Bretagne : Trente-six ans après sa fermeture, la centrale nucléaire de Brennilis attend toujours son démantèlement

NUCLEAIRE L’enquête publique concernant le démantèlement du cœur du réacteur par EDF s’ouvre ce lundi

Camille Allain
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L'enceinte réacteur de la centrale nucléaire de Brennilis, dans le Finistère.
L'enceinte réacteur de la centrale nucléaire de Brennilis, dans le Finistère. — C. Allain / 20 Minutes
  • Fermée depuis 1985, la centrale nucléaire de Brennilis, dans le Finistère, n’est toujours pas démantelée.
  • Une enquête publique s’est ouverte ce lundi afin d’informer et de consulter la population autour du dernier chantier de démantèlement mené par EDF.
  • Le coût du démantèlement a explosé, comme les délais, suscitant les critiques et les craintes des opposants au nucléaire.

Elle a cessé de produire de l’énergie en 1985, après seulement dix-huit ans d’exercice. A Brennilis, dans le cœur des sauvages Monts d’Arrée (Finistère), la centrale nucléaire fait partie du décor. Dans ce coin rural connu pour être l’Himalaya breton, le dôme de béton niché au bord du lac se voit de partout, même encerclé par la dense végétation. C’est ici que l’État avait décidé d’installer ce qui devait être une vitrine du savoir-faire français dans le nucléaire. Son prototype de réacteur à eau lourde refroidi au gaz carbonique n’a pas convaincu et la technologie a été abandonnée. Arrêtés en 1985, le site et son réacteur de 70 mégawatts ont vu leur démantèlement démarrer dans les années 1990. A l’époque, on promettait un « retour à l’herbe » en vingt ans, moyennant une enveloppe de 42 millions d’euros. Trente ans plus tard, le bloc réacteur est toujours présent pour stocker la matière radioactive la plus dangereuse. Conséquence :  le coût annoncé du démantèlement a flambé pour s’établir à 850 millions d’euros… Si tout va bien.

Chaque jour, environ 80 salariés d’EDF s’activent aux abords de la centrale nucléaire. Depuis 2018, les ingénieurs du groupe français sont pendus à la décision de l’Autorité de sûreté nucléaire qui étudie les 3.000 pages de son dossier. Ce lundi, une phase importante de ce processus a été entamée avec l’ouverture de l’enquête publique portant sur la phase finale du démantèlement. Une consultation d’un mois et demi portant sur l’intervention autour de l’enceinte réacteur et ses bâtiments annexes visant à « informer le public » et à « recueillir ses appréciations, suggestions et contre-propositions ». Il faudra pour cela se coltiner une bonne partie des 2.500 pages du rapport présentant la façon dont ce chantier hors-norme sera mené.

« Un échec complet », selon les écologistes

Pour achever le démantèlement de Brennilis, EDF prévoit d’envoyer des robots dans la « zone rouge » qui seront chargés de découper l’épaisse cuve de métal radioactive et de la stocker dans d’épais conteneurs. La matière sera ensuite évacuée vers l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs située dans l’Aube. Un chantier qui inquiète les opposants locaux, qui craignent de voir des matières dangereuses traverser la France. Les écologistes du conseil régional jugent ce chantier comme « un échec complet, que ce soit en termes de délais, de coût et de rejets dans l’environnement ». Les élus en profitent pour rappeler leur opposition à l’énergie nucléaire pourtant vantée par Emmanuel Macron et Jean Castex pour répondre aux enjeux climatiques de demain. Les écologistes critiquent « une forme d’entêtement de la part du gouvernement à vouloir poursuivre le développement de cette énergie du passé ».

L'enceinte réacteur de la centrale nucléaire de Brennilis et les turbines à combustion dépassent de la végétation des monts d'Arrée.
L'enceinte réacteur de la centrale nucléaire de Brennilis et les turbines à combustion dépassent de la végétation des monts d'Arrée. - C. Allain / 20 Minutes

Souvent critiquée pour la lenteur de son chantier, la direction de la centrale de Brennilis se retranche derrière la question de la sécurité. « On avait prévu 10 ans de travaux. Mais je n’ai pas peur d’annoncer qu’on en aura pour 17 ans. Ce chantier n’a jamais été réalisé ailleurs dans le monde. Nous savons que nous sommes observés, mais on ne va pas nous reprocher d’être prudents », nous expliquait son directeur Jean Cucciniello lors de notre visite du site l’an dernier. La piste la plus optimiste prévoit une fin de chantier en 2039. Soit cinquante-quatre ans après la fermeture de la centrale. « Qu’on ne me dise pas que l’énergie nucléaire coûte moins cher. Ce chantier montre combien c’est irrationnel », aime à rappeler Bernadette Lallouet, farouche opposante au nucléaire installée dans les Monts d’Arrée.