Présidentielle 2022 : Le coût du nucléaire ne fait-il « qu'augmenter » et celui du renouvelable « que baisser », comme l'affirme Jadot ?

FAKE OFF Alors que la COP26 vient de s'achever à Glasgow, la question de l'énergie et de la production d'électricité est très présente dans la campagne électorale

Alexis Orsini
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Yannick Jadot, le 13 novembre 2021, à Paris (illustration).
Yannick Jadot, le 13 novembre 2021, à Paris (illustration). — ISA HARSIN/SIPA
  • Invité de France Inter, lundi 15 novembre, Yannick Jadot a vanté les mérites économiques des énergies renouvelables.
  • Selon le candidat EELV à l'élection présidentielle de 2022, « les coûts du nucléaire ne font qu'augmenter quand les coûts des énergies renouvelables ne font que baisser ».
  • 20 Minutes s'est penché sur cette affirmation.

Quelle est la facture la plus élevée entre celle de l'énergie nucléaire et celle des énergies renouvelables ? Cette question s’est invitée sur le plateau de France Inter, lundi 15 novembre dans la matinée, lors d’un échange entre Léa Salamé et Yannick Jadot.

Après que la journaliste a cité l’une des conclusions du rapport du gestionnaire électrique RTE rendu en octobre, selon laquelle la construction de nouveaux réacteurs nucléaires revenait moins cher que d’investir dans le solaire et l’éolien, le candidat d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle a campé sur sa position : « Je vous invite à lire le document du gouvernement qui avait fuité dans la presse et qui disait que ces statistiques sur le nucléaire étaient tronquées et que le nucléaire, en réalité, coûte bien plus cher. » Et d’ajouter en référence aux nombreuses déconvenues de la contruction de l'EPR de Flamanville : « Quand vous avez un réacteur qui démarre à 3 milliards [d’euros] et qui finit à 20 milliards… »



Et Yannick Jadot d’ajouter : « Les coûts du nucléaire ne font qu’augmenter quand les coûts des énergies renouvelables ne font que baisser. A un moment donné, il faut regarder la réalité ! La réalité, c’est l’explosion des coûts du nucléaire et la baisse systématique des coûts des renouvelables. »

FAKE OFF

Comme l’affirme Yannick Jadot, un document de travail du gouvernement daté d’octobre 2021 et révélé par le média spécialisé Contexte fait état d’une hausse importante de la facture envisagée pour la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires.

« Entre début 2020 (date de remise des conclusions du premier audit commandé) et mars 2021, [le coût estimé de la construction des six réacteurs en projet] est passé de 46 milliards d’euros à une fourchette entre 52 et 57 milliards dans un scénario de "bonne maîtrise industrielle". Soit une hausse de 13 %, imputée par l’électricien [EDF] au génie civil et à la réalisation de l’îlot nucléaire et à "l’ampleur des travaux de préparation de site". Le coût atteint même 64 milliards dans un scénario "plus dégradé" », note ainsi Contexte. Une évolution qui suggère donc une augmentation du coût de l’électricité produite par le nucléaire.

Pour autant, le prix des énergies renouvelables suit-il vraiment une baisse considérable comparé à celui du nucléaire ? Dans son rapport de 2020 – le dernier en date – sur le coût de production de l’électricité, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dressait le constat suivant : « Les coûts nivelés de production électrique des énergies renouvelables diminuent et se révèlent de plus en plus souvent moins chers que les coûts liés aux combustibles fossiles. » Quid de l’atome ? « Le coût de l’électricité émanant de nouvelles centrales nucléaires reste stable mais l’électricité provenant de centrales fonctionnelles de longue date s’impose comme l’option la moins coûteuse pour la production d’électricité décarbonée. »

Une hausse attendue du coût des énergies renouvelables à cause de l’envolée des cours de matière premières

Dans le détail, l’AIE note que l’énergie solaire photovoltaïque « est en train de devenir l’option la moins chère dans la plupart des pays en matière de production d’électricité, ce qui devrait propulser les investissements dans les années à venir ». Et, surtout, que « le fonctionnement à long terme de centrales nucléaires existantes reste un investissement très compétitif d’électricité décarbonée » (p. 147 du rapport), tout en expliquant (p.149) la problématique majeure de ces installations.

« Une fois qu’une centrale nucléaire a été construite, les coûts sont faibles et stables. Cependant, lorsque l’échéance programmée de son existence se rapproche, les coûts d’investissement augmentent soudainement, les opérateurs réalisant des rénovations majeures pour étendre en toute sécurité la durée de vie de l’usine », détaille ainsi l’AIE.

Ce qui n’empêche pas d’observer la baisse flagrante du coût des énergies renouvelables sur la dernière décennie, comme le rappelait encore Le Figaro fin octobre 2021 : « En dix ans, le solaire a vu ses coûts baisser de plus de 80 %, l’éolien terrestre de 37 % (et l’offshore de 29 %). L’année dernière encore, grâce à la massification de la production d’éoliennes et de panneaux solaires, le prix moyen des nouveaux parcs photovoltaïques a baissé de 7 % dans le monde, et celui des champs d’éoliennes de 13 %. »

Une dynamique qui pourrait toutefois être contrariée dans les prochains mois, comme l’évoquait récemment Capgemini dans un rapport cité par Le Figaro : « L’envolée des cours des métaux nécessaires à la transition énergétique pourrait effacer une partie de la baisse des coûts enregistrés dans le solaire et l’éolien ces dix dernières années. »

En conclusion, les énergies renouvelables sont plus avantageuses économiquement dans le cadre de nouveaux investissements. Mais le coût de l’électricité produite par des centrales nucléaires déjà en fonctionnement reste moindre.