Ambition climatique, « rulebook » à finaliser, tensions Nord-Sud… A quoi s’attendre avec la COP26 de Glasgow ?

CLIMAT C’est parti pour quinze jours de réunions diplomatiques non-stop sur le changement climatique… Ce dimanche, au Scottish event campus de Glasgow, s’ouvre la COP26. « 20 Minutes » vous en résume les grands enjeux

Fabrice Pouliquen
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La COP 26 se déroulera au Scottish Event Campus à Glasgow à partir de ce week-end.
La COP 26 se déroulera au Scottish Event Campus à Glasgow à partir de ce week-end. — Andy Buchanan / AFP
  • La COP26, conférence internationale organisée chaque année par les Nations unies, s’ouvrira dimanche à Glasgow et se tiendra jusqu’au 12 novembre.
  • Plus de cinq ans après la COP21, qui avait abouti à l’accord de Paris sur le climat, cette COP26 marque la fin d’un premier cycle, que les Etats doivent théoriquement achever en rehaussant leurs ambitions climatiques. C’est le premier enjeu de cette COP26.
  • Il y en a d’autres, liés notamment à la finalisation du manuel d’application de l’accord de Paris, ou encore à la promesse non-tenue des 100 milliards de dollars que les pays du Nord s’étaient engagés à mobiliser chaque année, à compter de 2020, pour les pays du Sud.

La COP26 s’ouvre ce dimanche à Glasgow pour ne tomber le rideau que quinze jours plus tard, le vendredi 12 novembre. Du moins sans compter d’éventuelles prolongations, dont les COP sont familières.
Vu de l’extérieur, ces grands-messes diplomatiques sur l’enjeu du changement climatique peuvent paraître obscures. 20 Minutes vous aide donc à y voir plus clair en vous expliquant les grands enjeux de cette COP26 et le contexte dans lequel elle s’ouvre.

C’est quoi au juste, les COP ?

Les COP sont les Conférences des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC). Ce traité a été adopté au cours du sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992. Il reprend les grands principes de la déclaration finale de ce sommet et est à voir comme un premier appel à engager la lutte contre le changement climatique. Cette CNUCC est entrée en vigueur en mars 1994. A ce jour, 197 Etats (196 ainsi que l’Union européenne) l’ont ratifiée. Ces pays sont appelés les « parties » à la Convention.

Les COP sont donc les rendez-vous annuels de ces 197 parties, dont l’objectif est de vérifier la bonne application des objectifs adoptés dans le cadre de la CNUCC. La première COP a eu lieu à Berlin en 1995. Celle qui s’ouvre à Glasgow sera donc la vingt-sixième.

Où en est-on aujourd’hui dans ces COP ?

Parmi les 25 COP qui ont déjà eu lieu, l’une est à graver plus que les autres dans le marbre. C’est la COP21 de Paris, en 2015. Elle a abouti à l’accord de Paris sur le climat, le premier accord contraignant sur le changement climatique réunissant toutes les Nations. Ratifié à ce jour par 191 parties de la CNUCC, cet accord fixe l’objectif de maintenir l’augmentation de la température moyenne de la planète bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Et de préférence même limiter cette augmentation à 1,5 °C.

Depuis 2015, les émissions annuelles mondiales de gaz à effet de serre (CO2, méthane et protoxyde d’azote pour les trois principaux) ont continué malgré tout de croître. Jusqu’à atteindre 59,1 milliards de tonnes en 2019, selon le Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE). Soit 2,6 % de plus qu’en 2018. Pour 2021, ces émissions devraient être proches des 60 milliards de tonnes, anticipait mardi le PNUE.

Pourquoi la COP26 marque-t-elle la fin d’un premier cycle ?

« Un point clé de l’accord de Paris est qu’il est dynamique, organisé en cycle de cinq ans, au bout desquels les Etats sont censés réviser progressivement leurs ambitions en termes de réduction de GES », explique Henri Waisman, chercheur au sein du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Ces ambitions et la feuille de route pour les atteindre doivent être formalisées dans les Contributions déterminées au niveau national. Ces NDC (en anglais) sont ces plans dans lesquels chaque État stipule les baisses d’émissions de GES qu’il vise à court terme [horizon 2030]. L’accord de Paris ayant été signé fin 2015, les 191 parties avaient jusqu’à fin 2020 et la COP26 de Glasgow – qui devait initialement se tenir à cette date – pour déposer leur NDC, ou les réviser à la hausse pour celles qui en avaient déjà soumis une en 2015.

Le Covid-19 leur a donné un délai supplémentaire d’un an. Mais il en manque toujours. Au 12 octobre, la CNUCC disait avoir reçu 116 NDC communiquées par 143 pays. Un chiffre qui ne cesse de bouger à l’approche de la COP26. Longtemps attendue, la contribution nationale déterminée de la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, est ainsi tombée ce jeudi après-midi. D’autres encore pourraient être publiées d’ici à l’ouverture de la COP, en marge du G20, notamment, qui s’ouvre ce samedi à Rome.

Mais l’enjeu n’est pas seulement d’avoir au plus vite les 191 NDC. La qualité des plans transmis compte tout autant. L’Iddri comme le Réseau action climat pointent des NDC insuffisantes voire revenant en arrière par rapport à celles de 2015 dans les copies déjà transmises. C’est le cas de la Russie, du Mexique, du Brésil, de l’Indonésie ou de l’Australie, liste le RAC. De son côté, le PNUE alertait mardi sur un manque d’ambition général des Etats dans les engagements pris à ce jour, très loin de nous conduire sur la trajectoire limitant le réchauffement climatique à + 2 °C.

Et à part la question de l’ambition ?

A Glasgow, les Etats devront une nouvelle fois se pencher sur le « rulebook », le manuel d’application de l’accord de Paris qu’il reste toujours à finaliser. « De nombreux points de ce "rulebook" ont été scellés lors de la COP24 de Katowice »​, rappelle Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Iddri. Mais il reste des points de désaccord. « L’un est celui de la transparence, indique Aurore Mathieu, responsable «politiques internationales» au Réseau action climat (RAC), fédération d'ONG françaises. On entre désormais dans un nouveau cycle de l’accord de Paris, dans lequel les pays vont devoir mettre en œuvre les engagements pris dans leur NDC. Il faut alors que les pays s’accordent sur un calendrier commun pour faire régulièrement le point sur les progrès réalisés vers l’atteinte de leurs objectifs, ainsi que sur des règles communes de reportage, à la fois uniformisées et transparentes. »

Voilà un premier dossier que doit finaliser cette COP26. Aurore Mathieu et Lola Vallejo en ajoutent un deuxième, plus complexe et qui traîne en longueur : l’article 6 de l’accord de Paris. Celui-ci prévoit des mécanismes autorisant les Etats à s’échanger des droits d’émissions de GES : ceux qui en émettent trop en achètent à ceux qui en émettent moins. Autrement dit, cet article 6 vise à donner un cadre réglementaire à un futur marché carbone entre États. « Il est capital, car il a le potentiel pour être un outil efficace de réduction des GES s’il est bien ficelé, mais aura l’effet inverse dans le cas contraire », insiste Aurore Mathieu. Les États s’écharpent notamment sur une question comptable : qui, du pays qui achète la réduction d’émission ou de celui qui le vend, pourra l’ajouter à son bilan carbone ? La compter deux fois ne peut pas être une option, au risque de laisser croire que les émissions baissent plus vite que la réalité.

Et la promesse des 100 milliards ?

Elle sera une nouvelle fois en toile de fond de cette COP26. Pour rappel, cette promesse est celle formulée à la COP15 de Copenhague, en 2009, par les pays riches. Ils s’engagaientà mobiliser 100 milliards de dollars par an, d’ici à 2020, pour aider les pays du Sud à faire face au dérèglement climatique. Douze ans plus tard, le compte n’y est pas. Un rapport mi-septembre de l’OCDE évaluait à 79 milliards les fonds mobilisés en 2019 par les pays du Nord. « Des fonds octroyés à 70 % sous forme de prêts à des pays qui font déjà face à une croissance de leurs dettes, précise Aurore Mathieu. La majorité de ces fonds va aussi à des projets de réduction de GES et bien moins à des projets d’adaptation aux impacts déjà réels du changement climatique, quand l’accord de Paris exige un équilibre entre les deux. »

Cette promesse non-tenue pollue les relations Nord-Sud sur les questions climatiques. « Et n’aide pas non plus sur la question de l’ambition, insiste Aurore Mathieu. Pour beaucoup de pays, arriver à mettre en place des actions visant à réduire leurs émissions de GES dépend justement des flux financiers qu’ils sont censés recevoir des pays riches et développés. »