Nouvelle-Aquitaine : Trois projets de vagues artificielles veulent déferler entre 2022 et 2024

SURF Okahina Wave et Wavelandes portent des projets qui permettraient de pratiquer le surf en eau douce, grâce à des générateurs de vagues

Elsa Provenzano
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Le visuel du projet sur la ville de Libourne, près de Bordeaux.
Le visuel du projet sur la ville de Libourne, près de Bordeaux. — DEIS
  • Les surf parks ont le vent en poupe sur la côte atlantique.
  • Un projet porté par Wavelandes est envisagé pour 2024 dans les Landes et a suscité une pétition récoltant plus de 20.000 signatures.
  • Deux autres projets de la société Okahina Wave sont prévus, fin 2022 sur la technopôle du Futuroscope et fin 2023 à Libourne. Ils proposent un générateur de vagues inspiré du fonctionnement des atolls sur des plans d’eau existants.

Des vagues artificielles à surfer toute l’année : c’est ce qu’ont en commun les trois projets envisagés en Nouvelle-Aquitaine dans les années à venir, alors que pour l’instant aucun équipement de ce type n’existe en France. Mais ils peuvent être très différents dans leur conception. La société Okahina Wave porte deux projets à Libourne, et sur la Technopôle du Futuroscope près de Poitiers, installés sur des plans d’eau naturels. L'entreprise Wavelandes a acquis pour sa part un terrain à Castets, dans les Landes, pour y créer de toutes pièces un surf park et un « Surf Camp » (camping haut de gamme), après le défrichage de 20 hectares de forêt. Un projet qui a déclenché une pétition en ligne, lancée par 17 associations environnementales, affichant plus de 20.000 signatures.

« Ces dispositifs ont un intérêt, à l’intérieur des terres, pour la pratique du surf pour tous notamment les personnes en situation de handicap et les scolaires, estime Jacques Lajuncomme, président de la fédération française de surf. A l’entraînement, c’est la possibilité de répéter les manœuvres à l’infini sur une vague dont on va définir la forme, la qualité, la puissance etc. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’on donne un blanc-seing à tous les projets qui se présentent. »

A Castets, un projet contesté

Contacté par 20 Minutes, Norbert Ducrot, porteur du projet privé d’ampleur baptisé Wavelandes et programmé à l’horizon 2024, ne souhaite pas s’exprimer pour l’instant. Envisagé près de l'A63, à 25 kilomètres de la mer, ce surf park prévoit un bassin de 37.200 m3 d’eau et table sur 300.000 visiteurs par an, ce qui pousse ses détracteurs à le présenter comme « un Disneyland du surf » . « On connaît la qualité des vagues fournies par la technologie Wavegarden puisqu’on la voit fonctionner en Suisse, en Grande-Bretagne et dans la zone test de Wavegarden, en Espagne, concède le président de la fédération française de surf. Mais, il y a une difficulté à nous prononcer car il nous faut une étude d’impact, que nous n’avons pas obtenue à ce stade, qu’on puisse soumettre à des spécialistes ».

Le projet de piscine à vagues est envisagé pour 2024 dans les Landes.
Le projet de piscine à vagues est envisagé pour 2024 dans les Landes. - Wavelandes

A Castets, commune d’un peu plus de 2.000 habitants dans les Landes, le maire Philippe Mouhel défend les vertus économiques du projet pour son territoire : « l’été quand il ne fait pas beau et qu’il n’y a pas de vague c’est ennuyeux pour nos touristes, cela permettrait d’attirer un tourisme de qualité ». Et il balaie les arguments écologiques en expliquant qu’il n’y a pas eu de recours des associations contre le permis de construire et que les projets disposent de toutes les autorisations nécessaires. « C’est faux ! Il n’y a pas eu toutes les études environnementales », bondit Steven Lebel de Synapse Crew Europe, une association bretonne de surfeurs qui milite pour la protection de l’environnement. Il précise qu’aucun dossier n’a encore été déposé pour la partie camping, sur environ dix hectares, et donc qu’aucun recours n’a pu logiquement être opposé. Pour la partie surf park c’est un défaut d’information qui a conduit les associations à ne pas pouvoir consulter le dossier dans les temps.

Du greenwashing ?

A 100 mètres du site choisi pour ce surf park se trouve un ruisseau classé Natura 2000 et deux espèces protégées : le lézard à deux bandes et la fauvette pitchou. « Il n’y a aucune garantie qu’ils vont rester là et que la zone Natura 2000 sera préservée, estime Steven Lebel. Aucune étude d’impact, pourtant obligatoire à partir de 10 hectares, n’a été menée et il y a une incompatibilité du projet avec le SCOT (schéma de cohérence territoriale). » Selon lui, il y aurait aussi des difficultés sur le plan de l’hygiène pour la filtration des gigantesques bassins.

« Sur ce projet, la communication revient à des couches et des couches de green washing, juge Jean-Pierre Garbisu, membre de Landes urgence climat et environnement, l’une des 17 associations à l’initiative de la pétition. Mais dans les commentaires des signataires, on voit que la société civile est de plus en plus consciente du fait que ce genre de projets est anachronique par rapport aux enjeux environnementaux actuels ». Et de rappeler que la consommation d’eau serait, selon les évaluations des associations (basées sur la consommation d’une dizaine de piscines municipales) de 300.000 m3 d’eau par an, soit l’équivalent de 120 piscines olympiques, dans une commune où il n’y a pas de piscine municipale… Là aussi le maire a un contre-argument : « on est sur un ancien marais ici dans les Landes, on a des capacités énormes ». Par arrêté préfectoral, la capacité de pompage est de 3.700 m3 par jour dans les deux nappes phréatiques du secteur. Il faudrait compter dix jours pour remplir le bassin, en asséchant les autres usages, pointe Synapse Crew Europe.

La méthode Okahina Wave, moins invasive

Chez Okahina Wave on revendique de ne pas cantonner les riders dans des surf parks mais de proposer de nouveaux spots à l’intérieur des terres. « L’idée n’était pas de créer de bassin en béton hypercarboné qui artificialise les sols sur plusieurs hectares et qu’il faut remplir ensuite d’eau potable à traiter. L’idée est de concevoir un atoll flottant inspiré du modèle de fonctionnement des atolls polynésiens pour les positionner sur des plans d’eau déjà existants et qui contribue en même temps au bon équilibre des milieux aquatiques, explique Laurent Héquily, fondateur d’Okahina Wave. Pour générer la vague on ne pousse pas l’eau mais on utilise un procédé de « leaft » breveté qui consomme nettement moins d’énergie que toutes les autres technologies existantes. »

Le projet d'Okahina Wave au pied du Futuroscope.
Le projet d'Okahina Wave au pied du Futuroscope. - Okahina Wave

Il précise que la puissance maximale nécessaire pour une installation de taille moyenne est identique celle d’une Tesla Modèle 3, l’entrée de gamme du constructeur. « Le peu d’énergie consommée sera produit directement sur nos propres installations grâce aux tuiles solaires fabriquées dans la Vienne par notre partenaire Akuo Energy », ajoute le fondateur d’Okahina Wave. L’installation prévue sur la technopole du Futuroscope, en partenariat avec le département de la Vienne, devrait ouvrir fin 2022 et celui de Libourne, en lien avec la municipalité, fin 2023/début 2024. Okahina Wave envisage 75.000 sessions (et pas personnes) à l’année, sur le site de la Vienne.

De l’intérêt et des attentes pour le projet

Sur les projets portés par Okahina Wave, il n'y a pas de défrichage, ni d'artificialisation des sols. L'aspect démontable de l'infrastructure doit aussi permettre de remettre en état le site si l'activité s'arrête, que ce soit à Libourne ou sur la technopôle du Futuroscope.

« On suit avec beaucoup d’intérêt et de bienveillance le projets Okahina Wave, on échange beaucoup, commente le président de la fédération française de surf. Il y a un côté vertueux car il n’y a pas d’artificialisation des sols mais on attend de le voir fonctionner à taille réelle pour voir s’il présente un intérêt pour la haute performance. » Les projets livrés près de Poitiers et à Libourne seront scrutés de près par les adeptes.