Loi sur la maltraitance animale : L'avenir des animaux sauvages appartenant aux cirques en suspens

ANIMAUX Les cirques n'auront plus le droit de détenir des animaux sauvages d'ici à sept ans

X. R.
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Des animaux dans un cirque.
Des animaux dans un cirque. — Alexander Demianchuk/TASS/Sipa U/SIPA
  • Le Parlement a adopté définitivement jeudi, via un ultime vote du Sénat quasi unanime, une proposition de loi contre la maltraitance animale.
  • Au menu figurent l’interdiction progressive des animaux sauvages dans les cirques et delphinariums, la fin de la vente de chiots et chatons en animalerie, et des peines durcies pour sévices ou abandon.
  • Mais que vont devenir les animaux sauvages présents dans les cirques ? Les solutions concrètes semblent loin d’être trouvées.

Que vont devenir les animaux sauvages appartenant  aux cirques ? La question vaut autant pour les sept prochaines années, sept années durant lesquelles les cirques pourront continuer d’en détenir sans les présenter au public, que pour les suivantes. Et elle sera frontalement posée demain, lors d’une réunion entre les professionnels du secteur et le gouvernement. Car la loi sur la maltraitance animale, adoptée ce jeudi au Sénat, met, selon William Kerwich, président du syndicat des capacitaires des animaux de cirque et de spectacle, les propriétaires de cirque au pied mur.

Si le devenir du millier d’animaux sauvages des 120 cirques itinérants actuels a fait l’objet d’un compromis [il sera interdit de les présenter au public d’ici à deux ans, et de les détenir d’ici à sept ans], William Kerwich dénonce, lui, une « loi arbitraire car il n’y a pas de maltraitance animale dans nos cirques ». « Et on ne nous a proposé aucune solution », détaille-t-il à 20 Minutes, promettant donc une « mobilisation » de la profession dès lundi.

Pas moins de 800 animaux, parmi lesquels 450 fauves concernés

Le défi est de taille. Selon le fichier national d’identification des animaux d’espèces sauvages détenus en captivité, pas moins de 800 animaux, parmi lesquels 450 fauves, sont répartis dans les 120 cirques itinérants de France. Par ricochet, le texte frappe cependant « plus de 5.000 animaux » en intégrant les espèces domestiques (chevaux, etc.), précise William Kerwich.

En septembre 2020, la ministre de la Transition écologique avait, elle, annoncé la « fin progressive » des animaux sauvages dans les cirques lors d’une conférence de presse consacrée au « bien-être de la faune sauvage captive ». A cette époque la ministre avait assuré avoir conscience que ces décisions étaient « dures pour les professionnels concernés ». « Pour les cirques itinérants, on parle plus d’une reconversion. Nous voulons que les cirques itinérants persistent mais se réinventent autour de ce qu’on appelle les arts du cirque », avait précisé la ministre, indiquant qu’une « enveloppe d’environ huit millions d’euros était prévue « pour aider ces reconversions ».

Un texte « parfois dogmatique pour être médiatique »

A la même époque, Cyrille Emery, délégué général de l’Association de défense des cirques de famille, assurait, lui, que la fin de la présentation des animaux sauvages dans les cirques se confronterait « à des obstacles techniques, économiques et réglementaires. Et ça ne sera jamais possible sans accords avec les cirques français ». Un Cyrille Emery rejoint aujourd’hui par Sophie Primas, présidente de la commission des Affaires économiques au Sénat. Cette dernière s’est fait l’écho ce jeudi de la colère des professionnels envers un texte élaboré « sans et parfois contre » eux. Un texte « parfois dogmatique pour être médiatique », a-t-elle taclé.

Surtout, selon William Kerwich, les huit millions d’euros promis par l’équipe Pompili ne sont prévus qu’en cas de « séparation de l’animal avec son cirque ». Mais pendant les sept prochaines années, sept années durant lesquelles les cirques pourront toujours détenir les animaux sans les utiliser dans leurs spectacles [donc sans en tirer de revenus], que va-t-il se passer ? « Comment va-t-on faire pour nourrir nos animaux pendant sept ans et en même temps engager une reconversion, c’est impossible », lâche William Kerwich.

D’autant qu’économiquement, ces derniers mois ont déjà été difficiles. De nombreuses communes ont « pris des arrêtés pour refuser d’accueillir les cirques comportant des animaux, même domestiques », depuis que la loi est en discussion, souligne le président du syndicat des capacitaires des animaux de cirque et de spectacle. « Et tous les spectacles de Noël ont été annulés hier, soi-disant à cause de la cinquième vague de coronavirus », regrette-t-il, pointant un « intitulé diffamatoire ». Selon Peta, l’association de défense des animaux, ce sont en effet plus de 400 communes, parmi lesquelles des grandes villes telles que Strasbourg, qui s’opposent à l’installation de cirques mettant à l’affiche des animaux dressés. Ceci sans compter que depuis le premier confinement, les cirques n’ont été accompagnés « que durant soixante jours, à hauteur de deux euros par animal », assure encore l’homme de cirque.

« Les vétérinaires français s’opposent à l’euthanasie »

Alors que faire ? Choisir l’option des zoos, des refuges ? Le problème avec ces animaux, c’est qu’ils sont tous nés en captivité, issus de filières de reproduction encadrées. Vaccinés, porteurs sains de certaines maladies, ils n’ont pas le droit de rejoindre leurs congénères sauvages en liberté, au risque d’éteindre définitivement l’espèce. Et un tigre en captivité ayant une espérance de vie de vingt-cinq ans, la question de l’avenir se pose sérieusement au-delà du délai de sept ans, sachant que « les vétérinaires français s’opposent à l’euthanasie », explique William Kerwich.

Ce dernier estime également que l’enveloppe de huit millions d’euros est « une prime à l’abandon ». Et de citer l’exemple de dauphins du parc Astérix « envoyés aux Emirats arabes unis dans des bassins plus petits ». « Rien n’a été prévu en ce qui concerne le sort de ces animaux. Sans doute devrons-nous amener 500 fauves dans la cour du ministère de la Transition écologique et les leur laisser ? Faudra-t-il les euthanasier ce qui serait un comble ? Devra-t-on les garder sans pouvoir les faire participer aux spectacles ? Et avec quels moyens financiers ? », s’interroge de son côté Cyrille Emery.​

A 20 Minutes, le délégué général de l’Association de défense des cirques de famille a assuré que la loi sur la maltraitance animale ne concernait pas les cirques « puisqu’ils ne maltraitent pas les animaux ». « Nos cirques continueront durant les sept années qui viennent à présenter des animaux non domestiques au public. Et après, ils continueront à présenter des animaux domestiques [chevaux, chiens, dromadaires, etc.] », lâche Cyrille Emery, soulignant que les cirques traditionnels (avec animaux) rassemblent 13 millions de spectateurs chaque année contre un million pour les cirques contemporains.