Montpellier : Le largage par drones de mâles stériles, l’arme fatale contre le moustique tigre ?

PIQUANT Pour la première fois en métropole, des mâles stériles ont été largués depuis des drones, près de Montpellier, pour lutter contre la prolifération du moustique tigre

Jérôme Diesnis
— 
Le drone a été spécialement adapté pour larguer des milliers de moustiques mâles stériles.
Le drone a été spécialement adapté pour larguer des milliers de moustiques mâles stériles. — J. Diesnis / Agence Maxele Presse
  • Plus de 40.000 moustiques mâles (seules les femelles piquent, le sang servant à nourrir leurs œufs), ont été largués sur la commune de Prades-le-Lez après avoir été préalablement stérilisés par rayon gamma.
  • L’objet de l’expérience était de déterminer s’il est possible de lâcher des moustiques avec efficacité. Les résultats sont très encourageants.
  • Néanmoins, « nous ne sommes pas du tout en phase opérationnelle. Avant d’envisager un processus à grande échelle, d’autres étapes devront être validées », précisent les scientifiques de l’EID et du Cirad.

La lutte contre le moustique tigre, véritable fléau dans un grand sud de la France, passera peut-être ces prochaines années par des largages massifs, par drone, de moustiques mâles stériles. Après des premiers essais sur l’île de la Réunion, la technique a été utilisée pour la première fois en France métropolitaine, cet été, près de Montpellier. « Et les résultats sont très intéressants », note Charles Jeannin, entomologiste à l’EID (Entente interdépartementale de démoustication) Méditerranée.

A trois reprises un drone spécialement adapté a déversé un total de 40.000 moustiques sur la commune de Prades-le-Lez. Ces moustiques mâles, qui ne piquent pas (seules les femelles le font, le sang servant à nourrir leurs œufs), ont été préalablement stérilisés par rayon gamma et marqués d’une poudre fluorescente afin de les différencier, ensuite, des moustiques sauvages.

Loin d’être en phase opérationnelle

A terre, 30 pièges pondoirs ont récolté 90.000 œufs afin de déterminer leur taux d’éclosion en laboratoire, tandis que des pièges olfactifs capturaient 32.500 moustiques. Entre 2,5 à 5,4 % d’entre eux étaient des moustiques stériles. Un chiffre jugé très prometteur par les scientifiques, qui cherchaient à connaître leur capacité de survie.

Quant au taux d’éclosion, il a diminué à 83 % (contre 95 % avant les lâchers), un chiffre encore informel. Car l’expérimentation, financée par l’Europe et pilotée par le Cirad, avait un autre but : « déterminer s’il est possible de lâcher des moustiques avec efficacité, précise Bruno Tourre, directeur général de l’EID. Jusqu’à présent ça fonctionne. Mais nous ne sommes pas du tout en phase opérationnelle. Avant d’envisager un processus à grande échelle, d’autres étapes devront être validées.  »

Pour être efficace, il faut dix moustiques mâles pour un sauvage

Comme le financement des coûts de production industriels pour la production de moustiques stériles à grande échelle. Dans le cadre de cette expérience, les moustiques ont été stérilisés en Italie et acheminés par avion jusqu’à Montpellier.

Les retours d’expériences menées en différents points du globe concernent essentiellement la dissémation de moustiques stériles depuis le sol (ce qui demande des ressources humaines beaucoup plus importantes qu’un largage par drone). Pour avoir un impact significatif sur la fertilisation des œufs, les moustiques mâles stériles doivent être dix fois plus nombreux que les moustiques sauvages.

Pas une solution miracle

Même s’il était validé à terme, le procédé ne viendrait qu’en complément d’un geste essentiel : le moustique tigre naît et se reproduit dans nos jardins. Les larves se développent dans les points d’eau: vider et ranger tout objet pouvant leur servir de nid est indispensable. « Le largage de mâles stériles par drone ne sera pas une solution miracle », prévient la communauté scientifique.

En plus de son effet de nuisance, le moustique tigre, espèce invasive venue d’Asie du sud-est, peut transmettre la dengue, le chikungunya et le Zika.