Méditerranée : Comment des bars femelles deviennent mâles sous l’effet du réchauffement de l’eau

SEXE DES POISSONS Le laboratoire Ifremer de Palavas-les-Flots a mis au jour le rôle des gênes dans la réversion sexuelle des jeunes bars

Caroline Delabroy
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Un étal de poissons sur un marché (photo d'illustration)
Un étal de poissons sur un marché (photo d'illustration) — Jane Hobson/Shutterstoc/SIPA
  • La génétique explique le changement de sexe des bars, selon les résultats d’une étude de l’Ifremer publiés cette semaine dans la revue PNAS.
  • Les jeunes bars ayant une orientation génétique femelle plus faible se masculinisent aux températures élevées dans les premiers mois de leur existence.

Des poissons qui changent de sexe au cours de leur vie en fonction de leur environnement, l’affaire est entendue depuis quelques années. On connaît par exemple le phénomène chez les poissons clowns ou les dorades. En revanche, que la  génétique vienne mettre son grain de sel et expliquer cette réversion sexuelle, voici qui est nouveau. C’est ce qu’a pu observer l’expérience menée sur plus de 2000 jeunes bars au sein du laboratoire Ifremer de Palavas-les-Flots (  Hérault), dont les résultats font l’objet cette semaine d’une publication dans la revue PNAS.

« Les poissons se distribuent de façon linéaire à la naissance, explique Benjamin Geffroy, chercheur en physiologie des poissons à l’Ifremer. Il y a ceux qui ont une tendance génétique majeure, mâle ou femme, et ceux du milieu, qui ont une orientation génétique plus faible. » Et la température de l’eau va jouer un rôle déterminant. Tout se joue dans les 100 premiers jours de leur existence. C’est durant cette période que le jeune bar va déterminer son sexe. Pour l’étude, ils ont été répartis dans deux bassins, l’un chauffé à 16 degrés, l’autre à 21 degrés. Dans le premier, mâles et femelles se répartissent à proportion égale une fois le sexe déterminé. Dans le second, les mâles représentent 75 %.

Des résultats qui intéressent aussi la filière piscicole

« En étudiant la répartition des gènes, nous avons pu déceler que 25 % des jeunes bars avaient une orientation génétique femelle plus faible, poursuit le chercheur. Ce sont eux qui se masculinisent aux températures élevées dans les premiers mois de leur existence » Une information précieuse à double titre. Pour la filière piscicole d’abord, qui peut ainsi espérer jouer sur la température de l’eau pour avoir le sexe désiré, celui des femelles. En effet, ce sont elles qui grossissent le mieux et assurent le meilleur rendement de l’élevage : à quantité de nourriture égale, leur taux de croissance est supérieur de 30 % comparé aux mâles.

L’autre enseignement de ces recherches concerne les effets du réchauffement climatique sur les bars sauvages. Le risque est présent, pour la pérennité de l’espèce dans le milieu naturel, d’un appauvrissement des bars femelles dans une eau plus chaude. Benjamin Geffroy refuse toutefois de céder à l’alarmisme : « Les poissons ne se reproduisent pas au même moment, et pour que la température agisse il faut que cela intervienne à un moment précis du développement ». Il vient toutefois d’arriver au Chili pour travailler sur cette problématique en eau plus chaude, sur la population des saumons cette fois.