Nice : A quoi va servir la centrale géothermique super « smart » récemment inaugurée ?

ENVIRONNEMENT Dans cette usine, un réseau intelligent dit « smart grid » a été développé pour gérer les énergies ce qui est « une première en France », a assuré Benjamin Fremaux, président de l’Idex, l’entreprise à qui le projet a été confié

Elise Martin
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La centrale géothermique doit pouvoir couvrir les besoins en énergies de tout le quartier Nice Méridia, soit 50 bâtiments d'ici 2032 et plus de 5.000 logements
La centrale géothermique doit pouvoir couvrir les besoins en énergies de tout le quartier Nice Méridia, soit 50 bâtiments d'ici 2032 et plus de 5.000 logements — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • La centrale géothermique Méridia Smart Energie a été inaugurée ce lundi dans l’éco quartier à l’ouest de Nice.
  • Elle fonctionne grâce à l’eau du fleuve du Var qu’elle récupère et qu’elle transforme en énergie pour alimenter tout le quartier. Ainsi, la centrale promet une production de 80 % d’énergie renouvelable.
  • Elle est également dotée d’un système de réseau intelligent qui permet d’anticiper la consommation et donc la production d’un bâtiment.

Une centrale qui n’utilise ni gaz, ni fioul, ni pétrole. Une centrale qui n’en a d’ailleurs pas vraiment l’air et qui est « compact » pour s’insérer dans l’univers urbain dans lequel elle s’est installée. Avenue Simone-Veil, dans l’éco quartier Nice Méridia, à l’ouest de la ville, l’infrastructure géothermiqueIdex, du nom de l’entreprise qui était en charge du projet, vient d’être inaugurée. Les thermo-frigo-pompes sont activés et devraient alimenter 50 bâtiments du quartier d’ici 2032, c’est-à-dire « 500.000 m2 dont la moitié sera des logements », précise le directeur du projet Eduard Maldonada. En tout, ce sont 80 % d’énergie renouvelable produites. 20 Minutes fait le point.

Une centrale géothermique, c’est quoi ?

C’est une infrastructure qui utilise des ressources dans la terre pour produire une énergie renouvelable. A la différence d’une centrale géothermique classique, ce projet « Méridia Smart Energie » a été pensé pour ne « pas perdre d’énergie ». Edouard Maldonada développe : « On récupère l’eau du fleuve du Var, à 15 °C, qui s’écoule sous la terre, s’épanouit dans la plaine et qui a un débit très important. On la pompe grâce à des forages de géothermie à 40 m de profondeur et on la réinjecte. Ce n’est pas un débit perdu, et il n’y a pas d’échange. »

Comment ça se passe concrètement ?

« L’eau récupérée passe par des échangeurs. C’est donc par échange thermique que l’énergie est créée. Les échangeurs envoient ensuite cette énergie dans les thermo-frigo-pompes, qui fonctionnent comme une pompe à chaleur, sauf qu’il n’y a pas de perte d’énergie », précise le chef de projet.

Les échangeurs de la centrale se situent au premier étage, la production, quant à elle est au rez-de-chaussée
Les échangeurs de la centrale se situent au premier étage, la production, quant à elle est au rez-de-chaussée - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Par exemple, quand un climatiseur fonctionne, un ventilateur envoie toujours la chaleur produite dehors, en terrasse ou ailleurs. Là, il n’y a pas de dégagement, « tout est récupéré, insiste le directeur. En été, l’énergie fatale est injectée dans le réseau pour faire de l’eau chaude sanitaire et le chauffage. Et en hiver, c’est l’inverse, quand on fait de l’eau chaude sanitaire et le chauffage, on produit la climatisation via l’énergie fatale de la pompe à chaleur qui peut servir pour une salle de serveurs par exemple ». Il y a également du stockage d’énergie lorsqu’elle n’est pas utilisée.

Dans quels buts ?

L’objectif principal de ce projet, dont les premiers travaux ont débuté en 2018, est de construire un « réseau de chaleur et de froid pour tout le quartier Nice Méridia, soit 500.000 m2 de bâtiments qui comportent des logements, des écoles, des bureaux, d’ici 2032, développe Eduard Maldonada. Habituellement, chacun a sa chaudière. Là, on a créé un réseau intelligent, sous terre, à 2 mètres de profondeur à peu près. Il y a donc des canalisations qui envoient de l’eau chaude à 63 °C et d’autres qui envoient de l’eau froide à 8 °C. »

Mais c’est surtout la possibilité de « réduire les émissions de CO2 de près de 4.000 tonnes par an sur le territoire », affirme Christian Estrosi, président de la métropole Nice Côte d’Azur. Il ajoute : « L’idée est de passer à 18 % d’énergies renouvelables dans notre mix d’ici 2025 [actuellement, la production annuelle est à 11 %]. Avec la production géothermique annuelle de 32 GWh, ce réseau urbain contribue à 6,4 % de nos objectifs. »

Et les avantages pour les habitants du quartier ?

Le maire de Nice assure : « Ce projet est également un avantage pour le pouvoir d’achat. La tarification publique de l’offre thermique du réseau sera de 56,33 euros le MWh, pour la chaleur, 74,02 euros le MWh pour le froid et 68,61 euros pour le rafraîchissement. » Des prix 15 % inférieurs aux prix moyens pratiqués en France pour une énergie non renouvelable, selon Christian Estrosi.

Une première en France

Driss Salmi, chargé de l’innovation au sein de l’Idex présente la « smart grid » dont la centrale est dotée. « C’est un réseau intelligent, littéralement en anglais, qui permet d’anticiper et d’optimiser la consommation en énergie des bâtiments sur le quartier ».

En résumé, « l’immeuble qui a des panneaux photovoltaïques sur son toit, n’a pas forcément besoin de toute la production en énergie créée. Avec ce système on donne la possibilité de revendre cette électricité à son voisin ou à la centrale directement. L’idée est de mettre en réseau la production et la consommation au niveau local. » Le « smart grid » fonctionne grâce à des données qui permettent de faire des arbitrages et ainsi « proposer l’énergie la moins chère et la plus locale. C’est une première en France. C’est unique d’avoir un endroit qui gère trois énergies : la chaleur, le froid et l’électricité », conclut le responsable.