Mobilité : Comment rendre les transports en commun de nouveau attractifs ?

TRANSPORTS La fréquentation des transports publics et ferroviaires a continué de baisser cette année, après une forte baisse en 2020 en raison de la crise sanitaire, alerte ce jeudi l’Union des transports publics et ferroviaires. Tout l’inverse de ce qu’il faudrait pour décarboner nos déplacements…

Fabrice Pouliquen
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Des bus de la RATP à l'arrêt le 2 septembre 2020.
Des bus de la RATP à l'arrêt le 2 septembre 2020. — Ludovic MARIN / AFP
  • L’Observatoire des mobilités, publié ce jeudi par l’Union des transports publics et ferroviaires fait le constat d’une baisse de fréquentation des transports collectifs qui s’est poursuivi cette année, après déjà une baisse drastique en 2020 sur fond de crise sanitaire.
  • De 73 % en 2019, la part des Français qui utilisent les transports publics pour se déplacer est passée à 60 % aujourd’hui. Et parmi ceux-ci, 28 % disent en avoir moins recours qu’avant. Dans le même temps, l’autosolisme sort grand gagnant de cette crise sanitaire.
  • Les courbes vont donc dans le sens inverse de ce qu’il faudrait pour décarboner les transports. D’où l’appel du pied de l’UTC aux candidats à la présidentielle à « donner enfin la priorité aux transports publics »

Les transports publics sont encore loin de s'être remis du Covid-19 en France. Leur fréquentation a même continué de baisser en 2021 par rapport à l’an dernier, selon les chiffres de l’Observatoire de la mobilité publié ce jeudi par l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), syndicat professionnel qui regroupe les entreprises de transport collectif en France.

Ce sondage, réalisé par l’Ifop, a sondé en septembre 1.500 personnes majeures vivant dans une agglomération de 50.000 habitants ou plus. Parmi elles, 60 % disaient utiliser régulièrement les transports publics en 2021, contre 61 % en 2020. Et surtout 73 % en 2019. Cette baisse touche de manière homogène tous les modes de transport collectifs, du bus au RER. « La seule exception est le train, en croissance relative et utilisé donc plus sur des longues distances », pointe Thierry Mallet, PDG de Transdev et vice-président de l’UTP.

Des usagers des transports parce qu’ils n’ont pas d’autres choix ?

Ces deux années consécutives de baisse sont d’autant plus marquantes qu’elles font suite à des années de hausse, la part des utilisateurs réguliers des transports publics étant passée de 67 % en 2015 à 73 % en 2019. Plus la taille de l’agglomération diminue et plus cette part est faible. Ainsi, en Ile-de-France, elle s’établit toujours à 75 %, tout de même 10 points de moins qu’en 2019. Elle tombe à 58 % dans les agglomérations de 100.000 habitants ou plus en province, et à 34 % dans celles comprises entre 50.000 et 100.000 habitants.

Surtout, parmi les voyageurs qui se déplacent en transports publics, 26 % disent le faire parce qu’ils n’ont pas d’autres choix, et 28 % disent les prendre moins souvent qu’avant. 56 % (de ces 28 %) parce qu’ils se déplacent moins, mais aussi 32 % parce qu’ils craignent d’être contaminés par le Covid-19.

Une crainte qui colle à la peau des transports publics : 64 % des sondés en font le lieu où le risque de contamination est le plus grand, devant les bars (43 %) , les repas de famille (38 %), les salles de sport (32 %). « Cette perception est notamment liée au fait qu’on est entouré de personnes qu’on ne connaît pas, estime Thierry Malle. Pourtant, aucune étude n’a démontré que le risque était plus fort qu’ailleurs. C’est même plutôt le contraire. »

L’autosolisme, grand gagnant de la crise sanitaire ?

Les confinements et restrictions de déplacement, auxquels il faut ajouter l’essor du télétravail, se sont traduits par une baisse générale de la mobilité des Français. Baisse qui affecte les transports publics comme les véhicules particuliers. L’UTP fait tout de même de l’autosolisme le grand gagnant de la crise sanitaire. La part modale des déplacements en véhicules particuliers, qui représentait 80,8 % (en voyageurs-kilomètres) du transport intérieur de voyageurs en 2019 en France, a augmenté de 4,4 points en 2020, pour atteindre 85 %. Dans le même temps, la part modale des déplacements en transports collectifs (ferré, bus, autocar) est passée de 17,6 % en 2019 à 14 % en 2020.

Des courbes qui vont dans le sens inverse de ce qu’il faudrait pour atteindre la neutralité carbone en 2050, objectif que s’est fixé la France dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. « Le secteur des transports représente 31 % des émissions de gaz à effet de serre françaises en 2019. Et sur ces 31 %, la voiture particulière compte pour plus de la moitié », rappelle Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie, innovation et développement du Groupe RATP, elle aussi vice-présidente de l’UTP. L’urgence est donc de réduire la part modale de la voiture. « Nous n’arriverons sans doute pas à la rendre nulle, ce mode de déplacement étant le seul possible pour bon nombre de Français, mais on peut la réduire à 60 voire 55 % [d’ici à la fin du prochain quinquennat] », estime Thierry Mallet.

Même si le recours au vélo et la marche ont fortement augmenté depuis le début de la pandémie, ces modes actifs sont surtout utilisés au cœur des métropoles. Et malgré leur progression, leur part modale reste faible, estime l’UTP. De l'ordre de 3 % pour le vélo. Pour le syndicat professionnel, les transports collectifs sont le seul mode capable d’absorber le flux de voyageurs supplémentaires qu’entraînerait une baisse du recours à la voiture individuelle. D’où l’appel à « donner enfin la priorité aux transports publics », titre du manifeste que l’UTP adresse ce jeudi aux candidats à la présidentielle 2022. Elle y porte l’objectif de doubler la part modale du transport public urbain d’ici à la fin du prochain quinquennat, ce qui nous amènerait aux alentours de 30 %.

Développer l’offre bien plus que rendre gratuit ?

Faut-il encore réussir à rendre (de nouveau) attractif les transports publics. En les rendant gratuit, par exemple ? La solution est déjà appliquée dans plusieurs territoires et est beaucoup revenue sur le tapis lors des élections régionales cette année. Thierry Mallet l’écarte. « Les transports collectifs sont déjà bien moins chers que la voiture, rappelle-t-il. Et on le voit dans l’Observatoire : seuls 14 % des sondés disent utiliser les transports publics parce que c’est plus économique. »

La première raison invoquée, c’est la praticité, parce qu’ils évitent de perdre du temps du fait des embouteillages ou/et de la recherche d’une place de stationnement, indique l’Observatoire des mobilités. Et à la question « Qu’est-ce qui vous ferait davantage prendre les transports publics ? », une « augmentation de la fréquence » récolte 84 % de « oui », une « circulation sur des territoires plus étendus » 77 %, une « circulation plus tôt le matin ou plus tard le soir » 64 %…

Tout l’enjeu alors est d’augmenter l’offre, en déduit l’UTP. C’est en tout cas le sens des vingt mesures qu’elle formule dans son manifeste. Le syndicat y demande notamment un soutien plus pérenne de l’État aux projets de développement des infrastructures et des transports urbain ou périurbain, « en passant d’une logique d’appel à projets à une logique d’accompagnement continu, avec une enveloppe de 2,5 milliards d’euros sur le quinquennat », précise Thierry Mallet. Il s’agira de soutenir le développement de nouvelles infrastructures de métro, de tramway, de bus à haut niveau de services, détaille le manifeste. Mais aussi des parkings relais et des lignes de covoiturage dans les territoires moins densément peuplés, là où les solutions traditionnelles de transports publics ne sont pas toujours possibles et la voiture le seul mode possible.

Dégoûter l’autosolisme ou rendre les transports publics attractifs

Quelles raisons vous inciteraient à préférer les transports publics à la voiture ? C’est aussi une question posée dans l’Observatoire des mobilités aux utilisateurs de voitures personnelles parmi les 1.500 sondés. Les réponses ? « Encore plus de difficultés de stationnement » pour 45 % d’entre eux, une « augmentation des embouteillages » (42 %), un « coût global de la voiture encore plus élevé » (42 %) et une « augmentation de la pollution » (28 %), pour reprendre les quatre premières raisons invoquées.

Justement, ces derniers mois ont été marqués par une envolée des prix du carburant, mais aussi à un retour de plus belle à la congestion routière dans les grandes villes françaises. « + 25 % en Ile-de-France + 38 % à Marseille, + 85 % à Lille, le lundi de la rentrée scolaire 2021 comparé à celui de 2020 », rappelle l’UTP.

Des politiques publiques sont aussi de nature à désavantager le recours à la voiture individuelle. En piétonnisant des centres-villes, en instaurant des péages urbains, en généralisant le stationnement payant, pour reprendre les trois premières idées auxquelles pensent les Français sondés par l’Ifop. Un sujet délicat en France, comme l’a montré le mouvement des « gilets jaunes ». « Ces contraintes ne peuvent de toute façon être envisagées que si des alternatives à la voiture individuelle existent véritablement », indique-t-on à l’UTP. Où l’on invite donc, avant toute chose, à prendre le problème dans l’autre sens. Autrement dit : rendre les transports publics attractifs.