste-t-elle. Un phénomène naturel, qui s’est déjà produit en  février 2020, mais où le changement climatique « contribue à une surhausse des températures », décrypte Robert Vautard. En dopant ces écarts de températures, le changement climatique contribue aussi à leur plus grande régularité, observable en statistiques.

Cette douceur en France n’est d’ailleurs pas un phénomène isolé, et c’est en cela qu’il s’inscrit dans le réchauffement climatique, selon nos deux experts. Mais contrairement à une crue soudaine, où même à une canicule pouvant mener à des actions sanitaires, difficile d’agir pour ramener rapidement le froid. « Il y a un moyen d’agir, c’est la baisse des émissions de gaz à effet de serre », sourit Robert Vautard. Mais ce n’est pas en relâchant la pédale que la neige va tomber. « C’est un effort constant pour stabiliser le climat », clame-t-il.

Si elle est « un indicateur de plus » du réchauffement climatique pour Nathalie Huret, cette vague de douceur ne sera pas sans conséquence à moyen et long terme. Avec des températures bousculées par rapport aux normales, c’est toute la biodiversité qui est affectée. « Les insectes pollinisateurs se vont plus se réveiller dans la bonne phase », explique-t-elle, croyant le printemps arrivé trop tôt, alors que la nourriture se fait rare. Ou au contraire, ce sont les plantes qui peuvent avoir le mauvais timing. La floraison de certaines espèces a déjà avancé de 15 jours par rapport au XXe siècle, avance Robert Vautard. Or « les plantes a nos latitudes ont besoin de froid pour bien se développer par la suite », rappelle-t-il, pointant aussi qu’elles s’exposent au gel en poussant trop tôt. L’an dernier, un vague de froid avait suivi la douceur de mars, entraînant des pertes allant jusqu’à 30 % de la production en milieu viticole. Et pour ceux qui sont encore en tee-shirt sur les bords de la Méditerranée, désolé si on a refroidi l’ambiance.