Méditerranée : On sait pourquoi les sardines sont atteintes de nanisme

ENVIRONNEMENT L’Ifremer a déterminé pourquoi les sardines de Méditerranée souffrent de nanisme. L’origine du problème est liée à une alimentation dégradée

Jérôme Diesnis
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Plusieurs centaines de sardines ont été prélevées en mer avec l'aide des pêcheurs professionnels.
Plusieurs centaines de sardines ont été prélevées en mer avec l'aide des pêcheurs professionnels. — Ifremer
  • Perte de taille conséquente, chute de la biomasse, les sardines inquiètent depuis des années en Méditerranée.
  • Le petit pélagique tient une place importante dans la chaîne alimentaire et pour la filière économique de la pêche.
  • L’Ifremer a déterminé que la baisse du nombre et de la qualité du plancton, liée notamment au réchauffement climatique, est à l’origine de ce changement de métabolisme.

Le phénomène inquiète la filière depuis des années. La taille de sardines a fortement diminué en Méditerranée au cours des dernières années, passant en moyenne de 15 à 11 cm. Et la proportion est pire encore en termes de poids, puisque la biomasse de ces petits pélagiques a chuté de 30 à 10 grammes en moyenne.

Après plusieurs années de recherche, l’Ifremer a confirmé l’hypothèse émise au cours des dernières années. « Ce n’est ni la pêche, ni les prédateurs naturels [thon ou dauphin], ni un virus qui en est la cause, mais leur alimentation, souligne l’institut. Le plancton est moins nourrissant, ce qui vient d’être confirmé par les résultats du projet scientifique Mona Lisa. »

Chute de 15% de la quantité de micro-algues

Le souci a été identifié. Il est situé à la base de la chaîne alimentaire. « Les images par satellite montrent clairement une baisse de la quantité de micro-algues au milieu des années 2000, allant jusqu’à 15%. C’est-à-dire au moment où on commençait à observer la baisse de taille des sardines », précise Jean-Marc Fromentin, chercheur à l’Ifremer, à Sète.

Des micro-algues moins nombreuses, un plancton plus petit et moins énergétique. Le problème se répercute à chaque niveau de la chaîne. Leur origine provient très certainement de changements environnementaux régionaux importants et notamment l’augmentation globale de la température de 0,5°C en 30 ans en moyenne en lien avec le changement climatique.

Pour démontrer la corrélation entre le changement d’alimentation et celle du métabolisme de la sardine, l’Ifremer a mené une expérience avec 450 de ces poissons dans la station expérimentale de Palavas-les-Flots, près de Montpellier. Ils ont été répartis en quatre groupes, avec comme variable la taille et la quantité des aliments. Les poissons nourris avec des proies de même taille et même quantité que par le passé ont retrouvé leur taille d’avant 2008.

Des sardines plus petites, un problème de taille pour les pêcheurs

« Avec des aliments de petite taille, la sardine consomme ses proies en mode « filtration » au travers de ses branchies, ce qui implique une nage soutenue pendant une assez longue période, détaille l’Ifremer. Avec des aliments de grande taille, la sardine gobe ses proies une par une, ce qui requiert un temps de nage soutenue bien moins long et donc une moindre dépense d’énergie. »

La filière connaît désormais l’origine du problème. Mais ce défaut dans la chaîne trophique a des conséquences très inquiétante pour les professionnels. Ils se retrouvent confrontés à l'absence de débouchés pour écouler ces prises plus petites.