Nantes : Avec Switch Eat, la vaisselle ne se jette plus, elle se mange

ETONNANT Tasses, assiettes, bols, cuillères, pailles… La société nantaise Switch Eat s’est spécialisée dans la vente de vaisselle comestible. Une alternative « fun et écologique » aux déchets plastiques

Frédéric Brenon
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Des produits distribués par la marque Switch Eat.
Des produits distribués par la marque Switch Eat. — Switch Eat
  • Switch Eat revend depuis 2019 des couverts et contenants comestibles et compostables.
  • La vaisselle comestible est conçue à partir de fibres végétales ou de sucre. Elle se décline en version aromatisées.
  • Les bars et restaurants sont les principaux clients de l'entreprise.

« Chez nous, l’expression "finis ton assiette" prend vraiment tout son sens », s’amuse Morgane Jarny. Avec son compère Thomas Launay, cette entrepreneuse nantaise a fondé il y a deux ans Switch Eat : la première marque française spécialisée dans la vaisselle comestible. Assiettes, bols, barquettes, coupelles, tasses, cuillères, pailles… Une gamme complète de contenants et couverts « à croquer » est vendue en ligne. Une alternative « fun et écologique » à la vaisselle jetable, aux déchets plastiques en particulier.

« On a commencé par la paille en sucre glace compacté, elle reste d’ailleurs aujourd’hui encore notre principal succès, raconte Morgane Jarny. Les restaurateurs et patrons de bars cherchaient une solution pour remplacer les pailles en plastique qui allaient être interdites, sachant que les modèles en papier, en bambou ou en inox présentent tous des inconvénients. Notre paille en sucre résiste 45 minutes au contact d’un liquide froid et se décline en huit couleurs et saveurs différentes. C’est une manière très appréciée d’accompagner un cocktail ou une boisson d’enfants. »

Bientôt un site de production français

D’autres produits, élaborés à base de pomme déshydratée, de fécule de pomme de terre ou de fibres végétales, sont venus s’ajouter. Leurs propriétés sont parfois étonnantes, comme ces barquettes utilisables après un passage au four à 230°C ou ces tasses capables de « retenir 30 minutes un café brûlant » avant de se désagréger. Le goût, lui, n’est pas forcément fameux lorsque la base n’est pas sucrée. « C’est un peu fade, ça fait penser à une hostie », reconnaît Morgane Jarny. Mais cette neutralité permet d’accompagner un « maximum de recettes » et la plupart des produits existent en versions aromatisées. « Si on ne mange pas le produit, il est compostable dans le jardin, il est entièrement biodégradable et sans danger pour les animaux », précise l’ancienne commerciale dans l’industrie pharmaceutique.

En 2022, des gobelets réalisés à partir de drêche de bière feront leur apparition. Comme le reste de la gamme, ils seront importés de l’étranger (Belgique, Espagne, Allemagne) où des partenariats ont été noués avec des fabricants spécialisés. Pour quelques mois seulement car Switch Eat a commandé des moules et machines afin d’installer à Vertou, en banlieue nantaise, un site de production.

Surtout auprès des professionnels

Il faut dire que la formule, dont le démarrage a été ralenti par la crise sanitaire, commence à trouver son public. « On dénombre aujourd’hui 600 clients, en grande majorité des professionnels : des bars, des restaurants, des discothèques, beaucoup de traiteurs… La vaisselle comestible leur permet de s’engager en faveur de l’environnement tout en apportant une expérience originale aux clients. C’est aussi un support créatif pour les cuisiniers. » Les particuliers, eux, pèsent aujourd’hui 20 % des ventes (mariage, anniversaire, pique-nique…), en attendant une mise en rayon des produits Switch Eat dans certaines boutiques physiques spécialisées, à partir du printemps 2022.

Morgane Jarny et Thomas Launay, cofondateurs de Switch Eat.
Morgane Jarny et Thomas Launay, cofondateurs de Switch Eat. - Switch Eat

En fait, la seule véritable réticence semble être « le prix ». Comptez 45 euros les 200 pailles, 15 euros les six assiettes ou encore 16 euros les 20 cuillères pour des particuliers. Pour les professionnels, les tarifs sont un peu inférieurs. « C’est la création d’un nouveau marché donc il faut sans cesse convaincre, même si les retours sont très encourageants. La cuiller comestible peut facilement remplacer le gâteau ou le chocolat qui accompagne le café, par exemple. »

Convaincu par le potentiel « très important », Switch Eat envisage une hausse de chiffre d’affaires annuelle « d’au moins 20 %-25 % » et des recrutements en conséquence. En parallèle, Morgane Jarny et Thomas Launay, qui ont eu le « déclic » en observant les ravages du plastique dans les océans, travaillent à un autre projet qui leur « tient à cœur » : commercialiser une matière comestible « pop et fun » à base d’algues marines pour des « contenants, voire plus ».