Pourquoi la flambée du prix du bois n’est pas une si mauvaise chose

ENVIRONNEMENT Les premières rencontres régionales de l’arbre sont organisées ce jeudi dans la forêt de Brocéliande pour informer les collectivités sur le sujet végétal

Camille Allain
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Le prix du bois a flambé depuis le début de la crise sanitaire, notamment en raison de l'appétit fou des Etats-Unis.
Le prix du bois a flambé depuis le début de la crise sanitaire, notamment en raison de l'appétit fou des Etats-Unis. — G. Gobet/AFP
  • La crise sanitaire a fait flamber les prix du bois ces derniers mois sur le marché mondial, donnant lieu à des situations de pénurie.
  • En Bretagne, les premières rencontres de l’arbre organisées ce jeudi doivent permettre de mieux gérer la ressource en local afin de limiter l’import.
  • La valorisation n’est pas simple pour la filière, d’autant que les prix pratiqués ne permettent pas aux métiers d’être attractifs.

C’est un espace magnifique, que certains décrivent comme magique. A Paimpont, au cœur de la mystique forêt de Brocéliande, environ 200 personnes participeront ce jeudi aux Rencontres bretonnes de l’arbre.

Organisé pour la première fois, l’événement envisage de répondre aux 3.274 questions que les collectivités se posent au quotidien au sujet de leur ressource en bois : faut-il planter plus d’arbres ? Quelles essences choisir ? Faut-il abattre un arbre fatigué ? La chaufferie bois est-elle écologique ? Comment construire mon école en ossature bois ?

Un temps délaissé au profit des énergies fossiles, le bois est aujourd’hui l’objet de nombreuses convoitises. Depuis le début de la crise sanitaire, son prix a même flambé dans le monde entier, notamment en raison de la pénurie subie par les Etats-Unis. Plus récemment, ce sont les producteurs de bois de chauffage qui ont vu leur téléphone exploser, harcelés par des propriétaires de cheminée qui n’avaient pas anticipé les premiers froids. Là aussi, les prix ont grimpé. Mais est-ce une si mauvaise nouvelle ? Pas certain, selon des acteurs de la filière.

« Le prix du bois n’avait pas évolué depuis trente ans, il fallait un rattrapage »

La scène est folle. Arrivé à Brest, un navire transportant du bois scandinave à destination du marché français reprend la mer pour rallier les Etats-Unis. La raison ? Un acheteur américain a mis deux fois plus cher que son homologue français pour s’offrir la marchandise dont son pays manque tant, plombé par la fin de l’accord commercial avec le Canada enterré par Donald Trump. Ce choix politique aura des conséquences dans le monde entier, faisant grimper le prix du bois.

« C’était brutal, mais ce n’est pas une si mauvaise nouvelle. Le prix du bois n’avait pas évolué depuis trente ans, il fallait un rattrapage. Sans cela, la filière ne peut pas avancer », explique Gildas Prévost, chargé de mission à la Fibois Bretagne, association qui regroupe toutes les professions de la filière bois-forêt.

« Bûcheron, c’est un métier qui se dépeuple »

Cette hausse des prix pourrait d’abord permettre aux forêts d’être « de meilleure qualité », poussant les exploitants à valoriser des croissances plus lentes et plus qualitatives destinées à des usages nobles, comme le mobilier. L’inflation pourrait aussi permettre à la filière d’offrir de meilleurs salaires, elle qui peine tant à recruter. « Bûcheron, c’est un métier qui se dépeuple. C’est difficile physiquement, potentiellement dangereux et il faut être passionné. Mais c’est trop mal payé. La mécanisation ne compense pas le manque de main-d’œuvre », assure Nathalie Brac de la Perrière.

En Bretagne, 92% de la surface forestière est détenue par des propriétaires privés, ce qui la rend difficile à gérer.
En Bretagne, 92% de la surface forestière est détenue par des propriétaires privés, ce qui la rend difficile à gérer. - C. Allain / 20 Minutes

L’animatrice de la Fibois Bretagne espère que la montée des prix incitera les acteurs locaux à innover pour se placer sur des marchés à meilleure valeur ajoutée. La Bretagne devra pour cela anticiper la croissance de ses espaces forestiers. Seulement couverte à 15 % par la forêt, contre 30 % pour la moyenne nationale, la région gagne chaque année 3.000 à 4.000 hectares de surface forestière, ce qui en fait l’une des plus dynamiques de France. « Les études montrent que ce sont avant tout des arbres feuillus qui sont plantés. Il est important de leur trouver dès maintenant des débouchés », alerte Gildas Prévost.

En Bretagne, 120.000 propriétaires se partagent les 410.000 hectares de forêt

Dotée d’une qualité de bois « moyenne », la Bretagne veut miser sur la mode des circuits courts pour mieux transformer ses arbres. Ce jeudi, la filière entend convaincre les collectivités de « mieux planter » afin de valoriser. « L’arbre est à la croisée de tous les enjeux. Il stocke le carbone, limite le réchauffement climatique et les îlots de chaleur, il peut contribuer à améliorer la qualité des eaux, il embellit l’espace et peut fournir des emplois. Les collectivités en sont conscientes mais elles s’interrogent. Nous sommes là pour les guider », explique Mikael Laurent, coordinateur du réseau Bruded.

Cette association regroupant les collectivités investies dans la transition écologique a vu son nombre d’adhérents grimper de 35 % l’an dernier, preuve de l’intérêt des pouvoirs publics pour la question. « Il y a un véritable enjeu à aller vers un bois ultra-local, en forêt mais aussi dans le bocage. D’autant que la ressource est très éparpillée dans la région », poursuit-il. En Bretagne, 120.000 propriétaires se partagent les 410.000 hectares de forêt. Un morcellement qui multiplie le nombre de « petits acteurs » et rend difficile l’unité de la filière. Il faut pourtant s’armer maintenant pour ne pas rater le train demain.

L’ONF lutte contre les coupes d’effectifs

Alors que les gouvernements français ne cessent de vanter la nécessité de maintenir la biodiversité, les moyens humains alloués à la gestion et la surveillance des forêts ne cessent de diminuer. Les agents de l’Office national des forêts seront en grève ce jeudi pour dénoncer les coupes d’effectifs. D’après les syndicats, « la baisse des cours du bois » a contribué à la baisse des moyens alloués par l’État. Alors qu’ils étaient 16.000 en 1986, les agents de l’ONF ne sont plus que 8.400 de nos jours. Une manifestation est organisée ce jeudi devant le siège de l’ONF et le ministère de l’Économie, à Paris.