Belle-Ile-en-Mer : La préfecture du Morbihan valide le projet viticole d’un milliardaire

VITICULTURE Le projet porté par le patron de Fiducial est fortement contesté par les habitants de l’île qui craignent une « privatisation de la côte sauvage »

C.A. avec AFP
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Le port du Palais, à Belle-Ile, dans le Morbihan.
Le port du Palais, à Belle-Ile, dans le Morbihan. — Fred Tanneau / AFP
  • Christian Latouche, patron de Fiducial déjà propriétaire de l’île Boëci, prévoit d’implanter 12 hectares en agriculture bio à Belle-Ile-en-Mer (Morbihan).
  • Plusieurs collectifs craignent une « privatisation de la côte sauvage ».
  • La préfecture a estimé que le projet des vignes de Kerdonis pouvait « contribuer à la diversification des activités agricoles sur le territoire insulaire » et vient de donner son feu vert.

La préfecture du Morbihan a dit « oui ». Dans un arrêté publié le 8 novembre, l’Etat a donné son feu vert au projet viticole porté par l’homme d’affaires Christian Latouche. Déjà propriétaire du domaine de la Vallongue, dans le Var, le patron de Fiducial prévoit d’implanter 12 hectares en agriculture biologique à Belle-Ile-en-Mer, dans le Morbihan. La 39e fortune française [1,2 milliard d’euros de patrimoine, selon le magazine Forbes] avait déjà acheté l'île Boëdic, dans le golfe du Morbihan, en 2015.

Le projet de Christian Latouche est contesté par plusieurs collectifs d’habitants de l’île qui craignent une « privatisation de la côte sauvage ». Une pétition en ligne « Non à la privatisation de la côte sauvage de Belle-Île-en-Mer! » a récolté près de 40.000 signatures. « Ce projet n’a rien de Bellilois. Il est à l’opposé d’un développement agricole insulaire à taille humaine et respectueux de son environnement. Il est porté par l’une des plus grandes fortunes de France qui entend réaliser ici un placement financier qui revient à privatiser une partie de cette île », estiment les pétitionnaires.

Un recours devant le tribunal administratif

Le projet a cependant reçu un avis favorable du commissaire enquêteur à l’issue de l’enquête publique. Et en juin, les deux conseils municipaux de Locmaria et Bangor, communes où doit être implantée l’exploitation, ont également validé l’idée. Rejoints donc par la préfecture du Morbihan. Cette dernière justifie sa décision en soulignant que le projet des vignes de Kerdonis peut « contribuer à la diversification des activités agricoles sur le territoire insulaire ». Et que son lieu d’implantation concerne « des parcelles constituées de friches ou de surfaces en voie d’enfrichement », rappelant que la viticulture avait été présente par le passé en Bretagne « et notamment sur le territoire insulaire ». La préfecture ajoute que le projet « s’inscrit dans le contexte de changements climatiques », jugeant que « la viticulture biologique prévue est de nature à limiter les traitements ».

Ce feu vert de l’Etat va faire, par ailleurs, l’objet d’un recours devant le tribunal administratif porté par l’association Belliloise « La bruyère vagabonde ». « Avec une telle décision, l’Etat prend le risque insensé d’ouvrir une brèche dans la protection écologique de notre île qui est encore l’un des sites naturels les plus préservés en France et en Europe », estime l’association.