Marseille : Le Vieux-Port s’équipe d’un filet connecté pour capter les déchets à la sortie des eaux pluviales

INNOVATION Une start-up marseillaise a installé le premier dispositif connecté de récupération sous-marine des déchets, avant leur rejet en mer

Caroline Delabroy
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Le dispositif est une première mondiale, selon la start-up marseillaise Green City Organisation
Le dispositif est une première mondiale, selon la start-up marseillaise Green City Organisation — Juliette Matilla / 20 Minutes
  • La start-up marseillaise Green City Organisation a installé dans le Vieux-Port, au niveau de la société nautique, un système breveté présenté comme une première mondiale.
  • Des filets, d’une capacité de 10 mètres cubes, vont pouvoir collecter plastiques, emballages et microdéchets à la sortie des exutoires des eaux pluviales, avant qu’ils n’atteignent la mer.
  • Connecté, le système envoie des informations sur le remplissage des déchets et la qualité de l’eau. Et surtout, il évite de créer un bouchon : quand il est plein, il libère alors le flux de l’eau.
- Reporters d'espoir

La grue se fait légèrement attendre ce mardi devant la Société nautique de Marseille, et avec elle le dispositif développé par la start-up marseillaise Green City Organisation, une première mondiale selon elle. A son arrivée, les plongeurs se mettent à l’eau, ils vont devoir fixer le système, baptisé D-Rain, à la sortie de l’exutoire des eaux pluviales. Pas une mince affaire : l’ensemble pèse plus d’une tonne. Composé de grands filets à double maille, il est capable de retenir des déchets de la taille d’un mégot de cigarette. « On s’attaque à l’un des plus gros exutoires de France, on ne peut pas trouver plus bel endroit que le Vieux-Port comme vitrine commerciale », se réjouit Isabelle Gerente, présidente fondatrice de Green City Organisation.

« On est tous des scaphandriers professionnels, poursuit-elle. La pollution en mer n’est que la partie visible de l’iceberg. Là où il faut intervenir, c’est à la sortie des réseaux, là où se concentrent les déchets avant qu’ils ne soient éparpillés en mer. » Des filets équipent déjà quelques exutoires sur le littoral sud de la ville, qui compte au total 200 exutoires dont 180 sont sous-marins, mais rien de comparable avec celui-ci, issu d’un projet cofinancé à hauteur de 70.000 euros par l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et Total Energies Développement Régional.

Des mesures de la qualité de l’eau

« L’innovation est dans la collerette, explique Isabelle Gerente. Le système pour fixer le filet dans l’exutoire permet en effet de ne jamais mettre en charge le réseau. » Autrement dit, il ne pourra pas se comporter comme un bouchon en cas de forts épisodes pluviaux, un clapet automatique permet de libérer le flux d’eau. Il est par ailleurs connecté et peut envoyer l’information qu’il est plein à la SERAMM, service de l’assainissement de la métropole, sans qu’il y ait besoin de vérifier régulièrement son état. Enfin, le système peut aussi informer sur la qualité de l’eau.

« Le plus compliqué est d’avoir dû faire de la low-tech quelque chose de simple et qui puisse être duplicable à l’étranger », indique Thierry Dubourdieu, directeur technique de Green City Organisation. La start-up ambitionne de se développer dans les pays du pourtour méditerranéen. Des contacts sont déjà pris avec le Maroc et la Tunisie. « Dans la nouvelle version, l’intervention d’un scaphandrier ne sera plus utile », poursuit-il. Les opérations pour détacher le dispositif, le temps de collecter les déchets, pourront ainsi se faire à la surface.

Une commercialisation à partir de 5000 euros

Reste la question du coût, qui dépend avant tout de la taille de l’exutoire. Green City Organisation, qui refuse de communiquer davantage dessus, évoque un prix « à partir de 5000 euros ». A Marseille, le dispositif va être testé pendant dix-huit mois. A quelle vitesse les filets, d’une capacité de 10 mètres cubes, vont-ils se remplir ? Quels types de déchets va-t-on y trouver ? Quel impact sur les mesures de qualité de l’eau ? Autant d’éléments qui vont nourrir l’expérimentation du dispositif sur ce plan d’eau, qui regroupe 500 bateaux du Vieux-Port.

« La métropole regarde cette expérience de très près », assure Didier Réault, vice-président de la métropole délégué à la mer et au littoral. « C’est cher, car il y a l’amortissement de l’innovation sur ce seul exemplaire, mais si on estime le dispositif intéressant pour le Vieux-Port on ne sera pas à la même échelle ». De là à imaginer la dizaine d’exutoires de la rade bientôt équipés ? « On peut raisonnablement voir d’ici deux ans comment s’équiper », répond l’élu, pour qui « ce serait une vraie avancée ».

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