COP26 : A quelques heures du gong, qu’attendre de la décision finale du sommet de Glasgow ?

NEGOCIATION CLIMAT La COP26 a officiellement pris fin vendredi soir mais la déclaration finale est toujours en cours de négociation. On vous en présente les principaux enjeux

Fabrice Pouliquen
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Vue générale de l'Action Hub, l'une des nombreuses places de cette COP26 de Glasgow qui doit prendre fin, normalement, ce vendredi soir.
Vue générale de l'Action Hub, l'une des nombreuses places de cette COP26 de Glasgow qui doit prendre fin, normalement, ce vendredi soir. — F.Pouliquen/ 20 Minutes
  • Ouverte le 31 octobre, la COP26 joue les prolongations ce samedi, comme beaucoup d’autres COP avant elle.
  • Avant la tombée de rideau, les 197 pays parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique doivent se mettre d’accord sur les textes de décisions finales qui récapitulent ce à quoi ils se sont engagés à Glasgow.
  • Un joli casse-tête où chaque mot peut être sujet à une bataille diplomatique. Une nouvelle version des textes a été publiée ce samedi matin. Finance climat, mention ou pas des énergies fossiles, relève de l’ambition... En voici les principaux enjeux.

Edit : Article mis à jour samedi 13 novembre après la publication d'une troisième version de la déclaration finale

A la COP26 de Glasgow

Comme prévu, la COP26 joue les prolongations, comme la majorité de ces sommets de l'ONU sur le climat avant elle.​ Mais, en théorie, le rideau est tombé vendredi soir sur le Scottish Event Campus de Glasgow, après quinze jours intenses de négociations entre les 197 pays membres de la Convention-cadre des nations unies sur les changements climatiques (Cnucc).

Cette COP26 a été présentée comme la plus importante depuis celle de Paris – la COP21 – en 2015. D’abord pour une histoire de calendrier, puisqu’elle ouvre une décennie 2020 annoncée comme décisive en vue de garder la trajectoire de réchauffement climatique sous les 2°C, voire sous les 1,5°C dans l’idéal, par rapport à l’ère préindustrielle. C’est l’engagement pris par les 191 Etats à avoir ratifié à ce jour l’accord de Paris sur le climat. L’engagement aussi que presse de tenir le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), dans ses rapports, pour ne pas s’exposer à une augmentation en intensité et en nombre, à l’avenir, des phénomènes climatiques extrêmes.

Mieux vaut-il donc réussir le virage à Glasgow. Le succès ou non de cette COP26 ne se mesurera pas tant dans le florilège d’initiatives et coalitions lancées en Ecosse. Mais bien dans ce que contiendra « la décision finale » de cette COP26, sur laquelle travaillent en coulisse, depuis quinze jours, les 197 Etats représentés à la COP. Cet ultime document doit reprendre l’ensemble des points sur lesquels les parties sont tombées d’accord. Et sur lesquels, donc, ils sont s’engagent. C’est toute la complexité et toute la force de cette décision finale : elle doit obtenir l’assentiment des 197 parties prenantes. De premiers brouillons ont déjà été publiés ces derniers jours par la présidence britannique. La dernière version ce samedi matin… Petit tour d’horizon des principaux enjeux.

Une mention des énergies fossiles ?

Ce serait la première fois dans l’histoire des COP qu’une décision finale mentionne les énergies fossiles (charbon, gaz naturel, pétrole), principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. La première version publiée mercredi y consacrait un court paragraphe, dans le chapitre « atténuation ». La conférence des parties y appelait les pays « à accélérer la suppression progressive du charbon et des subventions aux combustibles fossiles ». Un paragraphe qui avait de fortes chances d’être attaqué par les pays dont les économies reposent toujours sur ces énergies fossiles.

La version publiée samedi garde cette mention aux énergies fossiles, « mais le texte a été amoindri par l’ajout de deux termes par rapport à mercredi, regrette Armelle Le Comte, responsable du plaidoyer climat et énergie chez Oxfam France. Il n’invite plus les pays qu’à faire une croix sur les projets charbonniers qui se font sans  capture et stockage de carbone (CCS) [récupération de CO2 dans les fumées relâchées par ces sites charbonniers]. Il n’invite plus non plus à mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles quelles qu’elles soient, mais seulement à celles "inefficaces", terme rajouté dans le texte. »

Une relève de l’ambition imposée dès 2022 ?

On parle ici, principalement, des Contributions nationales déterminées (CDN) que doivent déposer les pays sur la table et dans laquelle ils font figurer leurs objectifs et plans d’action pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Les 191 Etats à avoir ratifié l’accord de Paris devaient théoriquement arriver à Glasgow avec une nouvelle NDC, pour ceux qui n’en avaient encore jamais soumis, et révisées à la hausse pour ceux qui avaient déjà soumis une première copie en 2015. Cent-cinquante-et-une copies ont été rendues à ce jour. Il en manque donc. Surtout, à quelques jours de l’ouverture de la COP26, le Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE) avait alerté sur le manque d’ambition globale des CDN déposées, loin de nous mener sur une trajectoire de 1.5°C.

Dans le projet de déclaration finale, la Conférence des parties demande [« requests »] aux pays de revoir et renforcer leurs objectifs 2030 dans leurs CDN d’ici la fin 2022 pour les aligner avec ceux de l’accord de Paris. Plutôt positif ? « La formulation doit être plus forte et engager véritablement les pays à revenir avec de nouvelles CDN à la COP27 », estime Armelle Le Comte.

Des références plus explicites au 1.5°C ?

Pour rappel, l’accord de Paris appelle les pays à limiter le réchauffement climatique sous les 2°C et à faire des efforts pour atteindre les 1,5°C. Depuis 2015, toute une série de rapports (dont celui publié en août par le Giec est le dernier en date) soulignent la nécessité de poursuivre résolument l’objectif des 1,5°. Un message qui commence à passer au sein des pays ? « Plusieurs textes de la décision finale s’appuient explicitement sur ces rapports et pressent les parties à ne pas se contenter des 2°C, se félicitait mercredi, Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

L’un des paragraphes du chapitre « atténuation » reconnaissait ainsi, dans la version de mercredi, que limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici 2100 nécessite des réductions rapides, profondes et durables des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans la nouvelle version, la mention « d’ici 2100 » a disparu. Et c’est une bonne nouvelle. Cette suppression « ferme la porte à l’acceptation d’un dépassement temporaire d’une trajectoire de réchauffement climatique à + de 1,5°C au cours du siècle, commente, sur Twitter, Lola Vallejo. Il met aussi un peu plus l’accent sur le besoin de réductions importantes des émissions dès cette décennie. »

Le pardon des pays riches sur les 100 milliards

Ce fut l’un des sujets majeurs de cette COP26 : la finance climat. Les pays du nord avaient promis en 2009 d’octroyer 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (atténuation) et à s’adapter au changement climatique (adaptation). Une promesse non tenue et qui crispe les relations Nord-Sud à Glasgow.

Selon le dernier décompte de l’OCDE, mi-septembre, nous en étions à 79 milliards de dollars mobilisés en 2019 [dont une bonne part sous forme de prêts]. Dans les textes actuels de la décision finale, la Conférence des parties « note avec un profond regret » que cet objectif n’a pas été atteint et « presse les pays développés à offrir un soutien accru ». « Ça va un petit peu plus loin que la version de mercredi, fait remarquer Armelle Le Comte. De "noter avec regret", on est passé à "noter avec profond regret". » Subtil. « En revanche, les pays ne s’engagent toujours pas, pour l’instant, à compenser chaque année de retard alors qu’on sait désormais que ce montant de 100 milliards ne sera pas atteint avant 2023 », reprend Armelle Le Comte.

Se pose aussi le problème de la répartition des 80 milliards de dollars aujourd’hui mobilisés. Seuls 25 % (20 milliards donc) est fléché vers l’adaptation, quand l’accord de Paris prévoyait un équilibre entre la réduction et l’adaptation. Point que rappellent régulièrement les pays du Sud. L’un des paragraphes actuels de la décision finale exhorte les pays développés à au moins doubler, d’ici 2025, la part des financements qu’ils allouent aujourd’hui à l’adaptation. « On passerait ainsi de 20 à 40 milliards en 2025, date à laquelle on devra atteindre les 100 milliards de dollars mobilisés par an, note Armelle Le Comte. On ne serait donc toujours pas au 50-50. »