Nouvelle-Aquitaine : Face à l’érosion, les communes du littoral veulent accélérer leurs stratégies de défense

ENVIRONNEMENT Alors que la côte recule déjà de 2 m par an, dans l’ex-Aquitaine, le phénomène d’érosion pourrait s’accélérer en raison du réchauffement climatique, d’ici à 2050

Mickaël Bosredon
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Travaux de restauration des dunes, sur la plage centrale de Lacanau.
Travaux de restauration des dunes, sur la plage centrale de Lacanau. — SEBASTIEN ORTOLA
  • L’érosion du littoral sur les côtes de l’ex-Aquitaine, est avant tout un phénomène géologique qui remonte à la fin de la dernière ère glaciaire, rappelle l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine.
  • De nouveaux phénomènes climatiques, notamment les tempêtes hivernales, pourraient toutefois accélérer cette tendance d’ici à 2050.
  • Plusieurs stratégies se mettent en place sur le littoral pour tenter d’y remédier, mais les élus estiment manquer de financement.

Quelle stratégie, et quels moyens mettre en œuvre contre l’érosion côtière en Nouvelle-Aquitaine ?  A l'heure de la COP26, élus et scientifiques régionaux sont dans l’expectative, alors que les modélisations promettent une accélération de cette érosion ces prochaines années, en raison notamment du réchauffement climatique. « C’est le calme avant la tempête », estime ainsi Nicolas Castay, directeur du GIP (Groupement d'intérêt public) Littoral Nouvelle-Aquitaine.

Ingénieur de recherche en risques côtiers pour l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine et le BRGM (Bureau de recherche géologique et minière), Alexandre Nicolae Lerma tient à rappeler que le phénomène d’érosion sur la côte atlantique est « avant tout un phénomène géologique ». « L’érosion de la côte remonte à la fin de la dernière ère glaciaire, il y a environ dix-huit mille ans. Depuis, les cours d’eau charrient moins de sédiments et les apports de sable se réduisent progressivement. »

« Des situations très problématiques dans le Nord-Médoc »

Dans un mouvement de renouvellement perpétuel, le sable charrié par les cours d’eau arrive au niveau de l’estuaire de la Gironde, et descend le long des 230 km de côte vers le sud du golfe de Gascogne, jusqu’au canyon sous-marin de Capbreton où il est « aspiré ». « Or, la source en provenance des massifs montagneux se tarit, et, par conséquent, le stock de sable sur la côte diminue, c’est ce qui génère l’érosion, la Gironde étant en première ligne » poursuit l'ingénieur.

La Gironde pourrait être, ces prochaines années, le département hexagonal le plus touché par l’érosion. « Dans le Nord-Médoc [de Lacanau au Verdon-sur-mer], on connaît des situations très problématiques, avec des reculs du trait de côte de 5 m par an, jusqu’à 10 m lors de certains hivers », alerte Alexandre Nicolae Lerma. En moyenne, le recul est de l’ordre de 2,5 m par an sur la côte girondine, et de 1,7 m sur celle des Landes.

Près de 6.000 logements menacés

A ce phénomène naturel, « il faut ajouter les activités humaines, comme l’installation de barrages sur les cours d’eau qui réduit la circulation des sédiments » poursuit l’ingénieur. Si les effets du réchauffement climatique sur l'érosion sont encore difficilement quantifiables, « les tempêtes hivernales qui s’intensifient, et l’élévation du niveau de la mer qui viendra probablement agresser la dune un peu plus haut d’ici à 2050 » sont autant de signes précurseurs « qui nous laissent penser que nous allons vers une accélération de l’érosion ».

A l’échelle de l’ex-Aquitaine, 5.800 logements sont à ce jour menacés par le recul du trait de côte à l’horizon 2050, « si l’on ne prend pas en compte les ouvrages de protection ou les politiques de préservation, et 580 si on les prend en compte », explique Nicolas Castay. Le GIP Littoral coordonne ainsi dix plans locaux de gestion de la bande côtière dans la région, dont le but est justement de protéger les bâtiments en première ligne et tenter de ralentir les effets de l'érosion.

Rechargements en sable

La communauté de communes des Grands lacs, dans les Landes, a établi sa stratégie en 2018, qui repose sur trois piliers : « L’accompagnement des processus naturels, la lutte active douce [c’est-à-dire le rechargement des plages en sable] et l’étude de relocalisation de trois biens qui sont en première ligne à Biscarosse, le Grand Hôtel de la plage et deux villas jumelles [découpées en appartements], menacés à relativement court terme », présente Vincent Bawedin, chargé de mission pour la gestion du trait de côte à la communauté de communes.

La collectivité effectue des rechargements en sable de la plage depuis 2001 déjà. « Sans cela, il y a fort à parier que ces bâtiments ne seraient plus en place, et que la population ne pourrait plus profiter d’une station balnéaire aussi confortable l’été », estime Vincent Bawedin. Cette « gestion souple » du littoral consiste à « aller prendre du sable à un endroit où il y en a davantage, pour le ramener là où il y en a le plus besoin, afin d’atténuer les coups portés par les tempêtes hivernales », résume Alexandre Nicolae Lerma.

Racheter des bâtiments pour les reconstruire plus loin

Une gestion plus dure de la côte consiste à installer des digues en pierre. C’est ce qui a été fait par des propriétaires privés à Biscarosse dans les années 1980. « Mais cette digue se dégrade dans le temps, et une nouvelle digue permettrait, certes, aux trois bâtiments de rester en place, mais accentuerait l’érosion de part et d’autre, au point de menacer les parkings, ainsi que des commerces et des habitations à moyen terme », assure Vincent Bawedin. « On peut continuer à mettre des digues sur le front de mer, sauf que cela a des effets pervers bien connus qui sont de provoquer une accentuation de l’érosion au bord de ces zones aménagées, et de défigurer le paysage », complète Alexandre Nicolae Lerma.

C’est pourquoi la stratégie de la relocalisation est privilégiée à Biscarosse, pour les trois bâtiments concernés. L’idée serait de les racheter pour les reconstruire plus loin, au grand dam de certains propriétaires. « Ce n’est pas de gaieté de cœur, ni une lubie, mais il vaut mieux anticiper et relocaliser, plutôt que d’aller ramasser des débris de bâtiments sur la plage », estime Vincent Bawedin.

Plusieurs élus réclament un nouveau mécanisme de financement

La ville de Lacanau, en Gironde, a, elle, opté pour la construction d’un enrochement de blocs de pierre qui devrait fixer la dune sur 1 km jusqu’en 2050, avant d’enclencher le scénario de relocalisation des bâtiments du front de mer. « A chacun sa stratégie, estime pour sa part le directeur du GIP Littoral. Dans certains cas, la protection reste la solution, comme à Lacanau, dans d’autres situations on envisage d’emblée la relocalisation, comme à Biscarosse, même si la phase d’acquisition est compliquée, car on ne sait pas comment financer. Prenez l’exemple de l’acquisition du Signal à Soulac, qui a pris beaucoup de temps. »

Députée (LREM) du bassin d’Arcachon, et présidente du bureau du Conseil national de la mer et des littoraux, Sophie Panonacle a publié une tribune, mi-octobre, dans laquelle elle dénonce « un financement de l’adaptation des territoires littoraux au changement climatique qui se fait au compte-gouttes », malgré la nouvelle loi Climat et Résilience, promulguée cet été.

« Aucune solution pérenne n’est engagée pour répondre à un scénario de lutte active (protection dure) ou à un scénario de repli stratégique (relocalisation et renaturation) », regrette la députée. Plusieurs élus du littoral réclament aujourd’hui à l’Etat un nouveau mécanisme de financement pour appuyer leurs stratégies.