Lyon : Jarod Winston, le « docteur » des lapins qui sauve les mammifères en détresse

ANIMAUX Ce Lyonnais, passionné de lapins, s’est spécialisé dans le sauvetage des petits mammifères en détresse ou mal traités

Caroline Girardon
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Lyon: Jarod Winston, le «docteur» au chevet des lapins — 20 Minutes
  • Surnommé « Monsieur Lapin » ou le « Docteur des lapins », Jarod Winston œuvre depuis des années pour sauver des petits mammifères abandonnés.
  • Plus de 12.000 personnes suivent sur ses conseils sur sa page Facebook « Quoi de neuf docteur ? ».
  • Rencontre avec ce Lyonnais passionné.

A notre arrivée dans le salon, Sulli, adorable boule de poils, se dresse sur ses pattes arrière, levant son nez remuant à la recherche d’une caresse. « Il veut avoir sa dose de câlin et de jeu », glisse malicieusement Jarod Winston, invitant le petit lapin à grimper sur ses genoux. Ce Lyonnais, qui réside dans le quartier de la Croix-Rousse, est affectueusement surnommé « Le Monsieur Lapin » ou « Le Docteur des lapins » par la communauté qui le suit. Il compte 12.000 abonnés à sa page Facebook «  Quoi de neuf docteur ? ».

Mais l’homme n’est pas vétérinaire, précise-t-il d’emblée. Seulement un passionné qui a passé des années à se documenter sur ses animaux préférés, et qui ne compte plus les heures à construire des fauteuils roulant pour les petites bêtes handicapées ou des « châteaux » leur servant de maison. « Je suis gérant d’une entreprise de bois qui rénove des parquets mais il est vrai que je consacre presque plus de temps aux lapins », répond-il en souriant. Des nuits entières, parfois.

Gustave, Courgette, Forrest et cie

Incollable sur le sujet, Jarod est désormais celui que l’on appelle des quatre coins de la France pour sauver les petits mammifères en détresse. « Il m’arrive parfois d’être réveillé à 2 heures et de faire 200 kilomètres pour aller en chercher un ». Comme Gustave, le lapinou au pelage soyeux, amputé de l’une des pattes arrière. « Quand on l’a récupéré, il souffrait d’une triple fracture fémorale ». Ou Forrest, le dernier rescapé accueilli chez Jarod. Celui qui l’a « fait courir pendant 10 jours ».

« On avait reçu des signalements de gens l’ayant aperçu à la vogue des marrons de Lyon, en train de manger des churros, des pommes. La première fois, on est allé le chercher à la frontale, à 2 heures. On a fouillé des buissons et scruté sous les camions des forains pendant quatre heures, au milieu des immondices », révèle le trentenaire. Sans succès. La seconde fois sera la bonne. Forrest, qui présentait de nombreuses traces de griffures de chat et qui avait une partie de sa fourrure arrachée, a été retrouvé dans la cour d’un établissement scolaire. Depuis le petit animal se refait doucement une santé, couvé par Jarod et sa compagne, Amandine.

Les lapins, 3e animaux les plus abandonnés

« C’est le troisième lapin que l’on récupère à la Croix-Rousse en l’espace de 18 mois. Le premier, Koda, avait été jeté vivant dans une poubelle. Il était dans un état de maigreur absolu », poursuit le jeune homme. Courgette, balancée par-dessus un muret en plein milieu de la nuit, a été découverte dans la cour d’une épicerie. Bien mal en point, elle aussi. « Après les chiens et les chats, les lapins sont aujourd’hui les troisièmes animaux les plus abandonnés en France », souligne avec indignation Jarod.

A la maison, le couple bichonne ses pensionnaires aux grandes oreilles. Jusqu’à ce qu’ils se remettent sur patte et soient adoptés. Le « docteur » se montre pourtant exigeant. « Il ne s’agit pas de les confier à n’importe qui, précise-t-il. J’impose des critères stricts en fonction du traumatisme subi et du caractère du lapin. Certaines fois, ça prend du temps mais c’est nécessaire car je me sens responsable d’eux. »

Casser les idées reçues

Conscient qu’il ne peut « tous les garder à la maison », l’homme fait parfois quelques exceptions. « Ceux qui ont de troubles pathologiques, qui vont nécessiter des soins à long terme ou pour lesquels il y a de fortes présomptions de rechute, ceux-là, je les garde. Cela ne me coûte rien de les faire soigner, et je suis certain que quelqu’un sera là pour s’occuper d’eux », confie-t-il tendrement.

« 95 % des gens qui ont des lapins n’ont sans doute pas conscience ou connaissance de leurs besoins », poursuit-il. Alimentant sa page Facebook et sa chaîne YouTube de vidéos, le Lyonnais s’attaque à « casser les idées reçues » et distille ses conseils en toute indépendance. Eviter par exemple de donner du pain, des biscuits, des carottes ou des petits morceaux de chocolat aux lapins, cela les empoisonne. « Un lapin n’est pas fait pour être porté non plus, sauf s’il le tolère ou qu’il a peur. Ce n’est pas dans sa nature, en réalité », précise-t-il. Prochaine étape : le Lyonnais envisage d’ouvrir une boutique pour les animaux de compagnie.