Pas-de-Calais : Des camions-poubelles qui roulent à l’huile de friture recyclée

ENERGIES Dans le Pas-de-Calais, une communauté de communes ambitionne de faire circuler ses camions de collecte de déchets avec un biodiesel élaboré à 100 % avec des huiles alimentaires usagées

Mikaël Libert
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L'un des camions de collecte de la collectivité de Béthune-Bruay.
L'un des camions de collecte de la collectivité de Béthune-Bruay. — Gecco
  • Gecco, une entreprise nordiste fabrique du biodiesel à 100 % avec des huiles alimentaires usagées.
  • Interdit au grand public, ce carburant peut être utilisé par les flottes captives de véhicules de collectivités.
  • C’est ce qu’expérimente la communauté de communes de Béthune-Bruay avec une partie de ses camions-poubelles.

Dans les Hauts-de-France, on n’a pas de pétrole mais on a des friteries. On ne le sait peut-être pas et ça ne saute pas aux yeux non plus mais, dans la région, de nombreux véhicules diesel circulent déjà depuis quelques années grâce à de l’huile de friture. Jusqu’alors, ce carburant contenait encore majoritairement du diesel normal à hauteur de 70 %. L’entreprise nordiste Gecco propose désormais un biodiesel composé à 100 % d’huiles végétales ou animales recyclées. Appelé « B100 », ce carburant est testé dans les camions poubelle de la communauté de communes de Béthune-Bruay, dans le Pas-de-Calais.

Pour collecter les ordures ménagères des 280.000 habitants de la communauté de communes de Béthune-Bruay, les 75 camions-poubelles de la collectivité parcourent près de deux millions de kilomètres par an et ne consomment pas moins d’un million de litres de diesel. Un gouffre écologique et économique incontournable ?

« Nous voulions une solution pour réduire massivement et rapidement notre empreinte carbone. La solution du biodiesel s’est imposée parce qu’elle ne demandait pas d’investissement et parce que l’on dispose d’une ressource locale abondante : l’huile de friture », explique Pierre Emmanuel Gibson, l’élu en charge de la collecte et de la valorisation des déchets.

Un carburant interdit à la vente au grand public

Depuis 2019, cette collectivité testait déjà le biodiesel dans sa version B30, composée à 30 % d’huile recyclée. Une expérience positive selon l’élu : « Cela ne demande aucune modification des véhicules et ne nécessite pas de maintenance particulière. Les performances des camions sont exactement les mêmes qu’avec du diesel normal », affirme-t-il. Un solide retour d’expérience de deux ans qui contredit les arguments du gouvernement pour interdire l’utilisation du B30 et du B100 au grand public : « ils ne sont pas compatibles avec les moteurs de nombreux véhicules Diesel déjà mis en circulation » et nécessitent « de conditions de maintenance adaptées ».

La manne est importante et ne risque pas de se tarir. A elle seule, l’entreprise d’insertion sociale Gecco, basée près de Lille, collecte chaque semaine plus de 20 tonnes d’huiles alimentaires usagées sur le périmètre des Hauts-de-France auprès des professionnels et des particuliers. Grâce à leur toute nouvelle unité de transformation, Gecco peut produire un peu plus d’un million de litres de B100. « La combustion de ce carburant dégage 93 % de gaz à effet de serre et 60 % de particules fines en moins que le diesel », assure Rose Mergy, chargée de projet chez Gecco.

A 1,30 euro le litre, l’opération n’est pas (encore) économiquement rentable pour les clients de Gecco. « Le vrai bénéfice, c’est pour la planète. Mais avec la raréfaction de la ressource pétrolière et l’augmentation des prix des carburants, la balance pourrait rapidement changer de côté », estime Pierre Emmanuel Gibson. Pour sa collectivité, il espère d’ailleurs étendre l’utilisation du B100 à la flotte de 75 camions-poubelles, voire à d’autres services. Impossible à court terme. « Notre capacité de production est encore limitée et nous devons aussi fournir d’autres collectivités comme la ville de Lille », reconnaît Rose Mergy.