Environnement : En France, les investissements climat résistent à la crise mais restent modérés

FINANCE Etats, particuliers, entreprises… En 2020, les investissements climat ont atteint 45 milliards d’euros, soit 10 % de plus qu’en 2019. Pas si mal pour une année très particulière à cause du Covid-19. Mais encore insuffisant, pointe le think-tank I4CE

Fabrice Pouliquen
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Une vague de pollution sur Lyon, le 15 octobre 2021
Une vague de pollution sur Lyon, le 15 octobre 2021 — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • L’Institut pour l’économie et le climat (I4CE) publie ce jeudi une nouvelle édition du Panorama des financements climat, qui analyse les investissements de l’Etat, des entreprises et des particuliers qui concourent à la transition énergétique.
  • En 2020, malgré la crise sanitaire liée, ces investissements climat se sont établis à 45 milliards d’euros. Soit 10 % de plus qu’en 2019. En progrès donc, mais encore insuffisants. Il manque encore 13 à 15 milliards d’euros par an, selon I4CE.
  • La progression devrait se poursuivre en 2021 et 2022, portée par le plan de relance, dont 30 milliards d’euros sont alloués à la transition écologique. Mais le think-tank attire surtout l’attention sur l’après, lorsque le plan de relance aura pris fin.

Dis-moi comment tu investis aujourd’hui et je te dirais si tu es sur la bonne trajectoire climatique. C’est toute l’idée du Panorama des financements climat que publie, chaque fin d’année depuis 2014, l’Institut pour l’économie et le climat (I4CE), think-tank français spécialisé dans l’économie du climat.

La dernière édition est publiée ce jeudi et passe au crible les investissements 2020 en France. Tant ceux de l’État que des entreprises ou des particuliers. Et « sur un périmètre bien précis qui est celui de l’énergie », précise Benoît Leguet, directeur général d’I4CE. Un gros morceau tout de même, puisque y entrent les investissements dans les transports [l’achat d’un véhicule électrique par un particulier, par exemple], la rénovation énergétique des bâtiments ou encore la production d’énergie, trois secteurs clés à décarboner en France pour atteindre la neutralité carbone.

45 milliards d’euros d’investissements climat en 2020

Ainsi, en 2020, sur le périmètre choisi, les investissements climat ont atteint 45 milliards d’euros. « Soit une augmentation de 10 % par rapport à 2019, note Maxime Ledez, chargé de recherche à I4CE et coauteur de l’étude. Depuis 2011, où ils atteignaient 27,9 milliards d’euros, ces investissements climat n’ont fait qu’augmenter d’année en année. Y compris donc en 2020, malgré un contexte très largement marqué par la crise sanitaire ».

« Cette hausse de 10 % contraste d’ailleurs avec la diminution de 7,8 % des investissements totaux en France », rappelle Maxime Ledez. Et plus encore avec l’effondrement de 32 % des investissements fossiles. Ces derniers s’établissent en 2020 au même niveau que les investissements climat. Soit 45 milliards d’euros. « Les achats de voitures très émettrices, qui représentent la plus grande part de ces investissements fossiles, ont diminué sous les effets conjugués de la fermeture des points de vente pendant la crise sanitaire et du durcissement de la réglementation européenne sur les voitures neuves », explique I4CE. L’arrêt quasi-total de l’activité arienne a également contraint les compagnies aériennes et gestionnaires d’aéroport à réduire leurs investissements pour préserver leurs trésoreries.

Un optimisme à tempérer…

I4CE accueille toutefois cette hausse des investissements climats avec un optimisme mesuré. « Elle s’est concentrée sur les voitures électriques et hybrides rechargeables, tandis que les investissements dans la rénovation énergétique des logements, le réseau ferroviaire, les autres transports en commun ou la production d’énergies renouvelables sont stables ou en légère baisse », indique Maxime Ledez.

Pas si mal, tant la crise sanitaire a eu un impact sur l’économie française. « Les confinements ont pesé sur les budgets des opérateurs de transport en commun, qui ont vendu moins de billets et d’abonnements, des énergéticiens [qui ont vu le prix de l’électricité baisser], mais aussi de nombreux ménages du fait du ralentissement économique », illustre Maxime Ledez. Dans ces conditions, les porteurs de projets auraient pu être contraints de réduire leurs investissements climat. « Les mesures d’urgences prises par les pouvoirs publics ont permis de minimiser ces menaces », reprend le chargé de recherche. Ce sont le chômage partiel, les prêts garantis par l’État, les subventions et avances remboursables aux collectivités et opérateurs de transports… « De plus, les ménages et entreprises ont anticipé une crise plutôt courte en 2020 et n’ont pas abandonné leurs projets d’investissements », ajoute I4CE dans son Panorama.

13 à 15 milliards d’euros par an manquent encore

Il n’empêche, même à 45 milliards d’euros, le compte n’y est pas. Selon les calculs du think-tank, il manque 13 à 15 milliards d’euros d’investissements climat, publics et privés, par an. « C’est un minimum », insiste Maxime Ledez. La Stratégie nationale bas-carbone, feuille de route officielle vers la neutralité carbone en 2050, fixe l’objectif intermédiaire de réduire de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030 par rapport à 1990. « On a fait à peu près la moitié », indique Benoît Léguet. Mais, en avril, l’UE a revu à la hausse son objectif 2030 et vise désormais une baisse de 55 % de ses GES. Sans aller jusqu’à s’aligner avec Bruxelles, la France devra, elle aussi, revoir à la hausse son objectif « et donc accroître ses investissements climats », reprend le directeur général d’I4CE.

Ces derniers devraient continuer leur progression cette année et en 2022, portés entre autres par le plan de relance. Sur les 100 milliards prévus pour aider le pays à se relever de la crise, 30 sont dédiés à la transition écologique, en particulier à l’accélération de la rénovation énergétique des bâtiments et de l’électrification du parc automobile. « Pas de quoi, là encore, combler le déficit », estime Maxime Ledez qui cite plusieurs secteurs ayant accusé des retards trop importants pour être rattrapés dans les années à venir. A commencer par la rénovation des bâtiments. « Même si les ménages réalisent davantage de travaux énergétiques dans leurs logements , bien peu entreprennent les rénovations globales et performantes qu’il faudrait, notamment parce que les aides publiques ne les y incitent pas », indique-t-il. Preuve donc que tout n’est pas qu’une histoire de montant.

La question de l’après-2022

C’est tout le message qu’I4CE adresse aux candidats à la présidentielle : celui d’élaborer dès maintenant une « stratégie climat des finances publiques », intégrant à la fois la nécessité d’accroître les financements publics, mais aussi la réglementation et l’accompagnement des porteurs de projets. Benoît Leguet attire en particulier l’attention sur l’après-2022, « lorsque le plan de relance arrivera à échéance, en même temps que les financements européens qui le rendent possible ». Les besoins de financements publics pour le climat n’auront pas disparu d’ici là.

Surtout, le contexte pourrait être moins favorable qu’il ne l’est aujourd’hui. I4CE voit apparaître en tout cas de nouvelles tensions. « Dans les transports publics, par exemple, la demande ne s’est toujours pas rétablie à des niveaux pré-Covid, ce qui grève les recettes et les capacités d’autofinancement des collectivités et gestionnaires de réseau, rappelle Maxime Ledez. L’augmentation du prix et/ou des délais de livraisons pour certains matériaux -le bois dans le bâtiment, ou l’acier et les semi-conducteurs pour les énergies renouvelables et les véhicules électriques – est de nature aussi à perturber la poursuite des investissements climats. » S’ajoute  l’envolée des prix de l’énergie en cette fin d’année. « D’un côté, ce facteur encourage la recherche d’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables, commence le chargé de recherche. De l’autre, cette envolée des prix pèse sur le budget des ménages et des PME. » Ce qui ne favorise pas les investissements climat.