Pas-de-Calais : Plusieurs villes se chauffent désormais grâce au grisou

ENERGIE La communauté de communes de Béthune-Bruay utilise en partie le gaz de mines pour alimenter son « réseau de chaleur urbain éco vertueux »

Mikaël Libert
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Un terril et un ancien puits de mine dans le Pas-de-Calais (illustration).
Un terril et un ancien puits de mine dans le Pas-de-Calais (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • Depuis quelques semaines, trois communes du bassin minier se chauffent en partie grâce au gaz de mines.
  • Extrait des mines, le grisou est incorporé au réseau de chaleur dans un mix énergétique.
  • Selon la communauté de communes de Béthune-Bruay, ce sont 150 ans de réserves qui sont enfouies dans le sol pour ce seul gisement.

A l’instar de nombreuses communautés de communes, celle de Béthune-Bruay, dans le Pas-de-Calais, dispose d’un réseau de chaleur urbain pour alimenter, notamment, les bâtiments publics, de grosses structures voire des logements. Urgence climatique oblige, ces réseaux de chaleur fonctionnent, du moins en partie, grâce aux déchets incinérés dans les centres de valorisation énergétiques (CVE), comme c’est le cas dans la Métropole européenne de Lille (MEL). Sauf que du côté de Béthune-Bruay, on dispose d’une autre ressource en abondance : le gaz de houille.

Le gaz de houille, aussi appelé gaz de mines ou grisou, est un gaz qui se dégageait naturellement lors de l’extraction du charbon. En grande proportion composé de méthane, ce gaz est resté prisonnier des galeries de mines depuis la fin de leur exploitation. Et l’on ne parle pas ici de petites quantités puisque c’est en milliards de m3 que l’on estime les réserves contenues sous les pieds des habitants du bassin minier. Alors forcément, cette manne intéresse, et d’autant plus que les réserves en gaz naturel, elles, s’amenuisent. D’ailleurs, depuis 2006, une loi reconnaît le grisou comme énergie de récupération et permet sa commercialisation avec un taux de TVA réduit ce qui rend, de fait, cette énergie compétitive.

Sept communes concernées à terme

Alors, lorsque la communauté de communes de Béthune-Bruay a souhaité moderniser son vieillissant réseau de chaleur, dès 2013, les élus se sont intéressés à incorporer du gaz de mines dans un « mix énergétique » qui comprend aussi du gaz naturel et l’énergie récupérée dans le CVE. Un projet à 25 millions d’euros pour la construction d’une vingtaine de kilomètres de canalisations et de deux chaufferies. L’extraction et l’acheminement du grison est assuré par Gazonor et le réseau de chaleur est opéré en délégation de service public par Dalkia. Les premiers m3 de grisou ont été incorporés au réseau il y a quelques semaines seulement. « A ce jour, ce sont trois communes qui sont concernées. Il devrait y en avoir 7 à terme », explique Pierre-Emmanuel Gibson, conseiller délégué à la collecte et à la valorisation des déchets à la communauté d’agglomérations de Béthune-Bruay.

Les détracteurs de l’utilisation du gaz de mines pointaient essentiellement du doigt les procédés d’extraction de cette ressource, notamment la fracturation hydraulique. « Gazonor n’a en aucun cas recours à la fracturation hydraulique, pratique par ailleurs interdite en France depuis 2011 », assure l’entreprise. Pour la communauté d’agglomérations, il n’y a que des avantages. « On a 150 ans de réserve sous les pieds, de quoi assurer en partie notre indépendance énergétique », insiste Pierre-Emmanuel Gibson. En effet, entre le CVE et le grisou, ce sont 76 % des besoins du réseau de chaleur qui sont aujourd’hui couverts grâce aux énergies renouvelables et de récupération. Un pourcentage qui devrait grimper à 88 % à l’horizon 2030.

Selon la communauté d’agglomérations, le procédé a d’autres avantages, notamment écologiques. D’abord parce qu’il permet de capter le grisou au lieu de le laisser s’échapper naturellement dans l’atmosphère. Il permet aussi de réduire de 30 % par an les émissions de CO2. Il y a en plus le côté économique. Les 1.758 logements déjà raccordés ont vu leurs factures d’énergies fondre de 41 % alors que les prix du gaz et de l’électricité flambent par ailleurs.