COP26 : Le « Pacte de Glasgow » largement critiqué pour ses faiblesses

« PILULE AMERE » L’accord adopté à Glasgow ne garantit pas de tenir l’objectif de contenir le réchauffement de la Terre à 1,5 °C, ni ne répond aux demandes d’aide des pays pauvres

20 Minutes avec AFP
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Des représentants de différents pays lors de la clôture de la COP26, à Glasgow le 13 novembre 2021.
Des représentants de différents pays lors de la clôture de la COP26, à Glasgow le 13 novembre 2021. — Alberto Pezzali/AP/SIPA
  • Les quelque 200 pays de la COP26 ont adopté samedi un accord pour accélérer la lutte contre le réchauffement de la planète.
  • Les ONG estiment que ce texte n’est pas assez ambitieux du fait d’un manque d’objectifs précis sur la limitation du réchauffement.
  • Le patron de l’ONU, Antonio Guterres a jugé que la « volonté politique » a manqué pour surmonter les « contradictions » entre pays.
  • Les critiques les plus directes sont venues de Greta Thunberg. Elle a qualifié la COP26 de simple « bla bla bla »

Certes la COP26 a accouché samedi à Glasgow d’un texte, mais c’est un accord en demi-teinte. Se doutant des critiques qui allaient fuser, le président britannique de cette conférence, Alok Sharma, s’est dit d’une voix émue et les larmes aux yeux « profondément désolé » pour ce dénouement, avant de l’entériner d’un coup de marteau.

L’accord adopté vise à accélérer la lutte contre le réchauffement de la planète, mais sans garantir de tenir l’objectif de le contenir à 1,5 °C ni répondre aux demandes d’aide des pays pauvres.

Pour Antonio Guterres, « ce n’est pas assez »

La conférence mondiale sur le climat a débouché sur « des pas en avant bienvenus, mais ce n’est pas assez », a estimé dans un communiqué le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Listant les objectifs « que nous n’avons pas atteints lors de cette conférence », il évoque notamment « la fin des subventions aux énergies fossiles, la sortie du charbon, mettre un prix sur le carbone » et l’aide financière aux pays les plus pauvres. « Les textes adoptés sont un compromis. […] Malheureusement la volonté politique collective n’a pas été suffisante pour surmonter de profondes contradictions ».

Le texte a en effet été adopté à l’issue de deux semaines de négociations éprouvantes, à l’image des changements de dernière minute, moins contraignants, introduits sur la question des énergies fossiles à la demande de la Chine et de l’Inde. Le premier ministre du pays hôte, Boris Johnson, qui s’était déplacé deux fois à Glasgow pour essayer de faciliter les discussions, a de son côté jugé que ce résultat constituait « un grand pas en avant » mais qu’il y avait « encore énormément à faire ». « Nous avons toujours su que Glasgow n’était pas la ligne d’arrivée », a, lui, commenté l’émissaire américain John Kerry.

Sur les températures, le texte appelle les Etats membres à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l’accord de Paris, et ce dès 2022. Mais avec la possibilité d’aménagements pour « circonstances nationales particulières », point qui a suscité les critiques des ONG.

Le compromis trouvé n’assure d’ailleurs pas le respect des objectifs de l’accord de Paris de 2015 : limiter le réchauffement « bien en deçà » de 2 °C et si possible à 1,5 °C. « C’est mou, c’est faible, et l’objectif de 1,5 °C est à peine en vie, mais il y a un signal sur la fin de l’ère du charbon. Et c’est important », a contesté Jennifer Morgan, patronne de Greenpeace International. Le texte est une « pilule amère à avaler », a pour sa part regretté la représentante du Liechtenstein, résumant de nombreuses interventions de délégués.

« Bla bla bla »

Le dossier explosif de l’aide aux pays pauvres n’a en outre pas trouvé de résolution. Echaudés par la promesse toujours non tenue des plus riches de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards de dollars par an, les pays pauvres, les moins responsables du réchauffement mais en première ligne face à ses impacts, demandaient un financement spécifique des « pertes et préjudices » qu’ils subissent déjà. Mais les pays développés, au premier rang desquels les Etats-Unis, qui redoutent de possibles conséquences juridiques, s’y sont fermement opposés.

Et à contrecœur, les pays pauvres ont cédé, afin de ne pas perdre les avancées sur la lutte contre le réchauffement, tout en se disant « extrêmement déçus ». « C’est une insulte aux millions de personnes dont les vies sont ravagées par la crise climatique », a commenté Teresa Anderson, de l’ONG ActionAid International. L’égérie du mouvement mondial des jeunes pour le climat, Greta Thunberg, a été plus lapidaire, qualifiant une nouvelle fois la COP26 de simple « bla bla bla ».