« Forêts urbaines » : Quels arbres faudra-t-il planter sur la future place de Catalogne, à Paris ?

ENVIRONNEMENT Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Aujourd’hui, un chercheur nous dévoile les essences à introduire en Île-de-France

20 Minutes avec The Conversation
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« Et au milieu poussera une forêt ? » - La place de Catalogne, à Paris XIVe
« Et au milieu poussera une forêt ? » - La place de Catalogne, à Paris XIVe — Serge Muller / MNHN (CC BY-NC-ND)
  • Une place parisienne va être entièrement boisée d’ici les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, selon notre partenaire The Conversation.
  • Plusieurs « forêts urbaines » doivent ainsi être créées à Paris au cours des prochaines années.
  • L’analyse de ce phénomène a été menée par Serge Muller, professeur et chercheur à l’Institut de systématique, évolution et biodiversité du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN).

Le 12 octobre 2021, la ville de Paris a adopté par délibération son «   plan arbre 2021-2026 ». Celui-ci reprend les engagements de 2020 de  planter 170.000 arbres pendant la mandature en cours et, dans ce contexte, de contribuer à la création de plusieurs «   forêts urbaines » à Paris au cours des prochaines années.

Le projet le plus avancé, qu’il est prévu de finaliser pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, est  celui de la place de Catalogne, près de la gare Montparnasse, dans le 14e arrondissement parisien. Cette initiative a fait l’objet d’une consultation du public du 21 octobre au 24 novembre 2021.

En occupant une surface relativement étendue, de plus d’un hectare, avec l’objectif de planter environ 5000 plants d’arbres et d’arbustes, ce projet constitue une opportunité intéressante d’innovation et d’expérimentation pour les opérations de plantations urbaines.

​Quelles essences choisir ?

La doctrine actuelle pour les plantations de microforêts de type Miyawaki (sur des superficies plus restreintes, de l’ordre de quelques centaines de m2) est de faire des plantations très denses (de l’ordre de 3 plants au m2) et de n’utiliser que des essences indigènes, c’est-à-dire présentes naturellement dans la région, correspondant à la « végétation naturelle potentielle » du territoire.

Or la forêt indigène actuelle d’Ile-de-France paraît  bien mal en point, menacée qu’elle est par le changement climatique en cours.

Il semblerait ainsi plus innovant, et pertinent, de chercher à y créer une forêt urbaine « de demain » : adaptée aux conditions climatiques de la deuxième moitié du XXIe siècle et prenant en compte les résultats des études et modélisations des aires potentielles de répartition des essences forestières d’ici à 2100.

Ces connaissances et prédictions conduisent à proposer d’y créer une forêt méditerranéenne à chêne vert, dans une variante subméditerranéenne, avec le chêne pubescent, le micocoulier de Provence, l’érable de Montpellier, l’érable champêtre, l’alisier blanc, l’  alisier torminal, le frêne à fleurs, l’if, etc.

Et, pour la strate arbustive, des espèces comme l’arbousier, le buis, le cornouiller mâle, le laurier des bois, l’amélanchier ovale, le laurier-sauce, la viorne tin, le fragon, le pistachier térébinthe, le nerprun alaterne, le myrte commun, etc.

Arbousier en fleurs fin octobre à Paris © Serge Muller/MNHN (CC BY-NC-ND)

La viorne tin, arbuste méditerranéen à feuilles persistantes et floraison hivernale, est abondamment plantée en ville © Serge Muller/MNHN (CC BY-NC-ND)

Toutes ces espèces entrent dans la composition de la forêt de chêne vert méditerranéenne (ou « yeuseraie »). Elles sont toutes présentes spontanément sur le territoire français méditerranéen. Certaines d’entre elles (comme le chêne pubescent, l’érable champêtre, les alisiers blanc et torminal, le cornouiller mâle, l’amélanchier ovale, le buis…) sont d’ailleurs naturellement présentes en région parisienne, en particulier dans les habitats les plus thermophiles (la chênaie pubescente).

​Chêne vert et micocoulier de Provence

Toutes les espèces mentionnées ci-dessus ont en fait déjà été plantées en populations séparées les unes des autres à Paris (dans des parcs, jardins, squares, places et/ou rues) et y montrent une bonne adaptation aux conditions locales.

C’est le cas en particulier du micocoulier de Provence, dont plus de 4000 arbres sont déjà présents à Paris avec un développement très satisfaisant.

Le chêne vert du parc Montsouris © Serge Muller/MNHN (CC BY-NC-ND)

Le chêne vert de même compte plus de 800 arbres enregistrés dans l’open data de la ville de Paris ; il s’y développe très bien, l’arbre le plus imposant, au  parc Montsouris non loin de la place de Catalogne, ayant une circonférence du tronc de plus de 250 cm pour une hauteur de 15 m.

L’intérêt du projet serait ainsi de constituer, sur la base de l’association de ces espèces déjà présentes, mais dispersées en différents lieux de Paris, une forêt urbaine méditerranéenne à subméditerranéennes et d’y étudier son adaptation et son évolution en tant que communauté végétale et écosystème.

Il pourrait aussi être intéressant de créer, si c’est possible, une certaine hétérogénéité dans les conditions écologiques locales, donc du sol et du régime hydrique (certaines zones plus humides et d’autres plus sèches).

Cela pourrait permettre la mise en place ponctuelle d’une forêt de station plus fraîche ou humide à peuplier blanc et frêne oxyphylle et, sur d’autres secteurs plus secs, de forêts xérophiles avec des pins méditerranéens comme le pin parasol, bien présent (60 arbres) dans le  jardin Atlantique de la gare Montparnasse à proximité immédiate de la place de Catalogne, et le pin d’Alep, également planté à Paris.

Chêne vert et ses fruits © Serge Muller/MNHN (CC BY-NC-ND)

​Une ouverture vers d’autres continents

Si pour la place de Catalogne, il y a une certaine logique à créer une forêt méditerranéenne européenne, pour d’autres projets de « forêts urbaines » sur des superficies plus ou moins grandes à Paris, il pourrait aussi être intéressant de créer des forêts tempérées thermophiles constituées d’essences provenant d’autres continents (Amérique du Nord, Proche ou Extrême-Orient, voire de l’hémisphère sud)… évidemment adaptées aux conditions climatiques actuelles et futures de la ville de Paris et constituées d’espèces non invasives.

Le copalme d’Amérique en parure d’automne © Serge Muller/MNHN (CC BY-NC-ND)

Là encore, la prise en compte des performances d’arbres de ces espèces déjà plantés à Paris ou en périphérie, en particulier dans les parcs, jardins botaniques et  arboretums, pourra apporter des informations très utiles sur l’adaptation de ces espèces aux conditions environnementales actuelles et futures dans la ville de Paris.

Cette analyse a été rédigée par Serge Muller, professeur et chercheur à l’Institut de systématique, évolution et biodiversité du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN).
L’article original a été publié sur le site de The Conversation.

- © The Conversation

Déclaration d’intérêts

Serge Muller préside actuellement le Conseil national de la protection de la nature (CNPN). Il est membre associé de l’Autorité environnementale du CGEDD et membre du Groupe sur l’urbanisme écologique (GUE) de l’Institut de la transition environnementale de Sorbonne-Université (SU-ITE).