Marseille : Earthship Sisters, une « académie» pour promouvoir le leadership des femmes dans la transition écologique

FORMATION Lancé à Marseille, ce programme accompagne chaque année des porteuses de projets liés à l'environnement, avec tout un volet voile et nature

Caroline Delabroy
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La promo 2 des Earthship Sisters dans le Verdon
La promo 2 des Earthship Sisters dans le Verdon — Céline Peyre/Earthship Sisters
  • Face au sentiment d’impuissance politique, Déborah Pardo a lâché son poste de chercheuse à Cambridge pour cocréer Earthship Sisters et développer un leadership féminin sur les questions de transition écologique.
  • La prochaine promotion est en cours de recrutement, pour un programme qui à la fois incube les projets et crée du collectif autour de la navigation et de week-ends en pleine nature.
  • Depuis son lancement en 2018, 22 entreprises en lien avec l’écologie ont été créées, pour 31 « sisters » accompagnées.

Un jour, elle en a eu marre des « supers jeux de données » qui font un bel article scientifique mais terminent aux oubliettes des priorités politiques. Face au « manque de leadership pour prendre des décisions réellement impactantes » en faveur de l’environnement, Déborah Pardo, spécialiste des populations d’albatros, a décidé de quitter Cambridge et le monde de la recherche. A Marseille, elle a lancé en 2018 le mouvement   Earthship Sisters, qui se prépare à accueillir une troisième promotion de « sisters ». Les candidatures sont ouvertes jusque fin janvier. L’objectif : promouvoir le rôle des femmes dans la transition  écologique.

« Elles s’engagent pour un an dans un programme en parallèle de leur vie professionnelle », explique-t-elle. Outre un incubateur écoféministe, avec deux cents heures de formation digitale pour aboutir à un projet lié à l’environnement, Earthship Sisters propose, et c’est son originalité, deux expéditions à la voile et cinq week-ends de formation en leadership en pleine nature. Autant de choses qui ont un coût. « En soi, le programme coûte 25.000 euros par sisters. On finance les deux-tiers en allant chercher des subventions et du mécénat. On leur demande de compléter à hauteur de 7.000 euros. On les forme à la levée de fonds, certaines arrivent à obtenir un financement auprès d’entreprises. »

« Mer, leadership, femmes, ce triptyque est fait pour moi ! »

Florence Colonna, l'une des sisters de la première promotion, a pioché dans les indemnités de sa rupture conventionnelle pour se lancer dans l’aventure. Elle est alors au tournant de la quarantaine, veut quitter Paris et se lancer dans un projet qui fait sens. Et qui a pris corps aujourd’hui autour de Citrus, une agence qui accompagne hôtels et restaurant dans leur démarche de RSE (responsabilité sociale des entreprises). « J’avais besoin de me poser les bonnes questions, c’est le parcours qui m’a le plus parlé, raconte-t-elle. Par rapport à un incubateur classique, il y a un truc en plus où on travaille sur soi tout en travaillant sur le projet. Pour moi, c’est une alliance assez originale de connexion à la nature, et j’aime cette idée de créer un lien entre la navigation et le leadership. »

« Mer, leadership, femmes, ce triptyque est fait pour moi », s’est dit Maud Jego en voyant passer sur les réseaux la création d’Earthship Sisters. « Cela a été un tremplin, dit-elle avec le recul. J’ai découvert la sororité, je suis passée de l’ego individualiste, après dix ans en CDI dans une grande entreprise, à un ego collectif. C’était la première fois de ma vie que je me retrouvais dans un écosystème bienveillant, et que j’ai appris aussi à prendre soin de moi. » Cofondatrice de Great Village, elle ambitionne d’ouvrir le débat sur l’économie du troc, pour co-créer des entreprises régénératives. Et vit aujourd’hui entre Paris et la Bretagne.

« Quand on est sous l’eau... »

Laura Touzot, 29 ans, était elle « un peu dubitative » sur l’aspect sororal du programme. Avant de se raviser : « Même si les contacts ne sont pas fréquents aujourd’hui, quand on est sous l’eau, un message et hop, c’est 16 personnes qui répondent. » Son projet ? Des box pédagogiques pour les enfants, pour chaque mois comprendre comment fonctionne la nature et comment participer à la préserver. « Je suis à la phase de développement de contenus, et je prépare une campagne de financement participatif, avec l’objectif que les boxes soient sous le sapin pour Noël 2022. »

Pour financer le programme, elle a fait le pari de l’intégrer à sa levée de fonds « pour lisser dans le temps les dépenses, et que ce soit moins inquiétant ». « C’est assez dingue, il y a vraiment un sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand que nous », confie-t-elle, en menant ce projet en parallèle de son travail de chercheuse en écologie à Grenoble. Mais pas question pour elle d’abandonner la recherche. Juste d’apporter une pièce à l’édifice pour répondre à l’écoanxiété des jeunes. Depuis son lancement, ce sont 31 « sisters » accompagnées par Earthship Sisters pour 22 entreprises créées. La prochaine promo doit compter 24 porteuses de projet.