Réchauffement climatique : Des milliers de milliards de dollars nécessaires aux pays pauvres pour s’adapter

ENVIRONNEMENT Les experts du Giec ont réévalué le véritable coût nécessaire p our aider les nations vulnérables à affronter la multiplication des sécheresses, des inondations ou des canicules liées au changement climatique

M.F avec AFP
— 
Une fillette joue sur le port innondé de Muara Angke à Jakarta, en Indonésie, le mardi 9 novembre 2021. L'élévation du niveau de la mer et l'affaissement rapide des terres en raison de la surexploitation des eaux souterraines ont fait couler la capitale à une moyenne de 10 centimètres par an, ce qui en fait l'une des villes qui coulent le plus rapidement au monde.
Une fillette joue sur le port innondé de Muara Angke à Jakarta, en Indonésie, le mardi 9 novembre 2021. L'élévation du niveau de la mer et l'affaissement rapide des terres en raison de la surexploitation des eaux souterraines ont fait couler la capitale à une moyenne de 10 centimètres par an, ce qui en fait l'une des villes qui coulent le plus rapidement au monde. — Tatan Syuflana/AP/SIPA

Alors que les pays riches ne parviennent pas à tenir leur promesse de porter à 100 milliards de dollars par an leur aide climatique aux pays pauvres, les experts de l’ONU estiment qu’il faudra en réalité dépenser bien plus « qu’estimé précédemment », pour s’adapter aux impacts ravageurs du réchauffement de la planète.

« Les dispositions existantes pour financer l’adaptation sont inadéquates face à l’ampleur anticipée des impacts climatiques », tels que la multiplication des sécheresses, des inondations ou des canicules, affirme le projet de rapport de 4.000 pages des experts du Giec, qui doit être publié début 2022.

Jusqu’à 1.000 milliards de dollars annuels

La planète a gagné environ 1,1°C depuis l’ère pré-industrielle, entraînant déjà une multiplication des événements météorologiques extrêmes. Et en l’état actuel des engagements des gouvernements, le monde se dirige vers un réchauffement dépassant les objectifs de l’accord de Paris de limiter cette hausse de température « bien en deçà » de 2°C, si possible 1,5°C. Or, plus la température s’élève, plus les coûts pour protéger la société augmentent, met en garde le Giec.

Selon le projet de rapport, d’ici 2050, les financements nécessaires pour l’adaptation pourraient ainsi atteindre 1.000 milliards de dollars par an dans certains scénarios d’émissions. Dans un monde à +2°C, les coûts d’adaptation pour l’Afrique seule pourraient augmenter de « dizaines de milliards » chaque année.

La promesse des 100 milliards « complètement dépassée »

Cette promesse des 100 milliards annuels destinés à la fois à aider les pays à réduire leurs émissions et à s’adapter aux impacts du réchauffement semblait significative en 2009. Elle « est complètement dépassée », par la science et par la réalité sur le terrain, indique Rachel Cleetus, économiste du groupe Union of Concerned Scientists. « Quand on parle de finance pour après 2025, il faut que ce soit en milliers de milliards ».

« L’adaptation est un énorme angle mort dans l’urgence climatique », poursuit Mohamed Adow, du groupe de réflexion Power Shift Africa. Le besoin urgent de se protéger des impacts des dérèglements climatiques, qui seront majeurs même avec +1,5°C, est largement mis en lumière par le projet de rapport du Giec qui anticipe aussi les coûts des dégâts pour chaque secteur de la société.

Le niveau de l’océan pourrait augmenter deux fois plus

A Guangzhou, dans le sud de la Chine, avec une hausse supplémentaire de 20 cm du niveau de la mer, les dommages pourraient ainsi dépasser 250 milliards chaque année, sans mesures d’adaptation comme par exemple des infrastructures anti-submersion. Mais dans un monde à +2°C, le niveau de l’océan devrait y augmenter deux fois plus. D’autres villes côtières comme Bombay pourraient être victimes de catastrophes d’une ampleur similaire.

En moyenne, les inondations déplaceront 2,7 millions de personnes chaque année en Afrique d’ici le milieu du siècle, les récoltes diminueront en quantité et en qualité, augmentant les risques de malnutrition généralisée, les canicules pèseront sur les systèmes de santé.

Investir dans l’adaptation climatique pour éviter de futurs coûts

Alors financer l’adaptation est comme un investissement pour éviter de futurs coûts, selon le projet de rapport. Par exemple, dépenser 1.800 milliards de dollars dans les dix ans qui viennent pour déployer des systèmes d’alerte précoces, des infrastructures et une agriculture résistante, pour restaurer les mangroves et améliorer l’accès à l’eau « peut générer un bénéfice net de 7.200 milliards ». « Investir dans l’adaptation climatique, c’est un peu comme s’assurer contre un événement qui va forcément se produire », commente Brian O’Callaghan, chercheur à l’université d’Oxford.

Il y a quelques jours, le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) a estimé que les besoins pour financer l’adaptation pourraient monter jusqu’à 300 milliards par an en 2030, et 500 milliards d’ici 2050. Pendant la COP26, le groupe Afrique, soutenu par des économies émergentes comme la Chine et l’Inde, a appelé les pays développés à mobiliser au moins 650 milliards par an juste pour l’adaptation, à partir de 2030.

En parallèle, Fidji et d’autres Etats insulaires ont proposé un plancher deux fois plus faible mais à partir de 2025, indique son ministre de l’Economie et du Changement climatique Aiyaz Sayed-Khaiyum, appelant les pays riches à reconnaître l’urgence. « Quand on bâtit une maison, on ne peut pas construire un seul mur par décennie, et espérer qu’elle serve d’abri. Nous avons besoin d’un abri maintenant ».