Toulouse : Dans la Garonne, un poisson sur dix est contaminé aux microplastiques

BIODIVERSITE Des écologues et chimistes du CNRS ont quantifié pour la première fois la pollution en microplastiques charriée par la Garonne, et gobée accidentellement par les poissons

Hélène Ménal
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Le barbeau (en haut) et le goujon (en bas) sont les deux espèces de la Garonne qui avalent le plus de microplastiques.
Le barbeau (en haut) et le goujon (en bas) sont les deux espèces de la Garonne qui avalent le plus de microplastiques. — Gaël Grenouillet - CNRS
  • L'étude inédite PlastiGar, destinée à mesurer la pollution plastique dans la Garonne, vient de livrer son verdict.
  • Les microplastiques sont plus présents aux abords de Toulouse et en période d'étiage.
  • Un poisson échantillonné sur dix en avait ingurgité.

A la vue des immenses continents de plastique qui polluent les océans, on s’émeut davantage du sort des baleines ou des tortues que de celui des goujons et des barbeaux de la Garonne. C’est un tort. Eux aussi ont droit, bien en amont, à une regrettable diversification alimentaire à travers des sédiments assaisonnés aux microplastiques. Et, pour la première fois, des chercheurs sont partis à la pêche aux infos pour quantifier cette « réalité », depuis le piémont des Pyrénées jusqu’à Agen.

L’étude PlastiGar (pour Plastique Garonne) a occupé au fil de l’année 2019 une douzaine d’écologues et chimistes de deux laboratoires* toulousains du CNRS. Durant quatre saisons, ils ont jeté leurs filets, manié l’épuisette, pour filtrer les eaux de surface, gratté dans la vase pour passer au tamis les sédiments, et pêché des poissons pour leur faire régurgiter leur bol alimentaire.

Les scientifiques de l'étude plastigar à la pêche aux microplastiques dans la Garonne.
Les scientifiques de l'étude plastigar à la pêche aux microplastiques dans la Garonne. - CNRS

Leur quête concernait des microplastiques (issus principalement de la fragmentation de déchets plus gros) allant de 0,7 à 5 mm. Elle vient de livrer son verdict. Sans surprise, ces déchets polluants flottent ou gisent bien dans la Garonne, jusqu’à 25 au m2. « Les valeurs observées sont du même ordre que dans les autres grands fleuves d’Europe occidentale, explique Julien Cucherousset, écologue au Laboratoire Evolution et Diversité Biologique (EDB- CNRS, Univ. Toulouse III). L’urbanisation joue un rôle important entraînant une hausse des concentrations ». La zone périurbaine et l’aval de Toulouse sont particulièrement touchés. Et le problème s’aggrave l’été quand les débits s’amenuisent ou lors des crues.

Au niveau des couleurs des minuscules fragments, le blanc (32,4 %) et le noir (31,1 %) dominent. « Leur composition est à 90 % celle de polymères plutôt utilisés dans les emballages », souligne Aline Reis de Carvalho, doctorante en chimie durant le projet.

Jusqu’à quatre morceaux de plastique dans l’estomac d’un poisson

Concernant de la Garonne « globalement toutes les espèces étudiées avaient du plastique », note Julien Cucherousse. Mais pas tous les individus. Les scientifiques se sont concentrés sur les abords de Toulouse où, d’après leurs échantillons, 2 % des invertébrés (insectes et mollusques) et 10 % des poissons sont contaminés. Ceci étant une moyenne. « Dans l’Hers [du côté de Launaguet] la contamination des poissons passe à 16 % », précise Aline Reis de Carvalho. Chaque poisson « plastifié » a ingurgité entre un et quatre microplastiques.

Chez les invertébrés, les individus les plus contaminés sont les prédateurs plutôt gros, comme les larves de libellules et les écrevisses. Tandis que chez les poissons, ce sont les goujons et les barbeaux, qui se nourrissent dans les sédiments, qui ingurgitent le plus de plastique. « Il s’agit plutôt d’une consommation directe et accidentelle », relève Julien Coucherousset. Pas forcément d’une transmission par la chaîne alimentaire.

Ces réalités étant posées, et alors que les équipes de PlastiGar tentent d’analyser des microplastiques encore plus petits, d’autres études doivent maintenant s’atteler aux conséquences de cette pollution et d’autres impacts des activités humaines sur les écosystèmes.

* Les laboratoires Évolution et diversité biologique (EDB – CNRS, Université Toulouse III – Paul Sabatier, IRD) et Interactions moléculaires et réactivité chimique et photochimique (IMRCP – CNRS, Université Toulouse III – Paul Sabatier)