Eoliennes : Gare aux conclusions de ce message partagé des milliers de fois sur Facebook

FAKE OFF Un témoignage anonyme d’une « agriculture bio » met en garde contre le coût exorbitant du démantèlement d’éoliennes et affirme à tort qu’il serait supporté par des particuliers

Mathilde Cousin
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Des éoliennes dans l'Aisne, le 29 octobre.
Des éoliennes dans l'Aisne, le 29 octobre. — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • Relayé des milliers de fois sur Facebook, un témoignage anonyme d’une « agriculture bio » met en garde contre le coût exorbitant du démantèlement d’éoliennes et affirme à tort que ce coût serait supporté par des particuliers.
  • Le paiement du démantèlement revient en fait à l’exploitant de l’éolienne, expliquent à 20 Minutes deux spécialistes en droit public.
  • Les exploitants ont l’obligation de prévoir 50.000 euros pour démanteler une éolienne. Si le coût s’avère plus élevé, il peut être financé par le recyclage des composants de l’installation.

S’appuyer sur l'énergie éolienne, une fausse bonne idée alors que la France a pour objectif d'atteindre la neutralité carbone en 2050 ? C’est le sens d’un long post Facebook, qui met en garde les personnes qui voudraient louer des terrains pour y faire installer des éoliennes. Ce post alerte sur le coût du démantèlement de ces installations, qui reviendraient à la charge du propriétaire du terrain, et non à l’entreprise qui les installe.

L’auteur anonyme du post avance que le coût du démantèlement d’une éolienne « de 80 m de haut » serait de 450.000 euros, un montant bien supérieur aux 50.000 euros que doit légalement prévoir le constructeur pour le démantèlement d’une éolienne de 2 MW. L’auteur ajoute que ce reste à charge revient « au propriétaire du terrain » et que, si celui-ci ne peut pas payer, « l’Etat se retourne contre le propriétaire, puis contre la commune ». Le reste à charge reviendrait donc, in fine, aux communes, y compris aux plus petites, qui ne pourraient pas supporter une telle charge.

Ce message, publié en août 2020, a été partagé plus de 37.000 fois et continue à circuler, plus d’un an après sa publication. Il aurait été écrit par une agricultrice bio auvergnate, sans qu’on connaisse ni son nom ni la commune où elle serait installée. Il circulait déjà sur Internet en 2019. 20 Minutes passe en revue ces affirmations.

FAKE OFF

« Il y a beaucoup d’éléments qui sont faux dans ce qui est allégué, surtout le fait que le démantèlement pourrait être à la charge du propriétaire du terrain, voir de ses enfants », avancent auprès de 20 Minutes Louis de Fontenelle et Jean Gourdou, respectivement maître de conférences et professeur de droit public à l’université de Pau.

Le démantèlement d’une éolienne ou d’un parc éolien « est à la charge de l’exploitant », et « en aucun cas » ne peut être « mis à la charge du propriétaire du terrain, de l’exploitant de la parcelle ou de la commune », rappellent ces spécialistes, qui travaillent sur les transitions énergétiques.

La loi oblige l’exploitant à prévoir un montant minimum pour le démantèlement

Le Code de l’environnement prévoit bien que ce soit l’exploitant du site, ou, s’il fait défaut, la société mère, qui soient responsables « du démantèlement et de la remise en état du site ».

Pour supporter le coût du démantèlement, l’exploitant du site doit provisionner 50.000 euros pour chaque éolienne de 2 MW, ainsi que 10.000 euros par MW complémentaire, détaillent Louis de Fontenelle et Jean Gourdou. Ces sommes sont consignées afin de pouvoir être mobilisées au moment de l’arrêt de l’exploitation.

Des opérateurs vont plus loin que la loi pour avoir l’adhésion des habitants

Par ailleurs, l’Etat s’assure que l’exploitant est en mesure de fournir ces sommes : « Cela fait partie des critères obligatoirement pris en compte par l’administration avant d’autoriser l’installation d’un parc éolien », nous indique le ministère de la Transition écologique.

Pour surmonter d’éventuelles oppositions des riverains, les exploitants vont parfois prévoir plus d’argent que ce que ne prévoit la loi, notent Louis de Fontenelle et Jean Gourdou : « La plupart du temps, les opérateurs eux-mêmes vont plus loin que les dispositions législatives pour favoriser l’appropriation territoriale du projet. »

Ces montants sont-ils suffisants ? Démanteler une éolienne coûte entre 30.000 et 120.000 euros, avait indiqué en 2019 Charles Lhermitte, alors vice-président de France énergie éolienne, lors d’une audition à l’Assemblée nationale. On est loin, donc, des 450.000 euros avancés dans le message viral.

Si le coût du démantèlement dépasse les 50.000 euros, le montant restant est « largement financé » par le recyclage de plusieurs composants de l’éolienne, rapportent Louis de Fontenelle et Jean Gourdou. Ces matériaux « sont valorisables et vont rapporter de l’argent lors de leur vente », ajoutent les chercheurs. Et d’énumérer : « cela peut être du cuivre, de l’acier… »

Enfin, une dernière possibilité pour un site en fin d’exploitation est « le repowering, c’est-à-dire la reprise d’un site pour repartir sur un cycle de plusieurs années de production éolienne. » Cette reprise s’accompagne d’un changement de matériel.

Méfiance, donc, sur le contenu de ce message viral sur Facebook. Les deux chercheurs y voient « une stratégie de communication antiéolien. » Ce message « soulève une problématique plus générale, qui est celle de l’appropriation territoriale de l’éolien ». Les spécialistes notent « qu’il y a [dans l’éolien], plus que dans d’autres secteurs d’ailleurs, des collectifs citoyens qui se structurent et qui utilisent divers arguments, parfois fallacieux, pour contrer un projet ». Des oppositions qui se transposent aussi sur Internet.